Ce qu’on a lu, vu, aimé et entendu en octobre 2026 : les recos de la rédaction

Au programme ce mois-ci : un jeu vibe codé, bitchat, la carte de GTA VI dessinée par ses fans, un podcast sur les dérives du mode ado de ChatGPT et un article sur l’usage de Muse par des personnes âgées.

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Bienvenue dans les recos de la rédac' du mois d'octobre ! © BDM

La recommandation d’Appoline : le jeu 1 sur 8 milliards

Qui ne s’est jamais laissé rêver à une autre vie, dans un autre pays ? C’est l’expérience que propose 1 sur 8 milliards, un jeu gratuit disponible depuis le 5 octobre, directement dans le navigateur web.

Le concept est simple, mais redoutablement efficace : le jeu vous fait vivre la vie de l’un des quatre bébés qui naissent chaque seconde sur Terre. Le pays, la famille et les conditions de vie sont tirés au sort à partir des statistiques réelles de 172 pays et territoires (ONU, OMS, Banque mondiale), ce qui rend la naissance en Inde ou en Chine bien plus probable qu’en France. Une année dure à peu près une minute, et vous arbitrez entre études, travail, amour, émigration ou soins. Mais vos choix ne changent que les probabilités, jamais le résultat.

Deux parties, deux destins très différents. © Capture BDM

Au jeu de la vie, nous connaissons tous l’issue fatale. Mais 1 sur 8 milliards permet de réaliser à quel point le quotidien peut être différent d’un pays à l’autre. Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes témoignent d’une expérience « prenante et émouvante » et beaucoup avouent même avoir eu les larmes aux yeux.

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Au-delà du concept, le jeu est aussi intéressant dans sa conception. Le développeur, qui se fait appeler Jin Hwi-eus, s’est appuyé sur Claude pour vibe coder le jeu. Il aura suffi de 4 heures entre le premier prompt et la mise en ligne du jeu, qui est désormais mis à jour quotidiennement.

La recommandation de Matthieu : bitchat, une messagerie sans Internet

En octobre, l’appli qui s’est hissée en tête de l’App Store français n’était ni un réseau social ni une IA, mais une messagerie qui fonctionne sans Internet : bitchat. L’application, lancée en juillet 2025 par Jack Dorsey, le cofondateur de Twitter, a notamment profité du contexte social en France. Entre les mobilisations lycéennes et contre la vie chère, et les menaces gouvernementales, portées par le ministre de l’Intérieur et le Premier ministre, de blocage, coupure ou censure des réseaux sociaux, bitchat a trouvé sa place.

Son fonctionnement est simple : chaque smartphone équipé de bitchat relaie les messages à ses voisins par Bluetooth, jusqu’à sept fois. Il se crée ainsi un réseau maillé partout où il y a du monde. Il n’y a pas de compte, pas de numéro de téléphone et le réseau Bluetooth ne dépend d’aucun serveur central. Les messages privés sont chiffrés de bout en bout, tandis que le canal général, en revanche, est public et lisible par tous ceux qui sont à portée. C’est justement cette architecture, difficile à couper, qui dérange. L’Inde a obtenu le retrait de l’appli de l’App Store début octobre, la Chine l’avait fait en avril.

Côté cyber, aucun audit de sécurité indépendant n’a été publié à ce jour. Les développeurs reconnaissent d’ailleurs eux-mêmes, dans leur livre blanc, que les métadonnées sont le point faible du système. L’identifiant d’un téléphone reste stable et un appareil à portée peut recenser les participants. bitchat n’est donc pas un outil d’anonymat, c’est plutôt une roue de secours pour les jours où le réseau tombe, ou ceux où l’on menace de le couper. Le Conseil d’État a pourtant rappelé en avril 2025, à propos du blocage de TikTok en Nouvelle-Calédonie, qu’une telle mesure portait une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression.

bitchat est gratuite, sur iOS et Android, et son code est dans le domaine public.

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Une interface qui pique autant les yeux que le gaz lacrymogène. © BDM

La recommandation de José : State of Leonida, la carte de GTA VI dessinée par ses fans

Depuis plusieurs années, le web communautaire a perdu de sa superbe. Les forums et les blogs pèsent moins qu’avant, les réseaux sociaux relient de moins en moins leurs utilisateurs entre eux et même Reddit, un des derniers bastions du genre, commence à céder aux sirènes des algorithmes de recommandation. Mais de temps en temps, il arrive encore qu’un projet rassemble des inconnus autour d’une passion commune, comme aux grandes heures des forums.

La sortie imminente de GTA VI me donne ainsi l’occasion de mettre en avant une belle réussite du genre. State of Leonida est une carte interactive de l’État fictif où se déroule le jeu, inspiré de la Floride. Depuis 2022 et la fuite des premières images du jeu, des centaines de fans tentent de reconstituer la carte à partir des bandes-annonces, des captures d’écran officielles et des fuites, et associent chaque lieu du jeu à son modèle réel.

