À VivaTech, l’itinéraire de Photoroom raconté par son cofondateur

Sur une scène du salon parisien, Eliot Andres est revenu sur l’histoire de la startup qu’il a cofondée en 2019 pour s’affranchir de la complexité de Photoshop, et qui a depuis levé plusieurs millions d’euros et revendique des clients prestigieux.

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Eliot Andres dirige l'un des champions français de l'IA générative. © BDM

Combien de startups doivent leur existence à une frustration liée à la complexité de Photoshop ? Le récit est devenu si courant qu’il faudra bien, un jour, faire les comptes. « Qui a déjà utilisé Photoshop ? Qui a déjà été obligé de l’utiliser ? Pas mal de monde. Qui trouve Photoshop facile à utiliser ? Pas une main levée », s’amuse Eliot Andres, dont l’entreprise s’est elle aussi bâtie sur ce constat. Au salon VivaTech, ce vendredi 19 juin 2026, cet ingénieur de formation est revenu, le temps d’une demi-heure, sur l’itinéraire de Photoroom, l’application de retouche d’images qu’il a cofondé en 2019 avec Matthieu Rouif, désormais valorisée à 500 millions de dollars et qui figure aujourd’hui parmi les références françaises de l’IA générative.

La sortie de Stable Diffusion, un « game changer »

À l’origine, rembobine-t-il, Photoroom est conçu pour soulager les designers d’une tâche fastidieuse, qui pouvait mobiliser jusqu’à plusieurs heures sur Photoshop. « La tâche la plus longue, c’était le détourage », rappelle Eliot Andres. La première version de l’application mise donc sur une fonctionnalité principale : la suppression d’arrière-plan. Un détourage automatique, exécuté en quelques secondes par un modèle d’IA, qui est d’abord appliqué à la photographie de portrait.

Mais en 2022, tout bascule avec le lancement de Stable Diffusion, un modèle capable de produire des images à partir d’une requête textuelle. « Nous voulions générer des images à partir de texte, et quand c’est sorti, nous avons dit à toute l’équipe d’arrêter ce qu’elle faisait et de s’y mettre tout de suite. C’était un véritable game changer pour nous », resitue-t-il.

Pendant un mois, l’ensemble de l’équipe travaille d’arrache-pied sur une fonctionnalité de génération d’images, adossée à un modèle développé en interne, et déclinée cette fois sur le produit. Le principe ? L’utilisateur photographie un objet, lance la génération, patiente une à deux minutes, et l’IA le replace dans un plus bel environnement. Mais c’est un échec. « Personne n’a voulu utiliser ce truc, parce que c’était sur smartphone », s’amuse-t-il. « Qui veut prendre une photo, puis patienter une minute avant de recevoir une notification ? », juge-t-il, avec le recul. Le cofondateur en tire une règle qui structurera toute la roadmap. « Nous avons compris à la dure qu’au-delà de cinq à dix secondes, les gens peuvent attendre, mais il faut que ce soit vraiment bon. » 

À propos de Photoroom

  • Création : 2019
  • Cofondateurs : Matthieu Rouif (CEO) et Eliot Andres (CTO)
  • Siège : Paris
  • Utilisateurs revendiqués : 300 millions, dans 180 pays
  • Volume traité : plus de 7 milliards d’images par an
  • Principaux clients : GoodBuy Gear, Warner Bros., Decathlon, Sorare

Des « modèles de pointe » créés en France

Dès lors, Photoroom revoit son architecture et investit massivement dans l’optimisation. « Parfois les modèles prennent dix secondes pour la génération, et après l’optimisation, l’équipe arrive à faire la même chose sans aucune perte de qualité », précise le CTO. Et aujourd’hui, la rapidité n’est plus un problème. « C’est presque devenu magique. La plupart des gens, quand ils essaient l’application, pensent que l’IA fonctionne d’un coup, tellement c’est rapide. La vérité, c’est qu’il y a beaucoup d’aller-retour, plusieurs cycles, plusieurs fois. C’est donc un point clé, et nous y consacrons énormément d’efforts. »

Selon Eliot Andres, Photoroom dispose désormais de modèles figurant parmi les meilleurs du marché, à commencer par son plus avancé, PRX, open source et récemment publié sur GitHub. « Nous avons en interne, avec notre équipe d’une douzaine de professionnels, le savoir-faire pour produire des images vraiment adaptées au e-commerce. Nous mettons les bouchées doubles pour offrir à nos clients la toute meilleure technologie pour leur cas d’usage », estime-t-il. Cette maturité technologique a permis à la startup, valorisée à 500 millions de dollars, de séduire des clients prestigieux, de Warner Bros. à Amazon en passant par DoorDash. Et, aussi, de revendiquer 300 millions d’utilisateurs dans 180 pays, pour plus de 7 milliards d’images traitées par an.

Aux entrepreneurs européens, une injonction à l’ambition

Interrogé sur ce qu’il dirait aux porteurs de projets d’IA en France et en Europe, Eliot Andres tient un discours qui tranche avec une certaine pudeur européenne. Son premier conseil tient en un mot : essayer. « C’est moins dur qu’on ne le pense, surtout en France parce qu’il y a beaucoup de protections », argumente-t-il, en référence aux dispositifs d’accompagnement à la création d’entreprise. « Dans le pire des cas, vous aurez beaucoup appris. Dans le meilleur, vous aurez gagné de l’argent », abonde-t-il.

Le second message vise précisément la culture entrepreneuriale du continent. « Je pense que les Européens en ont [de l’ambition], mais qu’ils ont peur », estime le cofondateur de Photoroom. Lui-même a fait l’expérience d’un incubateur américain, et en a tiré un changement de référentiel. « Vous rêvez et vous vous dites, pourquoi pas un milliard ? Et si dix milliards, alors pourquoi pas cent milliards ? »

Le dirigeant assume la formule, héritée d’une certaine mythologie de la Silicon Valley. « Pour créer une entreprise transformative, qui change le monde, il faut voir les choses en grand. »

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