Stratégie social media : faut-il être présent sur tous les réseaux sociaux ?

Multiplier les comptes pour exister partout reste une tentation courante. Plusieurs experts social media expliquent pourquoi la dispersion dessert les marques, et comment arbitrer entre les plateformes.

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En essayant d’être partout à la fois, nous ne sommes nulle part réellement ! © BDM / Forhanx - stock.adobe.com

En social media, les certitudes ont la vie courte. Ce qui fonctionnait hier sera remis en question demain, et les bonnes pratiques varient d’un algorithme à l’autre. Pour démêler le vrai du faux et dépasser les idées reçues, BDM est parti à la rencontre de ceux qui façonnent ce métier au quotidien : community managers, social media managers, agences et marques.

Faut-il être présent sur tous les réseaux sociaux ? La question taraude les marques à mesure que les plateformes se multiplient, entre Instagram, TikTok, YouTube, LinkedIn, Facebook, X, Snapchat ou Threads. La tentation d’ouvrir un compte partout reste forte, par crainte de manquer une audience ou de laisser le terrain à la concurrence. Pour le 4e épisode de cette série dédiée aux grandes questions du social media, plusieurs professionnels nous ont confié leur expertise sur le sujet, afin de distinguer ce qui relève de la stratégie de ce qui tient de la dispersion :

Vouloir être partout finit par affaiblir une marque

Sur le principe, les quatre experts interrogés sont unanimes : occuper toutes les plateformes n’est pas une stratégie et relève plutôt de la dispersion. Le constat tient à une réalité opérationnelle. Animer un compte dans la durée demande de produire du contenu, d’entretenir une communauté et de modérer les échanges, un travail que peu d’équipes peuvent mener de front sur cinq réseaux ou plus.

La dispersion a un coût opérationnel

Non, être présent partout ne doit jamais être un impératif. La première question à poser est souvent celle des moyens, qu’ils soient financiers ou humains. Un community manager seul ne pourra pas animer 5 plateformes dans la durée.

Yann Amiry

Yann Amiry

Leader social media & brand impact, Decathlon France

La conséquence d’une présence trop large est une visibilité diluée. Pour Anaïs Loubère, vouloir être partout produit souvent l’effet inverse de celui recherché : « On observe souvent l’effet inverse de celui recherché quand une entreprise veut être partout : les équipes se dispersent, les formats sont mal exploités, les algorithmes comprennent moins bien le positionnement du compte et le budget (qu’il s’agisse de création de contenus ou d’ads) se retrouve dilué.

Résultat : une présence moyenne sur plusieurs plateformes, mais une performance forte nulle part. »

Comment choisir les plateformes les plus pertinentes ?

Une fois ce principe posé, reste à trancher. Plusieurs experts proposent une grille d’arbitrage qui part des moyens disponibles avant de regarder les cibles. Yann Amiry liste les questions à se poser en amont de toute stratégie : « Il faut prioriser le choix des plateformes en fonction de ses objectifs (notoriété, engagement, trafic, etc.), et de ses cibles prioritaires. Avant de commencer à poser sa stratégie, quelques questions simples permettent de faire les bons choix. »

Les questions à se poser pour choisir ses réseaux sociaux, selon Yann Amiry :

  • Quels sont les moyens dont je dispose (dans la durée) ?
  • Quels sont mes objectifs ?
  • Quelles sont les plateformes les plus utilisées par les gens que je cible ?
  • Ai-je besoin d’un budget média complémentaire ? Si oui, combien ?

Cédric Carbonero ajoute deux critères d’observation : ce que fait la concurrence, et sa propre capacité de production.

La vision de Cédric :

Je dirais que pour choisir les plateformes les plus pertinentes, il faut déjà regarder ce que fait la concurrence et quels résultats il y a derrière (est-ce que leurs communautés sont engagées sur les plateformes en question, etc…).

Ensuite, il est important de voir ce que l’on est capable de faire nous-mêmes. Par exemple, être sur TikTok ou Instagram oui, mais avez-vous la capacité de créer régulièrement du contenu de qualité pour alimenter vos comptes ?

Cédric Carbonero

Cédric Carbonero

Senior global social media & influence expert, Qonto

Chez Qonto par exemple, cet arbitrage s’est traduit par des choix concrets : un investissement sur TikTok, où se trouve la tranche la plus jeune de l’audience, et un désengagement de X, qui générait peu d’interactions, transformé en un simple canal de relation client.

Choisir suppose toutefois de connaître les audiences réelles de chaque réseau, au-delà des clichés. Anaïs Loubère met en garde contre les raccourcis qui orientent mal les décisions, plateforme par plateforme.

