Paris 2024 : comment l’équipe social media a réinventé la couverture des Jeux

Membres de l’équipe social media de Paris 2024, Manon Offner, Julien Fritsch et Clément Goupil sont les invités du podcast vidéo produit par Swello, en partenariat avec BDM. Ils racontent les coulisses de leur stratégie, du relais de la flamme à l’après-Jeux.

Plongez dans les coulisses de l'équipe social media des Jeux de Paris 2024. © Swello

Plateforme de gestion des réseaux sociaux, Swello propose « Follow Back », une série de podcasts en vidéo dédiés au social media et au community management, en partenariat avec BDM. De nombreuses thématiques, comme les stratégies de communication de grandes marques, les tendances sur les réseaux sociaux, ou les collaborations entre marques et créateurs, sont abordées par des praticiens du secteur.

Pour ce nouvel épisode, Jonathan Noble, CEO et cofondateur de Swello, reçoit Manon Offner, Julien Fritsch et Clément Goupil, tous trois membres de l’équipe social media des Jeux de Paris 2024. Ils reviennent sur la construction de la stratégie social media mise en place dans le cadre de cette compétition planétaire, sur les choix éditoriaux imposés par l’absence de droits vidéo, et sur la manière dont l’équipe a vécu l’arrêt brutal de l’aventure, après la clôture des Jeux.

Picture of Manon Offner

Manon Offner, Social media manager, Brut

Manon Offner est social media manager chez Brut, où elle accompagne des marques comme Tinder France sur leur présence digitale et leurs productions de contenus. Experte social media de Paris 2024 pendant trois ans, elle a contribué au rayonnement digital des Jeux avant de prendre en main la stratégie social media du Festival de Cannes 2025.

Picture of Julien Fritsch

Julien Fritsch, Créateur de contenu et freelance en communication

Julien Fritsch est consultant olympique et paralympique, créateur de contenu et freelance en communication. Ancien social media expert de Paris 2024 pendant cinq ans, il a ensuite piloté des projets brand & marketing chez Salomon autour des Jeux de Milano Cortina 2026. Il accompagne également les championnes olympiques Lou Jeanmonnot et Justine Braisaz-Bouchet dans leur stratégie social média et la création de contenus photo et vidéo.

Picture of Clément Goupil

Clément Goupil, Social media specialist & content creator

Du terrain aux réseaux, passé par Paris 2024 et le PSG, Clément Goupil accompagne aujourd’hui des acteurs du sports dans leur stratégie digitale en imaginant des contenus engageants, qui traduisent l’émotion du sport sur les réseaux sociaux.

Une équipe rattachée à la communication, pas au marketing

L’aventure a démarré en septembre 2019, quand Julien Fritsch est devenu le premier membre de l’équipe recrutée par Philippe Goavec, manager de la communication digitale de Paris 2024. « C’était un choix stratégique très important d’être liés à la communication (relations presse, communication de crise) et pas seulement au marketing ou au digital », explique Julien Fritsch. Il précise par ailleurs que ce rattachement permettait de toujours partir des messages fondamentaux plutôt que de simples formats ou tendances.

L’équipe s’est étoffée progressivement, à mesure que l’attention autour du projet grandissait : Manon Offner l’a rejoint en 2021, suivie par plusieurs autres experts complétant ainsi le dispositif. De son côté, Clément Goupil est arrivé en janvier 2024 pour la dernière ligne droite, rapidement accompagné d’une vingtaine de renforts à quelques semaines des Jeux.

Au pic de l’été 2024, l’équipe comptait environ 27 personnes à plein temps, chargées de gérer 10 plateformes en simultané. Cette présence multiplateforme obéissait à une règle stricte, comme le rappelle Julien Fritsch :

Notre conviction forte était de ne pas se lancer sur une nouvelle plateforme par effet de mode, mais uniquement quand nos acquis étaient maîtrisés et qu’on avait une vraie stratégie dédiée.

Chacun devait fonctionner comme un véritable couteau suisse, capable de penser la stratégie, tourner sur le terrain, monter les vidéos et analyser les performances.

On pensait la stratégie, on créait le contenu nous-mêmes en filmant à l’iPhone avec des stabilisateurs, on faisait le montage et on analysait les performances, résume Manon Offner.

L’équipe est repartie des comptes hérités du comité de candidature de Paris 2024, qui disposait déjà d’une base d’abonnés sur Facebook, Twitter, LinkedIn et Instagram, complétée par une chaîne YouTube alors peu active.

Le bilan chiffré de Paris 2024 sur les réseaux sociaux

  • 2,5 milliards d’impressions cumulées sur l’ensemble des plateformes,
  • 11 500 publications sur la durée des Jeux, soit un post toutes les deux minutes en moyenne,
  • 8,5 millions d’abonnés sur l’écosystème social de Paris 2024,
  • Un taux d’engagement de 7 % en 100 % organique
  • Zéro erreur géopolitique, de drapeau ou de nom d’athlète sur l’ensemble des publications.

