Face aux AI Overviews, ibou veut « rendre aux médias la visibilité qu’ils n’ont pas toujours sur les plateformes »

En réponse aux AIO, ibou veut renvoyer le trafic vers les médias. Sylvain Peyronnet, CEO d’ibou, explique comment ibou Actualités fonctionne et ce qu’il compte apporter aux éditeurs.

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Après ibou Explorer, ibou déploie un service dédié à l'actualité. © Montage BDM

Depuis le déploiement des AI Overviews en France, le 22 juillet dernier, les éditeurs s’inquiètent pour leur trafic. Selon Ahrefs, les sites dont plus d’une requête sur cinq déclenche un résumé IA ont perdu 23 % de leur taux de clics en neuf jours, sans perdre de positions dans les résultats. La presse s’organise : l’Apig a saisi l’Autorité de la concurrence, et une première mesure de visibilité montre que la place des médias dans les Aperçus IA est très inégale.

C’est dans ce contexte qu’ibou, projet de moteur de recherche français porté par Babbar et soutenu par Xavier Niel, entend se faire une place. Après ibou Explorer, un flux de découverte de contenus lancé en bêta, l’équipe a dévoilé ibou Actualités, qui agrège l’actualité en montrant comment chaque média la traite. Le moteur grand public, lui, est promis avant la fin de l’année.

Nous avons interrogé Sylvain Peyronnet, co-fondateur d’ibou, sur le fonctionnement du service, l’usage de l’IA, le modèle économique et ce que cela change pour les éditeurs.

Après ibou Explorer, pourquoi lancer un service dédié à l’actualité ? Qu’est-ce qui distingue ibou Actualités d’un Google Actualités ?

IBOU Explorer et ibou Actualités ne rendent pas le même service au lecteur. Le premier permet la découverte de contenus susceptibles de plaire (au sens d’intéresser) au lecteur, tandis que le second répond à la double attente de savoir ce qui se passe localement, nationalement et dans le monde, et de comprendre le traitement qui est fait de ces évènements par les médias.

Nous avons d’ailleurs deux applications distinctes sur l’App Store et le Play Store, car le service étant différent, les publics peuvent l’être aussi.

Nous ne nous comparons pas particulièrement aux compétiteurs, mais ce qui constitue notre différence est la qualité des informations mises en avant, ainsi que la mise en avant du traitement par les médias.

Notre objectif est de rendre aux médias la visibilité qu’ils n’ont pas toujours sur les plateformes.
Sylvain Peyronnet

Sylvain Peyronnet

Co‑fondateur et CEO, Babbar et Ibou

Quels médias sont intégrés au service ? Combien de sources couvrez-vous aujourd’hui, et comment les sélectionnez-vous en conciliant pluralisme et exclusion des sites peu fiables ?

Aujourd’hui nous analysons une grande diversité de titres de presse et médias reconnus. Je ne saurais pas donner un nombre précis, mais c’est de l’ordre de quelques centaines. La fiabilité est mesurée par des systèmes algorithmiques et nous faisons le choix d’être parfois peut-être un peu trop sévère. Concernant le pluralisme, tout média qui est un organe de presse reconnu est analysé.

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Voici la page d’accueil d’ibou Actualités. © Capture BDM

Il faut noter que le fonctionnement même de la plateforme filtre les sites peu fiables et « marginaux » puisque pour qu’une actualité soit présente sur le site il faut que deux médias au moins en parlent dans une fenêtre de temps assez courte.

Un média qui souhaite apparaître dans ibou Actualités doit-il faire une démarche particulière ?

Normalement non, mais il est toujours possible de nous suggérer des sources, sans attendre de réponse ou justification de notre part cependant. L’expérience montre que la plupart des personnes qui nous contactent ont plutôt des sites de découverte que d’actualités.

Plutôt que de résumer l’actualité, ibou Actualités montre comment chaque média la traite. Pourquoi ce parti pris ?

Un résumé remplacerait l’actualité, ce qui poserait deux problèmes : en premier cela invisibiliserait le média source et le mettrait à risque en l’empêchant de monétiser son travail, et en second toute formulation d’une actualité lui donne un angle, et ce n’est pas à un dispositif mécanique autonome de décider de comment les humains doivent comprendre les actualités.

Au contraire, notre but est de mettre en avant les actualités, les médias qui les produisent, et d’expliciter légèrement les petites différences existant dans le traitement de l’information par les médias (quand il y en a, ce qui n’est pas si fréquent que cela).

