Netflix, Alibaba, OpenAI : ce qu’on a entendu sur l’IA à VivaTech 2026
À VivaTech, des grands noms de la tech ont livré leur vision tranchée de l’intelligence artificielle.
200 000 visiteurs, des centaines de stands et de conférences répartis sur trois étages, et partout le même sujet. Pour sa 10e édition, VivaTech a battu son record de fréquentation à Paris Expo Porte de Versailles. Et du rez-de-chaussée au dernier niveau, l’IA s’invitait dans presque chaque prise de parole. Florilège des déclarations qui ont retenu notre attention.
La SVP de Digitas alerte sur l’uniformisation créative provoquée par l’IA
Nous avons créé une machine [l’IA générative, ndlr] censée être bien plus performante pour tout produire. Mais en faisant ça, nous avons créé une machine qui, de plus en plus, produit des choses identiques.
Pour Morgan Pomish, SVP et Head of innovation strategy chez Digitas, le débat sur l’IA dans la publicité s’est trompé de cible en se focalisant sur l’efficience. Études à l’appui, elle observe que les équipes outillées d’IA gagnent en créativité, mais que leurs productions se ressemblent de plus en plus. Sa thèse tient en une formule : « La rapidité est l’ennemie des idées originales. » Plus les outils standardisent la production, plus l’effort humain et le parti pris créatif deviennent les vrais facteurs de différenciation.
Elle invite les marques à se poser une question simple avant de déployer ces outils : sommes-nous en train d’utiliser chaque outil disponible au service d’une meilleure idée, ou à la place d’une idée ?
Le PDG de Cohere appelle à l’émergence de nouveaux champions de l’IA
Les États-Unis mènent la course à l’IA, c’est un fait. Ce que j’ai dit lors de la réunion, au G7, c’est qu’il faut s’assurer qu’une démocratie occupe la deuxième place. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Les pays membres du G7 comprennent qu’on doit faire émerger davantage de champions. On a besoin d’une offre diversifiée de fournisseurs d’IA.
Invité ce jeudi 18 juin à VivaTech, Aidan Gomez, cofondateur et PDG de la société canadienne Cohere, qui développe des grands modèles de langage pour certains secteurs réglementés, a plaidé une nouvelle fois pour que les pays s’entraident et mutualisent leurs ressources, afin de faire émerger d’autres champions de l’IA en dehors de la Chine et des États-Unis. Un discours qu’il dit avoir déjà tenu lors d’un déjeuner en marge du G7, à Évian, où il avait été convié aux côtés d’autres dirigeants engagés dans la course à l’intelligence artificielle, comme Sam Altman (OpenAI), Dario Amodei (Anthropic) ou Arthur Mensch (Mistral AI).
Le président d’Alibaba Group défend l’open source chinois comme alternative à la dépendance américaine
Faire confiance à la Chine ? Vous ne pouvez pas, c’est la réponse courte. Parce que vous ne pouvez pas dépendre d’un gouvernement tiers pour qu’il dise qu’il ne fera rien qui vous soit préjudiciable. Mais voilà : en ce moment, tous vos œufs sont dans le même panier [celui des États-Unis, ndlr]. Pourquoi ne pas les répartir dans deux paniers ? Même si l’Europe, à long terme, pourra aussi créer le sien.
Sur la scène du VivaTech Theater, le milliardaire taïwano-canadien, qui a cofondé la marketplace chinoise Alibaba en 1999, s’est aussi positionné sur la question de la souveraineté, en défendant le modèle open source de Qwen, la grande famille de modèles de langage développée par son entreprise, qui garantit selon lui à la fois l’indépendance technologique et la confidentialité des données. « Aujourd’hui, le mouvement open source est en fait tiré par les entreprises chinoises. Tous les acteurs américains ont fermé leurs modèles. Ils veulent que vous utilisiez leurs modèles via une API, et vous n’avez aucune idée d’où vont vos données », a-t-il fait valoir.
Le créateur d’OpenClaw défend une approche décomplexée du vibe coding
Vous ne pouvez pas vous contenter de faire émerger les choses par de simples prompts, même si vous ne savez pas exactement comment tout fonctionne dans le détail. L’agent est infiniment patient, et vous pouvez lui demander tout ce dont vous avez besoin.
Lors de son intervention, le créateur d‘OpenClaw, qui a récemment rejoint OpenAI, a défendu une approche décomplexée du vibe coding, soulignant qu’il n’était pas nécessaire d’être pointu techniquement pour tirer parti des agents, mais simplement de savoir dialoguer avec eux. S’il estime que cette pratique pourrait, à terme, donner naissance à une multitude de « logiciels jetables », il a nuancé son propos en rappelant que cela ne signerait pas la fin du SaaS. « Le logiciel doit être maintenu, et cela représente beaucoup de travail », a-t-il ajouté.
La CPTO de Netflix refuse de fixer une ligne rouge sur l’IA
Notre position, et nous y tenons fermement, c’est que nous fournissons des outils aux créateurs pour donner vie à leurs visions. Certains créateurs nous diront : « Je ne veux rien avoir à faire avec l’IA. » Très bien. D’autres ont envie d’expérimenter. C’est un choix de créateur, et nous voulons fournir les outils pour le soutenir.
Interrogée par Steven Levy, rédacteur en chef de Wired, sur l’existence d’une ligne rouge qui interdirait les contenus générés par IA dans son catalogue, Elizabeth Stone n’en pose aucune. La chief product and technology officer de Netflix renvoie la décision aux réalisateurs et aux créateurs eux-mêmes, et positionne la plateforme en fournisseur d’outils plutôt qu’en arbitre. Elle reconnaît même que certaines histoires imaginées par les créateurs ne seraient pas réalisables sans ces technologies. Une position qui tranche avec les crispations d’une partie d’Hollywood, et qui prolonge une trajectoire déjà engagée chez Netflix, où l’IA sert aux recommandations, au sous-titrage et aux outils publicitaires.
Lors de cette même conférence, Elizabeth Stone est aussi revenue sur l’intégration des contenus de TF1 dans Netflix, lancée le jour même en France : les cinq chaînes en direct du groupe et l’intégralité du catalogue TF1+ sont désormais accessibles dans l’application, sans surcoût pour les abonnés. Une première mondiale : aucun groupe audiovisuel n’avait encore signé ce type d’accord de distribution avec une plateforme de streaming.
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