Freelances ou salariés : qui profite vraiment des gains de productivité de l’IA dans la tech ?
La moitié des 1 035 pros de la tech interrogés par Shakers déclarent produire au moins 26 % de plus grâce à l’IA. Plus de la moitié des salariés n’en voient pourtant pas la couleur, au contraire des freelances.
L’IA fait grimper la production des professionnels de la tech, mais le temps qu’elle libère ne profite pas à tous de la même façon. Les freelances le transforment en clients, en tarifs ou en journées plus courtes bien plus souvent que les salariés, d’après le baromètre State of European AI Builders 2026. Shakers, qui met en relation des entreprises avec des freelances tech, y a interrogé 1 035 professionnels dans 23 pays européens.
L’IA s’installe dans la production des pros de la tech
Un répondant sur deux estime que l’IA a accru sa production d’au moins 26 %, et 20 % évoquent une hausse de plus de 50 %. Les usages ont dépassé le stade du test : 73 % déclarent faire tourner au moins un agent IA ou un workflow automatisé dans leur travail quotidien. Revenir en arrière paraît difficile à beaucoup d’entre eux, puisque 60 % jugent qu’ils ne pourraient pas facilement se passer de ces outils.
Le baromètre prend aussi le contre-pied d’un chiffre largement repris. À l’été 2025, le MIT estimait que 95 % des projets d’IA générative menés en entreprise échouaient avant d’être intégrés aux opérations. Parmi les 878 répondants de Shakers qui ont travaillé sur des projets IA au cours des douze derniers mois, 63 % affirment en avoir mis au moins la moitié en production, et 35 % la plupart ou la totalité. L’étude retient pourtant une définition exigeante : une solution utilisée par de vrais utilisateurs ou systèmes, et toujours active 90 jours après son lancement. Les deux mesures ne se comparent pas terme à terme, car l’une repose sur les déclarations de praticiens, l’autre sur un bilan dressé à l’échelle des entreprises.
Freelances et salariés ne tirent pas le même profit du temps gagné
Où part la capacité libérée par l’IA
C’est sur la destination de ce temps gagné que les deux populations se séparent. 68 % des freelances le conservent pour eux, en prenant davantage de clients, en augmentant leurs tarifs ou en réduisant leurs journées. Chez les salariés à temps plein, la répartition est nettement moins favorable :
- 43 % gardent le bénéfice du temps libéré,
- 36 % le voient capté par leur employeur,
- 21 % le perdent en réunions et en tâches administratives.
Une reconnaissance salariale rare côté salariés
La rémunération suit la même ligne de partage : 65 % des salariés à temps plein déclarent n’avoir reçu aucune reconnaissance salariale pour leurs gains de productivité liés à l’IA, contre 39 % des freelances. Parmi ceux dont la rémunération a progressé sur un an, les freelances ont relevé leurs tarifs de 25 % en moyenne (médiane à 20 %), quand les salariés ont obtenu 9 % (médiane à 5 %). Le constat détonne face à celui des dirigeants français interrogés par Ipsos bva pour Google, selon lesquels 57 % des entreprises ayant investi dans l’IA ont augmenté les salaires de leurs équipes.
Dans le même temps, 24 % des salariés envisagent sérieusement de se mettre à leur compte d’ici 24 mois, un chiffre qui inclut ceux qui exercent déjà une activité indépendante en parallèle. Le niveau de revenu et la recherche d’autonomie arrivent en tête de leurs motivations, selon Shakers.
Des hausses de tarifs mesurées sur 68 freelances
La revalorisation moyenne des tarifs freelances avancée par Shakers ne porte que sur les répondants dont la rémunération a augmenté sur les douze derniers mois, soit 68 freelances. Elle donne une tendance, pas une mesure du marché.
Un quart des pros de la tech taisent la part d’IA dans leur travail
L’usage de l’IA reste en partie invisible pour ceux qui paient. 25 % des répondants ne disent pas à leur employeur ou à leurs clients quelle part de leur travail passe par l’IA. Il s’agit surtout d’un silence tacite : seuls 1,2 % évitent activement le sujet, les autres n’en parlent pas, et personne ne leur pose la question. Les répondants restent pourtant plus nombreux à penser que révéler cet usage augmente leur valeur (37 %) qu’à craindre l’effet inverse (14 %).
Une interdiction ne ferait cependant pas disparaître ces pratiques. En effet, si l’IA était bannie du jour au lendemain, 14 % continueraient à l’utiliser discrètement et 6,3 % quitteraient leur poste ou leur client. 39 % s’y plieraient, en anticipant une baisse de la qualité de leur travail.
Notre enquête sur l’IA générative menée au printemps 2026 auprès de 807 professionnels du digital montrait que les restrictions restaient rares, avec 8,4 % des répondants travaillant pour une entreprise qui déconseille les outils d’IA générative, contre 10,3 % en 2024.
Comment le baromètre de Shakers a été mené
L’enquête a été réalisée par Shakers, plateforme de mise en relation avec des freelances tech, sans institut tiers ni marge d’erreur publiée. Elle repose sur 1 035 professionnels de la tech ayant au moins trois ans d’expérience, dans 23 pays européens : 963 issus du panel Prolific et 72 du réseau Shakers. Parmi eux figurent 229 freelances et 806 salariés, dont 130 avec une activité indépendante.