IA en entreprise : le fossé se creuse entre les organisations les plus avancées et les autres
À en croire deux études publiées ce mercredi 12 août 2026 par OpenAI, l’IA quitte progressivement le registre de l’assistance pour celui de l’exécution en entreprise. Mais toutes les organisations n’avancent pas à la même allure.
Au sein de la clientèle d’OpenAI, l’écart dans l’usage de l’IA entre les entreprises les plus actives et la moyenne s’est considérablement accru au cours des cinq derniers mois. C’est le principal enseignement des deux documents publiés par la firme ce mercredi 12 août 2026 : le rapport Enterprise Signals d’une part, et une étude universitaire conjointe avec Columbia Business School et Wharton, basée sur plus de 17 millions de messages provenant de 1 764 organisations. Précision utile, toutefois : ces données décrivent le comportement des clients de ChatGPT Enterprise et de Codex, et non celui de l’ensemble du marché de l’IA en entreprise.
Un écart qui triple en six mois
Chaque mois, OpenAI classe ses clients en fonction du nombre de tokens générés par utilisateur actif. Les entreprises situées en haut de classement sont qualifiées de « frontières », et considérées comme les plus avancées en matière d’utilisation de l’IA. Elles sont ensuite comparées aux organisations situées autour de la médiane, qui servent de référence et traduisent l’usage moyen de la clientèle. En juin 2026, les entreprises « frontières » généraient 8,3 fois plus de tokens par utilisateur actif que cette médiane. Le ratio ne dépassait pas 2,6 en janvier.
L’écart s’observe dans toutes les industries et toutes les tailles d’entreprise, mais son ampleur varie, d’après OpenAI. Dans l’information et la tech, deux secteurs déjà en avance sur l’adoption de l’IA, les entreprises frontières produisent 11,7 fois plus de tokens par utilisateur. Le ratio tombe à 5,3 dans l’industrie manufacturière. Les entreprises situées autour de la médiane, elles, progressent lentement : en l’espace d’un an, leur volume par utilisateur n’a été multiplié que par 1,9 à 2,8 selon les secteurs. Un signal, selon OpenAI, qu’elles ont tendance à s’appuyer sur des « assistants simples », sans mobiliser la palette de fonctionnalités déployées par les plus intensives.
Les tokens constituent une mesure imparfaite de la valeur métier : une réponse courte peut être très utile, une réponse longue n’apporter presque rien. Le volume de tokens offre néanmoins un indicateur commode de la profondeur des usages de l’IA et de la quantité de travail que les collaborateurs lui confient, admet OpenAI.
Qu’est-ce qui distingue les entreprises les plus avancées en matière d’usage de l’IA ?
Les agents IA au cœur de la production
En juin, « Codex concentrait 64 % des tokens générés par Codex et ChatGPT réunis chez les clients », précise OpenAI. L’agent de code, qui gère des tâches en plusieurs étapes et manipule des fichiers, remplace progressivement l’usage conversationnel du chatbot. À un biais près : une tâche agentique produit mécaniquement plus de tokens qu’une conversation, parce qu’elle s’étale sur davantage d’étapes.
En outre, Codex commence à s’extirper progressivement de son terrain historique : le développement web. Depuis février 2026, le nombre de ses utilisateurs hebdomadaires en entreprise a été multiplié par :
- 108 dans les métiers juridiques,
- 41 dans le commercial et le recrutement,
- 26 dans le marketing,
- 5 en ingénierie, où l’outil s’est d’abord implanté.
Ces multiplicateurs partent toutefois de bases très faibles, non publiées par OpenAI : au point de départ, quasiment personne n’utilisait Codex dans la plupart de ces domaines.
Un recours plus large aux plugins et compétences
Sans surprise, les entreprises « frontières » font davantage appel aux capacités avancées qui donnent à l’IA accès aux outils et données maison. 21 % de leurs utilisateurs hebdomadaires utilisent des plugins, contre 9 % dans la moyenne de la clientèle. En ce qui concerne les compétences, ces instructions réutilisables et greffées à l’agent, l’écart passe à 19 % contre 3 %.

Une image partielle qui prolonge une tension déjà repérée
L’étude universitaire complète le tableau en dressant le portrait des sociétés américaines cotées qui ont adopté ChatGPT Enterprise, comparées à celles qui sont restées à l’écart. Leur chiffre d’affaires médian atteint 2 275,1 millions de dollars, contre 209,6 pour les autres. Elles emploient 2 934 personnes contre 424, et consacrent 113,1 millions de dollars à la R&D contre 9,9 millions de dollars. Pour les auteurs de l’étude, l’accès aux mêmes modèles ne débouche pas sur les mêmes usages : les entreprises les mieux pourvues en capital organisationnel et immatériel en tirent davantage profit. À ce stade, la diffusion de l’IA en entreprise pourrait donc creuser les inégalités plutôt que de les réduire.
L’analyse basée sur l’ancienneté révèle un autre écart. Six mois après l’adoption de ChatGPT Enterprise, dans une même organisation, les salariés en début de carrière envoient 8 à 9 messages hebdomadaires de plus que la moyenne des utilisateurs actifs. Les cadres dirigeants en envoient nettement moins.
Pour rappel, ces données ne concernent que la base clients d’OpenAI et laissent de côté Copilot chez Microsoft, Claude chez Anthropic, les développements internes ou les appels via API. Un rapport OpenAI publié fin 2025 relevait déjà une intensité d’usage six fois supérieure chez les « utilisateurs frontières ». Une publication récente sur l’usage grand public de ChatGPT tirait un constat comparable chez les particuliers.
Comment les deux études ont été menées
Les deux rapports s’appuient sur les données d’usage anonymisées de la base clients ChatGPT Enterprise d’OpenAI. Enterprise Signals couvre l’usage jusqu’à juin 2026. L’étude universitaire porte sur 1 764 organisations et plus de 17 millions de messages entre janvier 2024 et mars 2026, avec un sous-échantillon de 521 entreprises cotées américaines pour l’analyse financière.
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