IA au travail : 61 % des salariés refusent qu’elle agisse sans validation humaine
Une étude TeamViewer pointe un paradoxe faisant de l’IA un réflexe quotidien au travail. Et pourtant, une majorité de salariés refuse qu’elle prenne la moindre décision seule.
L’IA générative fait désormais partie du quotidien de nombreux professionnels, comme le confirmait notre enquête annuelle sur l’IA en entreprise. Une étude publiée par TeamViewer, menée par l’institut Sapio Research auprès de 4 200 salariés et managers dont une partie en France, met en lumière une limite nette. L’IA est massivement sollicitée pour assister, mais elle reste tenue à distance dès qu’il s’agit d’agir en complète autonomie, sans supervision.
Un usage quotidien de l’IA, qui s’arrête au seuil de l’action autonome
Une adoption massive mais une confiance limitée
Selon l’étude, 75 % des personnes interrogées utilisent l’IA au moins une fois par jour, avec une moyenne de trois requêtes quotidiennes. Les bénéfices sont largement reconnus. 97 % des répondants identifient au moins un apport concret, de l’automatisation des tâches répétitives à la réduction de la charge de travail, et 64 % décrivent une expérience positive.

Cette adoption ne s’accompagne pourtant pas d’une envie de déléguer les décisions. 61 % des répondants préfèrent que l’IA ne réalise aucune action de façon autonome (voir image de une). Dans le détail, 43 % souhaitent qu’elle formule des recommandations en leur laissant le dernier mot, et 18 % ne veulent aucune recommandation. Seuls 35 % se disent prêts à la laisser agir plus librement en leur nom.

L’étude oppose ainsi deux régimes : l’assistance, où une personne lance une tâche puis vérifie le résultat, et l’action autonome, où le système agit seul dans un cadre défini. « Le passage de l’assistance à l’action autonome n’est pas un acte de foi, c’est une question d’architecture », résume Mei Dent, directrice produit et technologie de TeamViewer, pour qui les organisations doivent définir à l’avance ce qu’un système peut faire et le moment où il doit s’interrompre pour demander une validation.
Ce que les salariés réclament pour lâcher la main
Le refus n’est pas un rejet de principe. 70 % des répondants se disent à l’aise avec une IA qui agit, à condition de pouvoir reprendre la main quand ils le souhaitent. À l’inverse, 11 % seulement accepteraient qu’elle opère sans information ni intervention humaine possible. Ce n’est donc pas l’autonomie qui pose problème, mais l’autonomie invisible.
Les garde-fous jugés indispensables par les salariés
Les conditions qui rendraient l’action autonome plus acceptable, selon les répondants :
- Des protections renforcées de sécurité et de confidentialité (39 %),
- Une notification avant tout changement majeur (36 %),
- Des limites claires sur ce à quoi l’IA peut accéder (36 %),
- Un historique visible des actions menées (33 %),
- Une option d’annulation ou de retour en arrière (31 %).
Cette confiance conditionnelle se calque sur le niveau de risque. 40 % des répondants estiment qu’un humain doit intervenir dès que la sécurité, les données ou les opérations de l’entreprise sont en jeu, là où une infime minorité accepterait une IA totalement indépendante. La vérification a toutefois un coût. Les personnes interrogées y consacrent en moyenne deux heures par semaine, et 51 % reconnaissent ne pas toujours savoir quand faire confiance à l’IA ou quand la contrôler.
Pour Kai Werner, directeur des ressources humaines de TeamViewer, la réponse tient moins à la performance qu’à la gouvernance : « La confiance grandit quand les salariés comprennent comment les décisions sont prises, ont leur mot à dire sur les domaines où l’autonomie est introduite et savent qu’ils ne seront pas tenus responsables de résultats qu’ils ne maîtrisaient pas. »
Un écart de perception que confirment d’autres études
L’étude fait aussi apparaître un clivage entre les populations interrogées. Les managers se montrent nettement plus enthousiastes que les salariés. 71 % d’entre eux décrivent une expérience positive avec l’IA, contre 58 % des employés, et ils acceptent plus volontiers de la laisser agir en arrière-plan. Les salariés, eux, se sentent davantage exposés quand un système autonome se trompe, alors qu’ils pèsent rarement sur son choix ou son paramétrage.

Ce clivage recoupe d’autres travaux récents. Une étude de Notion relevait un écart comparable, avec 60 % des dirigeants qui jugeaient leur organisation prête pour les agents IA contre 36 % des salariés. Notre enquête annuelle décrivait, elle, une adoption réelle mais très inégale d’un métier à l’autre. Trois méthodologies distinctes qui convergent vers la même conclusion : ceux qui décident du déploiement de l’IA n’en mesurent pas les risques comme ceux qui l’utilisent au quotidien.
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