Facebook a-t-il encore sa place dans une stratégie social media ?

Ringard, vieillissant, dépassé… Facebook cumule les clichés. Mais les données et les retours terrain racontent une autre histoire. 5 experts nous partagent leur vision !

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Les 5 experts interrogés sont unanimes : Facebook n'est pas mort. © BDM, chathuporn - stock.adobe.com

En social media, les certitudes ont la vie courte. Ce qui fonctionnait hier sera remis en question demain, et les bonnes pratiques varient d’un algorithme à l’autre. Pour démêler le vrai du faux et dépasser les idées reçues, BDM est parti à la rencontre de ceux qui façonnent ce métier au quotidien : community managers, social media managers, agences et marques.

Facebook cumule les clichés depuis des années. On dit de lui qu’il est un réseau vieillissant, avec une portée en chute libre, ringardisé au sein de son propre camp par Instagram, délaissé pour TikTok… Le débat sur la mort annoncée de cette plateforme historique revient régulièrement. Pour le 3e épisode de cette série dédiée aux grandes questions du social media, plusieurs professionnels nous ont confié leur expertise sur le sujet, afin de trancher, une bonne fois pour toutes, sur ce débat :

Facebook n’est pas mort, il a changé de dimension

Le premier réflexe est souvent de qualifier Facebook de réseau des seniors. Et à juste titre, car c’est souvent le premier réseau social dont les précédentes générations (baby boomers, Gen X, Gen Y) se sont emparées. Mais les chiffres nuancent ce portrait. Selon les données du Digital Report 2026, la tranche d’âge la plus représentée sur Facebook dans le monde est celle des 25-34 ans, qui concentre à elle seule près d’un tiers des utilisateurs (32 %). Les 18-24 ans arrivent en deuxième position avec environ 19 %. Autrement dit, plus de la moitié de l’audience mondiale de Facebook a moins de 35 ans. La plateforme couvre donc un spectre générationnel bien plus large qu’on ne le suppose souvent !

Eva Tranová, social media manager chez Agorapulse, dévoile également plusieurs chiffres qui montrent que le réseau reste bien ancré dans les pratiques professionnelles. En 2025, 33,1 % des profils sociaux connectés sur Agorapulse étaient des profils Facebook, devant Instagram (23,2 %) et LinkedIn (15,3 %). Les secteurs les plus représentés : les agences en tête (16 %), suivies par la tech (11,5 %), l’industrie manufacturière (8,2 %), les services professionnels (8 %) et le retail (7 %). Les chiffres de notre enquête CM 2025 vont dans le même sens. Facebook continue d’être une plateforme clé pour plus d’un professionnel du social media sur deux (56 %), et reste le 3e réseau le plus important pour les CM.

Ce constat, Sophie Gonçalves, content & SEO manager chez Iconosquare, le partage, avec une nuance : Facebook a changé de position, mais il n’a pas disparu.

Le point de vue de Sophie :

Oui, Facebook a encore sa place, mais plus du tout au même poste stratégique qu’avant. En France, il reste l’un des réseaux les plus utilisés, avec une audience souvent plus âgée et très orientée « quotidien » et proximité.
Sophie Gonçalves

Sophie Gonçalves

Content manager, Iconosquare

Yann Amiry, leader social media & brand impact chez Decathlon, complète : « Facebook n’est plus le réseau dont on parle en premier, mais il reste un réseau important, par son nombre d’utilisateurs ».

Au final, sur ce point, les cinq experts sont unanimes : Facebook n’est pas mort. Il a simplement changé de rôle, et de terrain.

Facebook, en chiffres

  • 3,07 milliards : le nombre d’utilisateurs actifs mensuels dans le monde,
  • 31,5 millions : le nombre d’utilisateurs actifs mensuels en France,
  • 39 minutes : le temps passé par jour sur Facebook par les Français,
  • 200,9 milliards de dollars : le chiffre d’affaires de Facebook en 2025.

Communiquer sur Facebook : oui, mais pour qui ?

Si Facebook touche toutes les générations, certaines cibles y sont plus réceptives que d’autres. Pour Anaïs Loubère, directrice de Digital Pipelettes, le réseau est aujourd’hui le premier levier de performance pour les marques qui visent la Silver Gen.

La vision d'Anaïs Loubère :

Par contre, pas question de singer des codes qui ne leur appartiennent pas. Il faut sortir de l’image d’Épinal du « senior » caricatural. Des acteurs comme Darjeeling ou Damart (qui a opéré un pivot d’image impressionnant) réussissent parce qu’ils ne traitent pas leur audience comme des « vieux », mais comme des clients actifs, exigeants et esthètes.
Anaïs Loubère

Anaïs Loubère

Fondatrice, Digital Pipelettes

L’ancrage géographique est une autre ligne de force. Eva Tranová cite deux exemples parlants parmi les clients Agorapulse : une station de ski des Pyrénées-Orientales et une agence de développement économique au Québec, pour qui Facebook reste un canal stratégique à part entière.

