AI Overviews : ce que les premières mesures de visibilité des médias français révèlent
The Black Room a mesuré 25 000 requêtes sur Google France. La presse dite « people et féminine » domine les citations de presse mais, tous domaines confondus, Wikipédia est cité plus souvent que l’ensemble des titres français.
Dans les AI Overviews de Google, le média français le plus cité n’est pas un quotidien national, mais Gala. Le magazine capte à lui seul 18 % des citations qui reviennent à un titre de presse française, davantage que Le Figaro, Le Parisien, Libération et Le Point réunis. C’est le premier résultat d’une étude de The Black Room, un collectif de consultants SEO, qui a mesuré 25 000 requêtes sur Google France, peu après le déploiement de la fonctionnalité dans l’Hexagone.
La méthodologie de l'étude sur les Aperçus IA
L’étude est signée The Black Room, un collectif de quatre consultants SEO qui commercialise des audits de visibilité générative. Le corpus a été construit à partir de signaux de demande, sans partir des positions déjà acquises par les médias. Sur 197 920 requêtes candidates, 25 000 ont été mesurées le 9 août 2026 sur la SERP française, en mobile et sans personnalisation.
Plus d’une requête sur deux déclenche un Aperçu IA
Sur l’ensemble du corpus, 55 % des requêtes déclenchent un AI Overview. Quand il apparaît, il cite au moins un titre de presse française référencé par l’ACPM dans 40 % des cas. Au total, 22 % des requêtes produisent un Aperçu IA citant la presse. Un second échantillon de 3 000 requêtes redonne ces trois valeurs à moins d’un point d’écart.
Ce que recouvre le référentiel ACPM
L’ACPM, Alliance pour les chiffres de la presse et des médias, est le tiers certificateur de la diffusion et de l’audience des médias français. Elle a succédé à l’OJD en 2015 et fonctionne par adhésion volontaire, si bien qu’elle ne couvre pas toute la presse. L’étude croise 233 titres du référentiel avec les domaines relevés, dont 206 apparaissent au moins une fois.
Deux régimes selon le type de requête
Le taux moyen masque deux situations opposées : sur une actualité déjà refroidie, l’Aperçu IA ne se déclenche que dans 21 % des cas. Google y privilégie encore le carrousel Top Stories et les fiches d’information. Sur les requêtes portant sur une entité, le taux monte à 60 %. Le taux de citation de la presse, lui, reste identique dans les deux cas.
Le type d’entité change aussi la donne. Les partis politiques déclenchent le plus d’AI Overviews, 65 %, mais Google va chercher des sources institutionnelles pour répondre. Quand un Aperçu IA se déclenche sur un parti politique, il ne cite un titre de presse que dans 23 % des cas. Sur une personne, ce taux atteint 41 %, pour un déclenchement de 61 %.
Le déclenchement se joue sur la longue traîne
L’écart le plus net porte sur le volume de recherche. Au-dessus de 50 000 recherches mensuelles, l’Aperçu IA n’apparaît que sur 8,4 % des requêtes. Google y affiche plutôt des fiches du Knowledge Graph, des résultats d’actualité et des scores sportifs. Sous 5 000 recherches par mois, le taux grimpe à 58 %, soit près de sept fois plus. La visibilité générative semble donc se gagner sur le volume de questions factuelles rares, pas sur les mots clés les plus surveillés.

Ces taux valent-ils pour toutes les recherches faites en France ?
Non. Le corpus est composé de requêtes d’actualité et de requêtes portant sur des entités, dont 93 % relèvent de la longue traîne. Les taux de déclenchement ne peuvent donc pas être transposés à l’ensemble des recherches effectuées sur Google France. L’étude précise également ne décrire aucune évolution dans le temps, faute de mesures répétées, et propose donc un instantané du 9 août 2026.
Le premier quotidien national n’arrive qu’en septième position
Le périmètre principal de l’étude est le référentiel ACPM, soit la presse française au sens strict. 206 titres y apparaissent au moins une fois dans les AI Overviews mesurés, et les vingt premiers captent 72 % des citations de cette catégorie. Voici le haut du classement :
- Gala
- Voici
- Paris Match
- Ouest-France
- Elle
- Closer
- Le Parisien
- Le Figaro
- 20 Minutes
- Foot Mercato

