Ce qu’on a lu, vu, aimé et entendu en août 2026 : les recos de la rédaction
Au programme : une lecture sur la lecture et les jeunes, une app de voyage, la fabrication de nos goûts musicaux, la saga des leaks de GTA VI et la stratégie TikTok du Premier ministre britannique.
La recommandation de José : « The end of reading is here », lu dans The Atlantic
À l’heure où j’écris ces lignes, je suis à la veille de mon départ en vacances. Alors, malgré tout l’amour que je vous porte, chers professionnels du digital, mon esprit est déjà en train de bronzer sur une plage du Sud-Ouest, si tant est qu’il en reste une qui n’ait pas encore brûlé. Et comme tous les ans, pendant ces quelques semaines de repos bien mérité, je vais me redécouvrir un intérêt pour la lecture. Intérêt que je me jurerai, comme tous les ans, de cultiver après la fin de l’été, ce que je ne ferai assurément pas.
Dans The Atlantic, Rose Horowitch revient sur ce recul propre à notre époque. Pour la journaliste, qui a échangé avec de nombreux experts cités dans le papier, « il semble aujourd’hui que l’ère de la lecture ne soit qu’une brève anomalie dans l’histoire de l’humanité ». À l’appui, quelques chiffres éloquents :
- La proportion d’Américains lisant pour le plaisir chaque jour est passée de 28 % en 2004 à 16 % en 2023.
- En 2022, moins de la moitié des Américains avaient lu un livre, quel qu’il soit.
- Les best-sellers du New York Times d’aujourd’hui contiennent des phrases environ un tiers plus courtes qu’il y a un siècle.
- 10 % des jeunes de 20 à 30 ans déclarent lire un journal quotidiennement, contre environ 50 % en 1975.
Un phénomène qui touche aussi bien les populations jeunes qu’âgées, hommes et femmes, quel que soit le niveau d’instruction. Pour autant, « les Américains lisent probablement plus de mots que jamais auparavant, relève la journaliste. Ce qui a changé, c’est ce qu’ils lisent et comment ils le font. Ils sont bombardés de courriels, de SMS, de publications X, de fils de discussion Reddit et de légendes Instagram. »
Cette explosion de fragments textuels se fait au détriment d’une attention soutenue portée aux œuvres écrites plus longues, qui véhiculent des informations riches et complexes […] Cela ne signifie pas qu’ils oublient comment décoder les mots individuellement. Ils perdent plutôt les capacités supérieures de compréhension et de synthèse.
Même sur les réseaux sociaux, la lecture est en déclin. Avec la décrépitude du microblogging, les plateformes « sont désormais envahies par les vidéos courtes ». Ce remplacement progressif du texte par la vidéo pourrait produire de nombreux effets : une aptitude à la lecture moins développée, un temps d’attention plus réduit, mais également de moins bonnes capacités créatives et d’apprentissage.
Et ce n’est pas l’IA qui nous aidera à combler le fossé. Pour Rose Horowitch, si « nombre de technologies numériques ont capté notre attention et rendu la lecture attentive quasi impossible, l’IA générative est le premier outil à menacer la pérennité de l’écriture ». Car l’IA est capable de mettre en forme des idées confuses et de produire des textes relativement convaincants. Mais cela se fait au détriment de deux choses essentielles : notre développement cognitif et notre capacité à inventer. Je pars donc en vacances avec la certitude de devenir de plus en plus stupide. Mais promis, même après l’été, je continuerai à lire !
La recommandation d’Appoline : l’application de voyages Polarsteps
Cette année, j’ai décidé de partir en vacances au mois de septembre. Une façon comme une autre de ne pas choisir mon camp dans l’éternelle bataille entre juillettistes et aoûtiens, mais surtout d’esquiver ces plages bondées où, là, il faut forcément batailler pour trouver un carré de sable où poser sa serviette. Pendant que mes collègues partaient un à un, il me restait donc de (longues) semaines pour peaufiner mon itinéraire de voyage et enfin m’adonner à la dolce vita en Italie.
C’est en me plongeant dans cette préparation que j’ai repensé à une application découverte un peu par hasard, il y a deux ans : Polarsteps. À l’époque, je l’avais téléchargée sans grandes convictions, mais l’expérience s’était avérée très positive.
Le principe est simple. L’app suit automatiquement votre itinéraire par géolocalisation, même hors connexion, et transforme votre voyage en un carnet de bord visuel. À chaque étape, vous ajoutez photos, vidéos et notes, et le tout se range tout seul sur une carte interactive, jour après jour. Autre aspect ludique : vos proches peuvent suivre votre périple en direct, sans que vous ayez à alimenter le groupe WhatsApp familial qui déborde déjà de photos. Une fois le voyage terminé, Polarsteps peut même générer un livre photo de votre séjour, prêt à commander, pour en garder une trace tangible. L’application vient d’ailleurs de dépasser les 25 millions de voyages enregistrés.