Les marques avec une forte identité locale y trouvent un espace de lien authentique avec leur communauté.

Thibault Tourvieille de Labrouhe, directeur de Supernatifs, confirme cette lecture depuis le terrain des agences.

Le conseil de Thibault :

Dans notre expérience, les marques avec un ancrage régional fort y performent encore très bien. La plateforme reste redoutable pour adresser des audiences de plus de 40 ans, avec des logiques de proximité qui font la différence.
Thibault Tourvieille de Labrouhe

Thibault Tourvieille de Labrouhe

Directeur, Supernatifs

Sophie Gonçalves élargit le spectre : au-delà de l’ancrage local et de la cible senior, Facebook reste pertinent pour toute stratégie à fort enjeu communautaire.

C’est un terrain pertinent pour les marques B2C grand public, les acteurs locaux, les réseaux de points de vente, les associations, et toutes les stratégies fortement communautaires (groupes clients, clubs, etc.).

Communiquer sur Facebook : oui, mais comment ?

Facebook n’est plus un réseau « tendance ». Anaïs Loubère pose le cadre d’emblée : « Facebook n’est plus un réseau de « découverte » ou de « hype », c’est un réseau de conversion et de fidélisation. C’est moins sexy pour une direction artistique, mais c’est redoutable pour un bilan comptable ».

Concrètement, cela implique d’adapter les formats et les contenus à une audience qui lit, qui compare et qui cherche à être rassurée.

Les bonnes pratiques d'Anaïs pour exploiter Facebook :

  • Miser sur le long-form content : assumer les contenus longs plutôt que les formats courts, pour proposer du fond, de la rassurance et du storytelling structuré,
  • Privilégier une authenticité visuelle : avec des égéries qui ressemblent à l’audience, sans filtres excessifs,
  • Utiliser Facebook comme un pont vers le physique : et faire de la modération un « social CRM » pour répondre aux questions de votre audience.

Eva Tranová précise quant à elle les types de contenus qui performent le mieux sur la plateforme.

Les conseils d'Eva :

Ce qui performe le mieux ? Les campagnes d’information, les événements à ancrage local, et les promotions. Facebook est tourné vers la communauté, l’information et la conversion. Instagram, lui, excelle dans la découverte visuelle. LinkedIn reste le territoire du professionnel.
Eva Tranová

Eva Tranová

Senior social media manager, Agorapulse

Yann Amiry confirme cette logique depuis l’intérieur d’une grande enseigne.

L'analyse de Yann :

Chez Decathlon, on s’en sert pour relayer des articles et des conseils autour de la pratique sportive : les articles continuent de générer beaucoup d’interactions et de débats. D’autres marques réussissent à générer de nombreuses interactions via des formats plus légers qui incitent au commentaire et au partage.
Les formats statiques fonctionnent toujours bien, et cela peut continuer à être une stratégie intéressante pour une marque qui n’aurait pas les capacités de produire beaucoup de vidéos.
Yann Amiry

Yann Amiry

Leader social media & brand impact, Decathlon France

Repenser Facebook en tant qu’écosystème global

Facebook ne s’évalue plus seul. Pour Thibault Tourvieille de Labrouhe, la plateforme a clairement changé de statut, et c’est précisément ce qui en fait un atout dans une stratégie multi-réseaux : « Pour les autres cibles (ndlr : les utilisateurs de moins de 40 ans), Facebook a clairement changé de statut. Ce n’est plus un terrain de conquête culturelle. C’est un média de couverture et d’efficacité. Très puissant pour toucher large, activer du retail et structurer un retargeting solide. »

Son intégration dans l’écosystème Meta lui confère par ailleurs un rôle relationnel que peu de plateformes peuvent revendiquer. Sophie Gonçalves souligne le potentiel de Messenger et WhatsApp comme prolongement naturel d’une stratégie Facebook : « Son écosystème avec Messenger et WhatsApp en fait aussi un très bon hub relationnel (service client, FAQ, prise de rendez-vous, conversations privées à forte valeur ajoutée). »

Mais l’écosystème Meta ne suffit pas à compenser la baisse de portée organique, et la question du paid se pose inévitablement.

En 2026 (et ça fait déjà quelques années), l’enjeu est plutôt de l’intégrer dans un combo organique/paid : booster les posts qui fonctionnent, nourrir des audiences de retargeting, travailler des tunnels simples vers votre site ou WhatsApp, conclut Sophie Gonçalves.

Yann Amiry confirme l’intérêt publicitaire du réseau dans une logique de trafic global : « Au niveau publicitaire, Facebook nous permet toujours de générer un trafic important sur notre site web. En revanche, un budget ads est souvent nécessaire pour s’assurer un minimum de visibilité ».

Ce que les experts décrivent converge donc vers un même constat : Facebook ne se gère plus comme un réseau de notoriété, mais comme un outil de performance. Un changement de posture qui, pour beaucoup de marques, reste encore à opérer.

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