Cinq des dix premiers titres relèvent de la presse people ou féminine, et Le Parisien est le premier quotidien national à figurer au classement, au septième rang. La hiérarchie obtenue ne reproduit ni celle des audiences, ni celle du poids éditorial des titres.
À chaque famille de sujets correspond par ailleurs une presse distincte, ce qui rend un taux de visibilité global peu exploitable :
- Sur les personnes, les plus cités sont Gala, Allociné, Programme-TV, Voici et Paris Match,
- Sur les partis politiques, on trouve surtout La Croix, Public Sénat, Libération, Les Échos et Le Monde diplomatique,
- Sur les entreprises, BFMTV, Boursorama, Le Figaro, Le Parisien sont les titres les plus présents,
- Sur les organismes gouvernementaux, Ouest-France, Sud Ouest, CNews, 20 Minutes et L’Opinion apparaissent le plus souvent.

La place d’Allociné et de Programme-TV sur les requêtes portant sur des personnes signale un second effet. Sur ces sujets, un magazine de programmes télévisés est concurrencé par des acteurs extérieurs à la presse traditionnelle.
Wikipédia est cité plus souvent que toute la presse française
Le classement change de nature sans ces filtres. Au total, 9 437 domaines distincts sont cités dans les AI Overviews relevés. Les 446 domaines de médias français n’en captent que 20 %, et la presse ACPM 13 %. Le premier domaine cité, tous périmètres confondus, est la version française de Wikipédia, avec 14 % des citations à elle seule.
Six acteurs devancent le premier titre de presse. Après Wikipédia en français viennent Facebook, YouTube, Instagram, Wikipédia en anglais et IMDb. Gala n’arrive qu’au septième rang, avec 2,3 % des citations. La presse française n’est donc pas la source principale des Aperçus IA, mais une source parmi d’autres. Un tiers des citations qui vont à un média échappe d’ailleurs au périmètre ACPM.

Quinze titres bien classés dans Google et presque jamais cités
Le résultat le plus difficile à expliquer concerne les absents. Quinze titres du référentiel ACPM occupent chacun au moins 100 positions dans les résultats de Google sur des pages où un Aperçu IA se déclenche. Ils y cumulent 8 532 positions, dont 1 519 dans le top 3, pour six citations seulement. Neuf d’entre eux ne sont cités nulle part dans le corpus mesuré.
Radio France occupe 1 824 positions, dont 286 dans le top 3, sans être citée une seule fois. Le Monde en occupe 1 683, dont 394 dans le top 3, pour deux citations. Ces quinze titres représentent 29 % des positions de presse relevées, pour un taux de conversion en Aperçu IA de 0,07 %, quand les 35 autres titres ACPM comparables convertissent 27 % de leurs positions. « Ce n’est pas un déficit de performance, c’est une absence », écrit le collectif.
The Black Room indique avoir testé six explications techniques, sans qu’aucune ne tienne, y compris le blocage des robots d’entraînement. Gala et Ouest-France bloquent Google-Extended tout en figurant parmi les titres les plus cités.
Leur hypothèse se situe ailleurs. La Search Console propose un réglage nommé « IA générative dans la Recherche », qui retirerait un site des Aperçus IA sans modifier son classement organique. Les auteurs présentent cette hypothèse comme fortement étayée mais non prouvée, ce paramètre n’étant pas consultable de l’extérieur.
Cette piste renvoie aux engagements pris par Google auprès de la presse française. Dans un courrier adressé aux éditeurs le 29 juin, l’entreprise leur laissait la possibilité de choisir d’apparaître ou non dans ses résultats générés par IA et promettait une rémunération au titre des droits voisins aux 450 éditeurs déjà couverts. Pas suffisant pour la presse française, qui a saisi l’Autorité de la concurrence.
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