« L’accès au web devient une brique critique pour l’IA » : Qwant mise sur l’API Staan pour s’imposer
L’accès au web devient une infrastructure critique pour l’IA. Qwant veut en faire son terrain avec Staan, son API de recherche souveraine.
C’est en marge de VivaTech 2026 que Qwant a choisi d’annoncer l’ouverture en libre-service de Staan, son API de recherche web souveraine, destinée aux développeurs et entreprises qui construisent des applications d’IA. L’occasion d’en savoir plus sur la stratégie du moteur de recherche français avec Boris Lecoeur, son directeur général.
Qwant existe depuis 2013 et a connu une trajectoire mouvementée. Aujourd’hui, après le rachat par Synfonium, comment définissez-vous Qwant, et quel est le cap que vous vous êtes fixé ?
Qwant est à la fois un moteur de recherche grand public européen et une entreprise de technologie de recherche. Depuis le rachat par Synfonium en 2023, nous sommes entrés dans une nouvelle phase, plus industrielle, plus technologique et plus réaliste.
Il ne s’agit plus de promettre un « Google européen » ni de prétendre renverser à court terme un marché dominé par des acteurs aux moyens considérables. Notre cap est de construire, étape par étape, une alternative européenne crédible, durable et différenciante dans la recherche en ligne.
Cette stratégie repose sur trois piliers :
- Continuer à proposer au grand public un moteur respectueux de la vie privée, qui ne fonde pas son modèle sur l’exploitation commerciale des données personnelles,
- Renforcer progressivement notre indépendance technologique,
- Mettre notre savoir-faire dans le search au service des nouveaux usages de l’intelligence artificielle pour les entreprises.
En 2024, Qwant et Ecosia ont créé European Search Perspective. Qu’est-ce que c’est concrètement, et pourquoi ce partenariat était-il nécessaire ?
European Search Perspective est la coentreprise créée par Qwant et Ecosia pour développer une technologie de recherche et un index web européens. C’est une initiative franco-allemande qui vise à mutualiser les investissements, les expertises et les volumes nécessaires pour construire une alternative crédible dans un domaine extrêmement exigeant. Construire une technologie de recherche coûte cher, demande du temps et suppose de travailler à très grande échelle. Il faut explorer le web, indexer des contenus, les structurer, les classer et améliorer en permanence la qualité des résultats.
Qwant ne pouvait pas porter seul cette ambition à l’échelle européenne. Ecosia avait le même constat stratégique. En nous associant, nous renforçons notre capacité à bâtir une technologie commune qui alimente à la fois les services grand public de Qwant, Lilo et Ecosia, ainsi que Staan, notre API dédiée aux usages professionnels.
L’accès au web pour les applications d’IA est aujourd’hui largement dominé par des acteurs extra-européens : Google commercialise son index de façon très restreinte, Microsoft a annoncé l’arrêt de son API Bing Search. Dans ce contexte, comment évaluez-vous l’état du marché, et l’opportunité que cela représente pour Staan ?
Le marché est en train de se reconfigurer très rapidement. Pendant longtemps, l’accès au web a été pensé d’abord pour les moteurs de recherche classiques. Avec l’IA générative, on a besoin en effet d’un accès fiable au web, et cet accès devient une brique absolument critique.
Or cet accès reste largement la chasse gardée d’acteurs extra-européens, ce qui crée une dépendance forte pour les entreprises qui développent des services d’IA en Europe. Avec Staan, nous avons construit une alternative durable aux dépendances historiques du marché. C’est un point essentiel pour les entreprises qui ne veulent pas bâtir leurs services d’IA sur des briques dont l’accès, les règles ou les conditions économiques peuvent changer brutalement.
Staan se présente comme une « porte d’entrée européenne vers les contenus du web ». Concrètement, qu’est-ce que ça veut dire ?
Staan est une API de recherche web. Elle ne s’adresse pas directement à l’utilisateur final, comme un moteur de recherche classique, mais aux entreprises, développeurs et acteurs de l’IA qui ont besoin d’intégrer cette capacité dans leurs propres services.
