Doit-on forcément faire de la vidéo sur les réseaux sociaux en 2026 ?
Faut-il tout miser sur la vidéo ? 5 experts social media partagent leur analyse et leurs conseils.
En social media, les certitudes ont la vie courte. Ce qui fonctionnait hier sera remis en question demain, et les bonnes pratiques varient d’un algorithme à l’autre. Pour démêler le vrai du faux et dépasser les idées reçues, BDM est parti à la rencontre de ceux qui façonnent ce métier au quotidien : community managers, social media managers, agences et marques.
Difficile d’ignorer que la vidéo s’est imposée comme le format roi des réseaux sociaux ces dernières années. Format court ou format long, production léchée ou vidéo brute, plateforme unique ou diffusion multi-canal… Derrière l’évidence apparente, les choix restent nombreux et les fausses bonnes idées aussi. Décryptage avec cinq experts social media :
- Cédric Carbonero, expert social media et influence chez Qonto,
- Eva Tranová, social media manager chez Agorapulse,
- Sophie Gonçalves, content & SEO Manager chez Iconosquare,
- Yann Amiry, leader social media & brand impact chez Decathlon France,
- Julien Fritsch, consultant olympique et paralympique, créateur de contenu et freelance en communication.
La vidéo, un format central dans les stratégies social media
Les cinq experts s’accordent sur le sujet : il est presque impossible, aujourd’hui, de penser une stratégie social media sans vidéo. Ce format, considéré il y a quelques années comme un pari un peu fou, est désormais vu comme un prérequis. Sophie Gonçalves résume ce basculement : « la vidéo n’est plus un bonus, mais un langage de base du social ». Un format que les plateformes continuent d’ailleurs de pousser, en particulier sur le court et le vertical.
Les plateformes continuent de pousser le format, ce qui en fait un levier clé pour la découverte, la viralité et la pédagogie rapide. Que ce soit en B2B ou en B2C, les audiences se sont habituées à consommer de l’info, du divertissement et de la preuve sociale en vidéo.
Même son de cloche chez Decathlon, où Yann Amiry observe qu’il est devenu « compliqué de passer à côté de la vidéo depuis plusieurs années ». Il nuance toutefois aussitôt : faire de la vidéo ne garantit rien, mais s’en passer relève du pari perdu d’avance sur la durée.
Faire de la vidéo ne donne pas l’assurance d’avoir un contenu qui marche, mais se priver de vidéo est une stratégie compliquée, voire impossible sur la durée. Même si le temps d’attention est réduit, les utilisateurs (toutes classes d’âge confondues) passent beaucoup de temps à consommer des vidéos, et ce, quasiment sur toutes les plateformes.
Julien Fritsch est également en accord avec cette vision :« Aujourd’hui, les plus grosses dynamiques d’audience et de viralité restent majoritairement portées par des formats vidéo. On le voit notamment avec le retour en force des productions longues, certaines allant même jusqu’à remplir le Grand Rex après avoir émergé en ligne ».
Une pertinence à évaluer selon ses objectifs et ses moyens
Reste que cette évidence mérite d’être interrogée avant de se lancer tête baissée. Pour Eva Tranová, l’avis est plus tranché sur la nécessité d’intégrer de la vidéo. Pour l’experte, tout dépend des ressources disponibles et des objectifs : « Avant toute chose, il faut se poser LA question : ce format sert-il réellement vos objectifs et disposez-vous des ressources (humaines et matérielles) nécessaires ? ».
La vidéo est devenue l’un des moyens les plus répandus de consommer de l’information. Notre rapport Social Trends le confirme chaque mois : sur LinkedIn, Instagram, Facebook et X, le contenu vidéo génère davantage d’interactions que les autres formats. Pour autant, toutes les marques ne devraient pas se précipiter sur la production vidéo sans réfléchir.
La pertinence de la vidéo dépend aussi, tout simplement, du profil de la marque. Cédric Carbonero, qui voit ce format comme « un terrain de jeu fantastique pour les marques », distingue deux cas de figure :
- Les marques universellement connues : pour qui la vidéo est « un plus » sans être vitale,
- Les marques en manque de notoriété ou aux produits complexes : pour qui elle devient un levier clé, notamment en B2B.
Quand on a une marque universellement connue comme Burger King ou Apple, la vidéo est un plus, mais en réalité, elles pourraient très bien survivre sans. Pour les autres, la vidéo reste clé car c’est ce que les algorithmes poussent le plus en général et cela permet de faire passer bien plus d’informations qu’un visuel fixe.