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Sur ibou Actualités, les différents angles de traitement d’une actualité sont mis en valeur. © Capture BDM

Quel rôle joue l’IA dans le service, et où avez-vous fixé ses limites ?

Tout dépend déjà de ce que l’on appelle IA. S’agissant d’IA génératrice, nous nous en servons pour faire un titre unifié neutre lorsque plusieurs médias couvrent la même actualité, ainsi que pour rédiger nos analyses (le qui dit quoi, et le débat).

Pour évaluer les articles selon des critères de qualité, nous utilisons des modèles de langues, mais ils ne font pas de génération.

Enfin, pour regrouper les articles de différents médias au sein d’une même actualité nous utilisons des algorithmes de machine learning, c’est de l’IA, mais à l’ancienne.

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ibou se montre transparent sur l’usage de l’intelligence artificielle. © Capture BDM

Qu’est-ce qu’ibou Actualités change concrètement pour les éditeurs ? Quel trafic comptez-vous leur apporter ?

Chaque sujet mis en avant renvoie vers les articles d’origine, et le lecteur n’a aucun moyen de lire l’information sans passer par eux. Nous espérons que chaque visiteur d’ibou Actualités visitera chaque jour plusieurs articles issus des médias que nous présentons. Le service débute, il est un peu tôt pour parler de volume dans l’absolu.

En août, vous avez publié un papier de recherche intéressant sur l’érosion du web face aux moteurs génératifs. En quoi ibou Actualités (et plus largement ibou) répond-il à ce constat ?

Dans le papier de recherche « When Search Eats the Web: A Model of Corpus Erosion under Generative Extraction », je modélise le web crawlable comme une ressource commune (un peu comme les poissons dans les océans, que tout le monde peut pêcher). Quand un moteur génératif présente la totalité du contenu d’une page web, il ne renvoie aucune visite vers ladite page, ce qui pourrait in fine amener à la disparition d’une large partie du web.

Dans l’article je propose plusieurs mécanismes correctifs. IBOU va en mettre plusieurs en place, comme le fait de ne pas pouvoir s’affranchir d’aller voir les médias pour réellement avoir l’information ou pour découvrir des contenus, mais aussi à moyen terme un système de rémunération des éditeurs visibles dans le moteur via un partage de revenus. Le « comment » est à l’étude, mais le « pourquoi » est déjà vu.

Les pistes du papier pour éviter l'érosion du web

Le papier propose sept mécanismes, répartis en trois familles :

  • Ce que le moteur peut faire seul : s’engager sur un niveau de trafic renvoyé aux sites, ou ne donner qu’une réponse partielle pour inciter au clic.
  • Ce qui passe par un marché : crawl payant, licence payée pour la production de contenu neuf, rémunération des sources selon leur contribution à chaque réponse.
  • Ce qui demande de se coordonner : négociation collective des éditeurs, règles d’usage lisibles par les machines et dotées d’une valeur légale (ce qui manque encore aujourd’hui).

Quel est le modèle économique d’ibou Actualités, sachant que le service est gratuit et sans collecte de données ?

Chaque service d’ibou s’inscrit dans un outil global, qui va de la découverte à la recherche. Il y aura bien sûr une monétisation globale sur le moteur, avec des systèmes classiques (publicité, shopping), mais aussi avec une API de recherche.

Comme souvent sur le web, le service est gratuit mais la contrepartie est le modèle publicitaire. En revanche il n’y aura pas de collecte de données pour des tiers ou pour la publicité.

Où en est la feuille de route d’ibou, et quelles sont les prochaines étapes d’ici la fin de l’année ?

Nous sommes en phase avec nos prévisions.

Avant la fin de l’année (qui est très proche), nous aurons finalisé l’API de recherche, et la première version du moteur grand public qui est construite au-dessus de cette API.

Picture of Sylvain Peyronnet

Sylvain Peyronnet, Co‑fondateur et CEO, Babbar et Ibou

Sylvain Peyronnet est expert en SEO, en algorithmie et en science des données depuis plus de 20 ans, et ancien professeur universitaire. Co-fondateur de Babbar, il conçoit des outils d’analyse avancée pour le référencement, en s’appuyant sur une approche scientifique et technique du web. Il est également le co-fondateur et CEO d’ibou, un moteur de recherche conversationnel qui place le respect des utilisateurs et des créateurs de contenu au cœur de son modèle.

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