Alors, si comme moi vous jouez les prolongations jusqu’en septembre, vous avez là le compagnon idéal pour immortaliser votre voyage simplement !
La recommandation d’Alexandra : la stratégie TikTok du nouveau Premier ministre britannique
Ce mois-ci, c’est la stratégie de communication d’Andy Burnham qui a retenu mon attention. Arrivé au 10 Downing Street le 20 juillet dernier, le nouveau Premier ministre travailliste britannique s’est rapidement fait un nom sur les réseaux, dont un en particulier : les médias l’ont surnommé le « premier Premier ministre TikTok », comme le raconte une dépêche AFP relayée notamment par France 24. Plutôt que d’accorder des interviews aux grands médias britanniques, Andy Burnham multiplie les apparitions chez des créateurs de contenu suivis par des millions d’abonnés. Sur son compte TikTok, il publie des vidéos informelles, qui cultivent le sens de la proximité, comme celle intitulée « Behind the scenes of No 10 North » (Dans les coulisses de No 10 North, en français). À travers cette visite décontractée, façon vlog, de son nouveau bureau ouvert à Manchester plutôt qu’à Londres, il montre en images, plutôt que via de grands discours, son souhait de faire descendre un peu du pouvoir britannique jusque dans sa région. Cette méthode semble payer : selon un sondage du centre d’études d’opinion More in Common, cité dans la dépêche AFP, un tiers des Britanniques ont vu une de ses publications, une proportion qui grimpe à plus de la moitié chez les 18-24 ans.
Au-delà de la politique britannique, cette stratégie symbolise l’évolution de la communication institutionnelle. Le sociologue Steven Buckley résume bien l’enjeu : « Aujourd’hui, l’un des rôles d’un Premier ministre est d’agir en créateur de contenu. » Ce constat vaut tout autant pour les marques et les organisations, quand l’audience se déplace vers les créateurs et les plateformes sociales, devenant ainsi une nécessité d’y être présent. Entre efficacité d’audience, effort de proximité et exigence de transparence, l’équilibre reste à trouver, pour Andy Burnham, qui ne pourra pas éternellement s’affranchir des médias traditionnels et de leur travail de vérification. Rendez-vous dans quelques mois pour voir si la stratégie TikTok du nouveau Premier ministre britannique aura payé auprès de ses électeurs.
La recommandation de Matthieu : la saga des leaks de GTA VI en quatre lectures
Depuis peu, un compte anonyme appelé Cyberleek diffuse presque tous les jours du gameplay de GTA VI, le jeu vidéo le plus attendu – sans doute – de tous les temps, dont la sortie est prévue en novembre. Du basket, de la conduite, la carte complète, une bagarre, et même une séquence où le joueur écrit « LEEK » dans le sol à coups de balles, voulant ainsi prouver qu’il détient une version jouable. Le tout quelques jours avant la révélation officielle que Rockstar, l’éditeur et développeur, a vendue à Netflix, le 27 août, six heures avant tout le monde sur YouTube.
Mais ces leaks ne viennent pas seuls. L’auteur, ou le groupe d’auteurs, a publié une sorte de manifeste, décrypté par Kotaku. On y trouve une diatribe contre la marchandisation du jeu vidéo : les contenus payants cachés dans les jeux, la dématérialisation, avec la fin des ventes de jeux physiques annoncée avec GTA VI, les précommandes ou encore la propriété même d’un jeu acheté en version numérique. PlayStation a par exemple tout récemment rappelé par mail à ses joueurs qu’un jeu dématérialisé leur est concédé sous licence et non vendu. Et Rockstar coche toutes les cases, avec ses précommandes et son jeu 100 % dématérialisés, son Ultimate Edition à 20 euros de plus qui verrouille des véhicules déjà présents dans les fichiers…
Cyberleek ne semble cependant pas être un chevalier blanc. Il fait la promotion d’une sorte de cryptomonnaie et affirme lever des fonds pour un « projet secret », censé financer l’infrastructure de ses attaques et sa protection contre les représailles. Chaque nouvelle fuite sert à en faire la promotion, et les détenteurs du token votent dans un Discord privé pour choisir le clip suivant. Plus le cours monte, plus les vidéos sortent. Avec ce double discours pointé par PC Gamer, difficile de défendre les droits du consommateur avec un memecoin sous le bras.