Les clichés des réseaux sociaux, selon Anaïs Loubère :

  • Facebook : on lui attribue généralement les +50 ans, c’est souvent vrai mais il ne faut pas négliger les « seniors branchés », souvent CSP+, de plus en plus actifs sur Instagram également. Autre point d’attention, lorsqu’il s’agit de toucher des petites zones rurales. Les habitants ont souvent plus tendance à consommer de l’info sur Facebook, tout âge confondu !
  • LinkedIn : pour les pros, oui mais pas tous. Les professionnels ayant une clientèle en B2C sont souvent beaucoup plus actifs sur des plateformes grand public, car ils sont là où leurs clients sont. Ne perdez pas votre temps à communiquer sur LinkedIn si vous voulez toucher des artisans ou des commerçants.
  • TikTok : les jeunes. C’est vrai, mais là aussi, c’est une lecture un peu réductrice. Les 25-34 ans représentent près de 30 % des utilisateurs de TikTok en France. Si vous voulez toucher les -25 ans, selon les usages et les profils, vous les trouverez parfois plus sur Snapchat.
  • Instagram : on ratisse large. Vrai aussi mais il ne faut pas oublier que les -25 ans désertent de plus en plus la plateforme. Le jeu se joue de plus en plus sur le dark social ou les plateformes conversationnelles privées (Discord ou Snapchat en sont témoins).

Peut-on publier le même contenu partout ?

Cette question divise moins qu’il n’y paraît. Dupliquer un contenu à l’identique sur tous les réseaux est déconseillé, mais réutiliser une production en l’adaptant fait consensus. Anaïs Loubère rappelle que chaque réseau correspond à un usage distinct.

La vision d'Anaïs :

Un réseau social n’est pas qu’un canal de diffusion, c’est un contexte d’attention spécifique. Publier le même contenu partout revient donc à ignorer l’intention des utilisateurs sur chaque plateforme.

Anaïs Loubère

Anaïs Loubère

Fondatrice, Digital Pipelettes

La nuance vaut aussi pour le ton. Cédric Carbonero note une compatibilité technique entre certains formats vidéo, sans que cela dispense d’adapter le propos : « Il y a une forte compatibilité entre les contenus vidéos sur TikTok, Instagram et YouTube Shorts, ce sont des cas très précis dans lesquels l’on peut facilement réutiliser le même contenu. Mais la meilleure stratégie reste quand même d’adapter son contenu à chaque plateforme, surtout sur le tone of voice ».

Yann Amiry complète : « Avoir des contenus différents sur chaque plateforme n’est pas forcément une nécessité. On remarque aujourd’hui que beaucoup de formats se copient et se ressemblent. Bien entendu, le public et les habitudes de consommation peuvent légèrement différer d’un réseau à l’autre, mais le format reste le même ».

En pratique, cette réutilisation peut s’organiser dès la production. Yann Amiry décrit la méthode appliquée chez Decathlon.

La production de contenus vidéo chez Decathlon :

Chez Decathlon, on essaye de multiplier les formats sans pour autant faire exploser le temps de tournage. Par exemple, un même tournage peut nous permettre de sortir : un format long pour YouTube, et plusieurs capsules vidéos très courtes qui seront postées en Reels, sur TikTok, en Short, et même parfois sur LinkedIn.

Réutiliser plutôt que dupliquer : la logique de « master production »

Ce raisonnement, Julien Fritsch le pousse plus loin. Pour ce consultant social media, le vrai sujet n’est plus la production de contenu mais la diffusion d’un message décliné à partir d’une source unique.

La vision de Julien :

Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir s’il faut être présent sur tous les réseaux sociaux. Le vrai sujet, c’est surtout de savoir ce qu’une marque est réellement capable de maîtriser, produire et animer à court et moyen terme, en fonction de ses ressources et de son audience.

Chez Paris 2024, l’expansion sur les réseaux sociaux s’est faite progressivement : test and learn, maîtrise avant de passer à la plateforme suivante.

Julien Fritsch

Julien Fritsch

Consultant olympique et paralympique

En revanche, ce qui reste largement sous-exploité, c’est la capacité des marques à réutiliser intelligemment une campagne.

Le conseil de Julien sur la master production :

À partir d’un message unique que l’on cherche à faire passer, on peut construire une « master production » pensée comme une source folle de contenus.

Un format long YouTube peut se décliner en dizaines de contenus dérivés : clips courts, teasers, citations, carrousels, photos, extraits audio ou formats conversationnels adaptés aux différentes plateformes.

Le sujet n’est alors plus la production de contenu, mais la diffusion du message de marque et son amplification en social media !

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