Une stratégie pensée pour l’instant présent, sans droits vidéo

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, le comité d’organisation ne disposait d’aucun droit pour diffuser des vidéos des épreuves sportives sur ses propres réseaux. Cette contrainte a forcé l’équipe à réinventer sa grammaire éditoriale, en misant sur l’ambiance, le public, les histoires humaines et la photographie d’art, plutôt que sur l’image de la compétition elle-même. Cette réactivité ne s’improvisait pas, elle reposait sur une préparation minutieuse en amont.

On s’est enfermés pendant des heures dans des bureaux, durant six à huit mois en amont, pour brainstormer chaque journée des Jeux et mapper les priorités. On devait aussi anticiper les enjeux internationaux. (…) On s’est tous formés aux règles de chaque sport, de la natation synchronisée au tir à l’arc, pour être irréprochables et parler le même langage que les passionnés. À 27 personnes, avec des épreuves à Tahiti la nuit et les directs la journée, les shifts s’enchaînaient de six heures à deux heures du matin. L’organisation devait être militaire, détaille Julien Fritsch.

Pour tenir ce rythme, l’équipe fonctionnait en binôme sur le terrain : une personne capturait l’image en haute qualité, l’autre formatait et publiait immédiatement, ce qui « enlevait de la pression au créateur », précise Clément Goupil. Deux graphistes travaillaient en temps réel pour produire des visuels en quelques minutes, et les validations de publication ne prenaient que 25 secondes.

Cette réactivité a permis quelques rebonds devenus célèbres. Lors de la deuxième médaille d’or de Léon Marchand, Clément Goupil propose de publier un simple tweet : « Chokbar ». « On se regarde deux secondes avec le pilotage, on valide, et le tweet a cartonné », raconte Julien Fritsch. Preuve, selon lui, de l’expression d’une ambiance de travail extrêmement positive, portée par le choix assumé de la qualité plutôt que de la quantité.

Du Vieux-Port de Marseille à la cérémonie d’ouverture

Le relais de la flamme olympique, qui a traversé la France et les territoires d’Outre-mer pendant quatre mois, a marqué un véritable premier tournant. L’arrivée du Belem, le voilier qui transportait la flamme, dans le Vieux-Port de Marseille devant plus de 150 000 personnes constitue, selon Julien Fritsch, un choc émotionnel pour toute l’équipe.

Quand le Belem est entré dans le port, avec Jul qui a descendu la passerelle, Florent Manaudou, la Patrouille de France et plus de 150 000 personnes sur le Vieux-Port, on a pris une immense claque. On a lâché nos larmes ! Mais cela nous a aussi mis une bonne pression : les projecteurs étaient braqués sur nous, on n’avait plus le droit à l’erreur, se souvient-il.

Clément Goupil, présent sur place, y voit le moment où l’équipe comprend que les Français attendent les Jeux avec impatience, loin du scepticisme parfois relayé dans les médias.

Autre temps fort de Paris 2024, la cérémonie d’ouverture, organisée sur la Seine sous une pluie battante, a mis à l’épreuve le matériel et les nerfs de toute l’équipe, contrainte de protéger son matériel photo dans des sacs poubelles en plein direct.

J’ai fini trempée jusqu’aux os mais, sur le coup, je ne sentais rien tant la ferveur du public et la magie du spectacle de Thomas Jolly étaient folles, explique Manon Offner.

Pour gérer les réactions en temps réel, une cellule de veille et de monitoring assurait une présence quasi continue, avec plus de quatre personnes mobilisées. Elle permettait notamment de relativiser certaines critiques apparues sur les réseaux pendant la soirée, en montrant qu’elles ne représentent que 2 % de l’audience.

L’après-Paris 2024, un atterrissage difficile

Une fois la parade des athlètes sur les Champs-Élysées terminée, le retour à la réalité s’est avéré un moment particulièrement difficile à encaisser pour plusieurs membres de l’équipe. Julien Fritsch, sur le projet depuis 2019, décrit un atterrissage d’une violence inouïe, après cinq années intenses.

Durant les Jeux, on est en mission : on dort Jeux, on mange Jeux, on garde toutes ses émotions sous cloche. Et quand tout s’arrête, il y a un vide immense. J’ai passé trois semaines en position latérale de sécurité sur mon canapé à essayer de reprendre des forces. Les gens dans l’événementiel appellent ça les « event junkies » : les hauts sont tellement hauts que les bas sont très profonds.

Clément Goupil reconnaît lui aussi avoir traversé une période plus difficile, marquée par plusieurs mois de vide, après une semaine de vacances jugée insuffisante pour décompresser. De son côté, Manon Offner avait anticipé ce contrecoup en planifiant un road trip de trois mois en Asie, dès la fin des Jeux.

Retrouvez l’intégralité de cet épisode en vidéo

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