Au lieu d’alléger la charge de travail, l’IA « ne fait que la redistribuer », selon une étude

Une étude d’Adaptavist auprès de 2 500 travailleurs du savoir documente un nouveau processus à l’ère de l’IA, celui de « taxe de vérification ». Une charge cachée née du besoin de contrôler et de corriger les productions de la machine.

taxe-verification-ia-cout-cache
52 % des salariés interrogés corrigent régulièrement les contenus générés par leurs collègues. © Denis/imageBROKER - stock.adobe.com

L’IA générative promettait d’alléger la charge de travail. Pour une partie des salariés, elle la déplace vers une tâche nouvelle : la supervision et la correction des résultats générés par la machine. C’est ce qu’Adaptavist appelle la « taxe de vérification », un processus au cœur de son rapport Understanding the human cost of AI transformation, mené auprès de 2 500 travailleurs du savoir dans cinq pays (États-Unis, Canada, Allemagne, Royaume-Uni, Espagne). « Les résultats le montrent : loin d’alléger la charge de travail, l’IA ne ferait bien souvent que la redistribuer », juge le cabinet britannique, qui accompagne les entreprises dans leur adoption d’outils comme GitLab ou Monday.com.

Contrôler la machine consomme le temps qu’elle promet de libérer

Le constat du cabinet britannique tient en un chiffre : 42 % des personnes interrogées déclarent passer plus de temps à vérifier les productions de l’IA qu’elles n’en gagnent à les utiliser. « Bien souvent, cette taxe de vérification fait que l’IA génère plus de travail et de pression temporelle qu’elle n’en supprime », estime Adaptavist.

En outre, plus de la moitié des répondants (55 %) considèrent que les contenus générés par l’IA nuisent à l’efficacité globale de leur équipe, et 52 % affirment qu’ils doivent régulièrement corriger le travail produit par l’IA de leurs collègues. Près d’un salarié sur deux (49 %) juge que la piètre qualité de certains outputs ralentit les projets. Ces éléments témoignent de l’existence d’une couche de travail supplémentaire, composée de révision et de correction, qui s’ajoute aux tâches existantes au lieu de les remplacer.

Une charge doublée d’une pression à se comparer à l’IA

À cela s’ajoute une forme de pression plus insidieuse : celle d’être comparé à la machine. La moitié des participants à l’enquête estiment que leur performance est désormais mesurée, directement ou indirectement, à l’aune des productions de l’IA. « Cela crée une pression à égaler la vitesse et le volume de la machine, même si la qualité, la nuance et le jugement comptent davantage », précise le cabinet. Cette pression a déjà des effets concrets : parmi les personnes interrogées, 25 % utilisent désormais à l’IA pour absorber leur charge de travail et 23 % pour suivre le rythme de leurs collègues.

© Adaptavist

L’omniprésence de l’IA a également un impact sur la relation au travail. 46 % des sondés trouvent leurs tâches plus répétitives et moins porteuses de sens depuis son arrivée. Adaptavist y voit un paradoxe : la technologie censée libérer du temps pour les activités à haute valeur ajoutée a plutôt vidé une partie du travail de sa substance.

Une inquiétude qui gagne le plus haut niveau de la hiérarchie

Au-delà de la charge quotidienne, une inquiétude à plus long terme émerge. En effet, plus de la moitié des travailleurs de la connaissance (54 %) s’inquiètent que l’intelligence artificielle rende leur rôle dans l’entreprise superflu d’ici les cinq prochaines années.

role-superflu-5-ans-etude
© Adaptavist

Et, fait surprenant, ce ne sont pas les profils les plus juniors qui expriment la crainte la plus vive, mais les dirigeants : 29 % des cadres de direction se disent « très » préoccupés par la réduction du besoin lié à leur propre poste. « Il en résulte une dynamique inhabituelle. Ceux qui sont censés piloter la transformation par l’IA comptent parmi les plus incertains quant à ses implications de long terme, tandis que les profils en début de carrière avancent sur un terrain mouvant », analyse le cabinet britannique.

Sujets liés :
Publier un commentaire
Ajouter un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Les meilleurs outils pour les professionnels du web