De toute façon, rien de tout ça n’atteint vraiment Rockstar, et c’est la thèse de l’édito d’Andrew Webster dans The Stepback, la newsletter de The Verge. Ce jeu a déjà survécu à tout : 90 vidéos volées en 2022, un premier trailer diffusé sur le web la veille de sa sortie officielle (et 290 millions de vues malgré tout), des accusations lourdes sur les conditions de travail et d’entrave à l’action syndicale, des reports en série. Pour Andrew Webster, ces fuites font office de marketing gratuit pour Rockstar et sa maison mère Take-Two. Et les chiffres semblent lui donner raison : l’édition à 100 euros se précommande bien davantage que la standard à 80…
Tout en haut, cependant, on ne reste pas indifférent et la riposte judiciaire, elle, ne rigole pas. Tom’s Hardware a épluché les pièces du dossier et c’est le papier le plus documenté du lot. Take-Two a saisi un tribunal de New York pour contraindre Microsoft et Discord à livrer les identifiants d’appareil Windows (MachineGuid), les adresses IP d’inscription et de dernière connexion, les numéros de téléphone, les comptes Google et Xbox liés et le contenu des OneDrive de tous les comptes ayant communiqué dans trois serveurs Discord depuis le 1er juin. Le sujet dépasse maintenant largement le fait divers vidéoludique et concerne n’importe quelle communauté en ligne. Take-Two attend les données au plus tard le 4 septembre.
La recommandation d’Etienne : comment une agence marketing fabrique nos goûts musicaux sur TikTok
Il y a quelques jours, alors que je trimais pour tenir en éveil un cerveau déjà virtuellement en vacances, je suis tombé dans un « rabbit hole ». La perte d’équilibre et de contrôle sur mes clics a débuté avec le partage d’une vidéo, publiée par le compte @echo.season sur TikTok, qui cumule aujourd’hui plusieurs milliers de vues et de likes. Elle revenait sur les méthodes marketing plutôt agressives déployées par l’agence américaine Chaotic Good Projects pour promouvoir ses artistes sur les plateformes, à commencer par celle de ByteDance.
Si vous suivez un tant soit peu l’actualité musicale, du moins plus que ma personne qui écoute de manière complètement obsessionnelle un maximum de trois albums par mois — ce qui a le don de plomber mon Spotify Wrapped —, le nom de cette agence vous évoquera peut-être quelque chose. Fondée en février 2025 par Jesse Coren et Andrew Spelman, deux anciens managers d’artistes, Chaotic Good Projects a compté à son catalogue de nombreux noms qui ont émergé en partie grâce à TikTok, comme Sombr et Alex Warren, mais aussi des artistes plus établis ou des groupes réputés alternatifs, à l’instar des New-Yorkais de Geese. Un flair hors du commun pour dénicher et attirer les pépites ? Plutôt le travail d’une « agence marketing qui crée vos goûts musicaux », résumait l’artiste Eliza McLamb dans une publication sur Substack devenue virale, en avril dernier. Elle-même rebondissait sur une interview des deux fondateurs par Billboard, enregistrée lors du SXSW, dans laquelle ils détaillaient leurs tactiques pour percer à tous les coups sur la plateforme. Un « rabbit hole », je vous ai dit.
La méthode « new age » de Chaotic Good Projects pour imposer ses artistes à nos oreilles porte un nom assez évocateur : la « simulation de trend », qu’ils qualifient aussi de « campagne narrative » lorsqu’il faut que ça soit vendeur auprès des clients. En substance, elle consiste à s’appuyer sur une galaxie de comptes, certains légitimes (clips de sports, comptes de memes, etc.), d’autres jetables et créés pour l’occasion par ces mêmes fondateurs, des collaborateurs ou des prestataires, puis à glisser les morceaux en fond sonore de leurs contenus. Et ce, jusqu’à ce qu’ils soient partout. « Une grande partie de notre travail consiste à publier assez de volume, sur assez de comptes, avec assez d’impressions, pour tenter de simuler l’idée que le morceau est en train de percer », résume l’un des cofondateurs, Andrew Spelman, au micro de Billboard.
L’agence peut également, à l’occasion d’un événement majeur pour l’artiste, flooder l’espace dédié aux commentaires sous les vidéos afin d’orienter l’opinion. Andrew Spelman prend pour exemple une prestation en direct au Saturday Night Live : « À la seconde où l’extrait de SNL est largué sur les plateformes, vous devez publier 100 commentaires pour dire que c’était la meilleure performance de l’année (…) c’est très important de contrôler le récit. » Le site de l’agence répertorie trois prestations de ce type, dont des « campagnes UGC » et des « campagnes fanpage », sans jamais en détailler précisément les contours. D’après Eliza McLamb, les « campagnes narratives » ont disparu du catalogue après la publication de son article.
Si cette histoire m’a tant fasciné, c’est parce qu’elle soulève plusieurs questions : mes goûts se créent-ils d’eux-mêmes, ou quelqu’un a-t-il travaillé, en amont, à me manipuler subtilement jusqu’à ce qu’ils se forment ainsi ? Sommes-nous tous si influençables ? Un artiste, aussi bon musicien soit-il, est-il contraint de recourir à de telles tactiques marketing pour émerger dans le bruit assourdissant des plateformes comme TikTok ? Et, surtout, est-ce bien grave, au fond ? Beaucoup d’interrogations existentielles pour un cerveau déjà virtuellement en vacances.
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