Dans ce cas de figure la vidéo permet d’expliquer le produit, faire connaître la marque, l’humaniser, engager avec son audience et générer des émotions, ce qu’un visuel fixe ne fera peut-être pas aussi bien.
Quels sont les formats vidéo à exploiter ?
Format court, format long : faire le choix de ne pas choisir
Une fois la décision prise, reste la vraie question : quel format, pour quel usage. Chez Decathlon, Yann Amiry refuse de choisir entre le court et le long, et joue sur les deux tableaux. Le snack content assure la portée, mais atteint vite sa limite sur le fond ; les formats longs (supérieurs à 2 minutes), permettent eux de développer une idée.
On s’apprête également à retourner vers des formats plus longs, plutôt destinés à YouTube. Une même personne peut passer beaucoup de temps sur son téléphone en journée à consommer des formats très courts, avec un temps d’attention limité, puis se poser plus calmement le soir pour regarder un documentaire d’une heure sur YouTube. Il faut être capable de répondre à ces différents moments d’interaction.
Penser au fond avant de penser au format
Mais au-delà du choix du format, un même diagnostic revient chez plusieurs experts. Le contenu de marque est entré dans une phase de saturation. Cédric Carbonero parle de « content fatigue » : les mêmes formats, les mêmes trends et les mêmes scripts tournent en boucle, et les audiences s’en lassent. Il faut désormais avoir quelque chose à raconter, car « l’ère du vide est finie ».
Les gens commencent à se rendre compte qu’ils sont absorbés des heures par les réseaux sociaux. Il faut donc arriver à se démarquer. Évidemment, les UGC, les trends et les vidéos drôles feront toujours leur petit effet, mais pour une marque aujourd’hui, il est important de miser sur la créativité. Et d’ailleurs, de plus en plus de créateurs de contenus s’en rendent aussi compte. Cela passe par plus de storytelling, des vidéos plus créatives dans la réalisation, voire plus professionnelles.
Sophie Gonçalves insiste elle sur les attentes : « L’audience est moins sensible aux vidéos ultra léchées mais peu incarnées, et beaucoup plus attirée par des formats sincères, concrets, parfois bruts ».
Ce constat, Julien Fritsch le pousse un cran plus loin en actant la fin des recettes toutes faites. Le temps où un bon hook et une grosse communauté suffisaient à faire décoller une vidéo est révolu : la performance repose désormais sur « l’équilibre entre le bon message, son incarnation et la structure narrative ». Il rappelle au passage que la vidéo n’a pas le monopole de la créativité, et que la photo comme le graphisme restent des options légitimes, souvent plus rapides et moins coûteuses à produire.
Il n’existe plus de recette miracle sur « le format idéal ». La performance repose davantage sur l’équilibre entre le bon message, son incarnation et la structure narrative.
Pour autant, la photo et les créations graphiques ne disparaissent pas. Elles sont parfois sous-estimées alors qu’elles permettent encore une vraie créativité, une exécution plus rapide et souvent des coûts de production plus maîtrisés. Tout ne doit pas être pensé en vidéo, surtout lorsque l’objectif est uniquement dans l’auto promo.
Sur quelles plateformes miser pour la vidéo ?
Dernière étape, le choix des plateformes. Et sur ce terrain, Eva Tranová met en garde contre les vérités générales. Chez Agorapulse, elle a observé « un phénomène contre-intuitif » : leurs vidéos TikTok génèrent peu de vues quand le contenu statique atteint trois à quatre fois plus de monde, tandis que les vidéos verticales courtes cartonnent sur LinkedIn. YouTube Shorts s’est également montré pertinent pour leur stratégie TOFU (étape du funnel où l’on fait connaître sa marque). Au final, aucune tendance générale ne remplace l’analyse de ses propres données.
En revanche, certaines plateformes s’imposent naturellement dès que l’on parle de vidéo. Julien Fritsch dresse le paysage : TikTok en référence sur les usages, Instagram Reels porté par l’écosystème Meta, et YouTube revenu en force avec les Shorts tout en gardant la main sur le format long. Mais il pointe surtout un déséquilibre de fond, avec une quantité de contenus produits qui explose quand l’attention disponible, elle, stagne.
On sent toutefois une forme de saturation générale. La quantité de contenus produits est devenue immense et l’attention disponible, elle, reste limitée.
Aujourd’hui, le vrai enjeu n’est plus seulement de produire de la vidéo, mais de réussir à créer une vidéo identifiable, mémorable et d’y associer un plan solide de diffusion (hors social media compris) !
Enfin, Cédric Carbonero confirme ce trio de tête et le complète d’une nuance sur LinkedIn : la vidéo y « gagne du terrain » sans encore rivaliser avec les grandes plateformes.
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