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Voici un aperçu de la carte State of Leonida. © Capture BDM

Le projet est né sur GTAForums, où un cartographe amateur connu sous le pseudo DuPz0r, déjà auteur de cartes publiées avant la sortie de GTA V et de Red Dead Redemption II, a posté une première ébauche quelques jours après la fuite. L’initiative compte désormais plus de 400 contributeurs, qui débattent de la forme d’un pont, de l’enseigne d’un magasin ou de l’emplacement d’un palmier sur Discord.

Les internautes auront-ils eu le nez creux ? Réponse le 19 novembre. Votre serviteur a déjà précommandé le jeu et s’est donné un défi personnel : le terminer sans jamais enfreindre la loi !

La recommandation d’Alexandra : un podcast sur le mode ado de ChatGPT et ses dérives

Ce mois-ci, c’est un épisode de la chronique Nos vies numériques, sur France Inter, qui a retenu mon attention. Le 20 octobre, le journaliste Stéphane Jourdain s’est intéressé au mode ado de ChatGPT, lancé par OpenAI le 18 août dernier à destination des 13-17 ans. Ce mode promettait une protection renforcée, avec des restrictions sur les contenus liés au suicide ou aux troubles alimentaires, des alertes envoyées aux parents en cas de propos inquiétants et le blocage des conversations romantiques ou sexuelles. Pour vérifier ces garde-fous, l’ONG américaine Common Sense Media a testé plus de 4 000 prompts en se faisant passer pour des adolescents. Dans son communiqué publié le 7 octobre, elle classe ChatGPT for Teens au niveau de risque le plus élevé. Au micro de France Inter, son directeur général, Jim Steyer, parle même d’un « véritable fiasco ». L’épisode revient sur trois ratés relevés par l’ONG :

  1. Les alertes parentales qui ne se sont pas déclenchées, alors que les échanges évoquaient de graves problèmes de santé mentale.
  2. La posture d’« ami » adoptée par ChatGPT, et des réponses inadaptées face à des idées suicidaires.
  3. Les devoirs, que l’outil continue de faire à la place des élèves, malgré l’engagement d’OpenAI de les aider à apprendre.

Le podcast partage également le témoignage de Lucas, 18 ans, qui échange avec une IA presque tous les jours depuis ses 15 ans. Il confie qu’il lui arrive de croire qu’il parle à un humain, ce qu’il trouve lui-même « plutôt dérangeant ». Des propos chocs qui font écho au conseil de Jim Steyer. Le directeur général de l’ONG invite en effet les parents à rappeler à leurs adolescents que ces agents IA restent des machines conçues par des entreprises de la tech pour capter leur attention, et non pour se faire des amis. À noter qu’OpenAI a contesté ces conclusions en affirmant, auprès d’Axios, que ces tests ne reflétaient pas le fonctionnement réel des garde-fous mis en place dans ChatGPT for Teens. Reste à savoir si l’entreprise renforcera les protections de son mode ado, qui en aurait visiblement bien besoin.

La recommandation d’Etienne : un article du TIME sur la popularité de Muse auprès des personnes âgées

L’autre jour, en parcourant avec mon assiduité habituelle Le Pavé Numérique, la newsletter tech de Presse Non-Stop — qui fera aussi l’objet d’une chaude recommandation à une date ultérieure —, je suis tombé sur un article du TIME qui a réveillé le technosceptique qui sommeille en moi. Publié le 22 octobre, il s’intéresse à la popularité de Muse auprès des personnes âgées, une « dynamique [qui] enthousiasme les technologues, et inquiète sérieusement les spécialistes de la vie privée », écrit le journaliste Andrew R. Chow.

Lancé début septembre, l’agent IA de Meta a franchi le cap des 10 millions de téléchargements aux États-Unis en quarante jours, un rythme de croissance qui le fait jouer dans la même cour que des jeux comme PUBG Mobile ou Pokémon GO. Une ascension express, presque surprenante, qui s’explique par une promotion agressive sur les plateformes de Meta, notamment Facebook et Instagram, mais aussi par l’engouement des seniors 2.0 pour l’application. Selon les données d’Apptopia relayées par le magazine, Muse bénéficie d’une audience « plus âgée que celle de tout autre chatbot » : 46 % de ses utilisateurs actifs ont plus de 46 ans.

Le journaliste est allé à la rencontre de ces utilisateurs pour comprendre leurs usages de cette application qui sait tout d’eux, reconnaissable à son adorable avatar aux faux airs de Labubu en moins creepy. Il s’est aussi demandé si cet engouement ne posait pas un problème de confidentialité évident, s’agissant de Meta, dont les antécédents en la matière, et c’est un euphémisme, ne plaident pas en sa faveur. On suit notamment Eileen Fay, 82 ans, qui a découvert l’agent grâce à son fils, dirigeant d’une entreprise de cybersécurité, l’a baptisé Siobhán et s’en est servie lorsque le prix de ses médicaments menaçait de flamber, ou Julie Buchanan, 71 ans, retraitée qui, à force de lui raconter des épisodes de sa vie pour qu’il l’aide à écrire ses mémoires, a fini par le considérer comme une sorte de thérapeute. L’article est accessible gratuitement par ici.

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