Numérique : pourquoi le rebond ne profite pas encore à la rentabilité des entreprises
Selon l’Observatoire Numeum-Xerfi, le marché du numérique a renoué avec une croissance de l’ordre de 3 % pour 2026, portée par les éditeurs de logiciels. Mais cette reprise reste inégale.
Après deux années de ralentissement, le marché du numérique français a renoué avec la croissance au premier semestre 2026, mais cette embellie ne s’est pas encore traduite dans les comptes de résultat du secteur. Alors que la rentrée relance les arbitrages budgétaires des entreprises, l’Observatoire de conjoncture que Xerfi réalise pour Numeum, le premier syndicat des entreprises du numérique en France, permet de mesurer la santé économique du secteur, entre croissance et rentabilité. Il distingue une reprise à deux vitesses, entre des éditeurs de logiciels en forte accélération et des ESN ou des sociétés spécialisées dans le conseil en technologies qui ne retrouvent qu’une croissance quasi nulle.
Une reprise du marché à deux vitesses
Après un ralentissement marqué en 2025 (+1,8 %), le marché du numérique retrouve un rythme de croissance de l’ordre de 3 % pour 2026, ce qui constituerait sa meilleure performance depuis deux ans (voir le graphique de Une). Cette moyenne masque toutefois des trajectoires très différentes selon les métiers.
Les éditeurs de logiciels et les plateformes restent le principal moteur du marché, avec une croissance attendue de 6,2 % pour un chiffre d’affaires de 30,9 milliards d’euros. Les ESN progressent bien plus modestement, à 1 % pour un marché de 34,6 milliards d’euros, tout comme le conseil en technologies, à 0,2 % pour 7,7 milliards d’euros.
Selon l’Observatoire, 54 % des ESN citent la prudence de leurs clients comme principal frein à leur croissance. Cette prudence tient aussi à l’attentisme des donneurs d’ordres : 39 % des directeurs des systèmes d’information estiment que les incertitudes géopolitiques ont pesé au début de l’année sur leurs décisions d’investissement numérique, avec des reports de projets dans 57 % des cas.
Une rentabilité sous tension malgré la reprise
Le retour de la croissance ne suffit pourtant pas à lever les inquiétudes sur la rentabilité. Selon l’Observatoire, 35 % des ESN et 18 % des éditeurs de logiciels et des plateformes anticipent une baisse de leur marge opérationnelle au premier semestre 2026, ces derniers étant pourtant en tête de la croissance du secteur.
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Cette tension s’explique par la situation des ESN, qui restent tiraillées entre la hausse de leurs coûts, RH comme technologiques, et une pression tarifaire persistante de la part de leurs clients.
La rentabilité devient désormais le principal indicateur de vigilance du secteur, soulignent Numeum et Xerfi.
L’IA, un moteur de croissance à la rentabilité incertaine
L’intelligence artificielle est déjà devenue une source de revenus concrète pour le secteur. Elle représente 12 % du chiffre d’affaires des éditeurs de logiciels et 9,8 % de celui des ESN, selon l’Observatoire. Les gains de productivité qu’elle génère devraient eux aussi progresser, de 15 % à 22 % chez les ESN, et de 13 % à 24 % chez les éditeurs entre 2025 et 2027, selon une projection de Numeum et Xerfi.
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Son adoption est déjà largement installée dans les entreprises françaises, comme le confirme notre enquête IA menée en 2026 auprès des professionnels du digital. Mais convertir ces gains en rentabilité reste encore incertain : 22 % des DSI estiment que l’IA agentique pourrait réduire certaines de leurs dépenses logicielles. Le secteur devient également plus sélectif sur le recrutement, avec 33 % des ESN qui déclarent avoir réduit leurs embauches de jeunes diplômés au premier semestre 2026.
Méthodologie de l'Observatoire semestriel de conjoncture du numérique, par Numeum et Xerfi
L’enquête a été menée par Xerfi pour le compte de Numeum, premier syndicat professionnel du numérique en France, au premier semestre 2026. Elle a été conduite auprès de 296 acteurs du numérique (151 ESN, 118 éditeurs de logiciels et plateformes, 28 acteurs du conseil en technologies) et de 116 directeurs des systèmes d’information. Elle s’appuie aussi sur les données Xerfi, Insee et Acoss.