Concrètement, elle permet aux applications d’IA d’interroger le web et de récupérer des contenus récents, structurés et sourcés : pages pertinentes, extraits, métadonnées, sources et contenus actualisés.
Qui utilise Staan aujourd’hui ? Pouvez-vous nous donner des exemples concrets de types d’entreprises et de cas d’usage ?
Staan apporte la couche d’accès au web qui permet à l’IA de ne pas fonctionner uniquement sur des connaissances figées ou internes. Depuis le lancement de Staan, nous avons une demande forte pour d’abord tester puis déployer nos services.
Cela concerne toutes tailles d’entreprises de tous secteurs, des startups et notamment des acteurs de l’intelligence artificielle. Les organismes publics déployant des applications d’IA souveraines font également partie de nos premiers clients.
Les cas d’usage sont assez larges, mais ils ont un point commun : tous ont besoin d’un accès fiable à des contenus web récents et structurés en respect de la souveraineté. Un bon exemple est la solution Pappers IA, un assistant IA spécialisé sur les données légales et économiques françaises. Il vient s’abreuver auprès de Staan pour s’assurer d’une information fiable et à jour en protégeant également ses clients des dangers du Cloud Act.
Par rapport aux solutions existantes, comment se démarque Staan, au-delà de l’aspect souveraineté ?
La souveraineté est importante, mais elle ne suffit pas. Staan se démarque aussi par la nature de ce qu’elle fournit aux applications d’IA : des contenus récents, sourcés, structurés et directement exploitables dans des architectures modernes comme le RAG.
Pour les développeurs, l’enjeu n’est pas seulement d’avoir « des résultats de recherche », mais des informations utilisables par des systèmes d’IA, avec des sources, des métadonnées et des extraits qui leur permettent d’accéder directement et rapidement aux informations les plus pertinentes. Tout ceci suppose un savoir-faire construit sur des années.
Les architectures RAG sont de plus en plus utilisées pour ancrer les réponses IA dans des sources fiables. Dans ce contexte, quels sont les critères qui font vraiment la différence ?
Dans une architecture RAG, la qualité de la réponse dépend fortement de la qualité des informations récupérées en amont. Les critères décisifs sont donc la fraîcheur des contenus, la pertinence des résultats, la capacité à fournir des sources vérifiables, la structuration des données et la fiabilité de l’accès au web. Une IA qui s’appuie uniquement sur ses données d’entraînement peut produire des réponses dépassées, imprécises ou insuffisamment sourcées. En allant chercher des informations récentes dans des sources identifiables, on réduit le risque d’hallucination et on améliore la traçabilité de la réponse.
Dans cinq ans, à quoi ressemblera le marché de la recherche web pour l’IA en Europe, et quelle place Qwant entend-il y jouer ?
La recherche web ne se limite déjà plus aux moteurs classiques. Elle est d’ores et déjà intégrée dans des assistants, des agents, des copilotes, des outils métiers… Et cette tendance va se poursuivre.
L’accès au web deviendra une infrastructure de plus en plus critique pour l’IA, au même titre que la puissance de calcul ou les modèles. L’enjeu pour l’Europe sera de ne pas dépendre exclusivement d’acteurs extra-européens pour accéder à l’information, aux sources et aux contenus du web. Qwant et EUSP vont jouer un rôle stratégique dans cette construction. Nous savons que cela se construira progressivement, mais nous pensons que le moment est décisif.
Notre ambition est de devenir le leader européen du Search pour l’IA : ouverte, fiable, respectueuse des utilisateurs et utile à tout l’écosystème, des citoyens aux entreprises, des développeurs aux institutions.
Boris Lecoeur, CEO, Qwant
Boris Lecoeur est le directeur général de Synfonium, qui regroupe les moteurs de recherche Qwant et Lilo ainsi que Shadow, le service de Cloud gaming et d’infrastructure IA.
Ingénieur de formation, Boris Lecoeur a forgé son expertise au sein de grands groupes technologiques internationaux. Il a notamment été Vice Président Régional de Cloudflare entre 2020 et janvier 2026 après avoir travaillé plus de 9 ans au sein de Amazon Web Services, notamment en tant que dirigeant de la filiale française.
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