Ce qu’on a lu, vu, aimé et entendu en avril 2026 : les recos de la rédaction

Au programme : l’histoire de Lofi Girl, un podcast sur la fermeture de Sora, des parieurs fous sur Polymarket, une chaîne YouTube qui met les IA en difficulté, et un article du NYT Magazine sur notre rapport au smartphone.

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Bienvenue dans les Recos de la rédac du mois d'avril ! © BDM

La recommandation de José : une vidéo de SEB sur l’histoire de Lofi Girl

Si je vous parle de chaînes YouTube françaises, quelques profils incontournables vous viendront sans doute à l’esprit : Tibo InShape, Squeezie, Cyprien, Léna Situations, Amixem, Natoo, McFly & Carlito, peut-être même Rémi Gaillard pour les plus anciens d’entre vous. Des créateurs dont vous connaissez le nom, le visage, et parfois même le parcours dans les moindres détails.

Et pourtant, au milieu de ces figures très exposées, une chaîne bien plus discrète s’est hissée à la 3e place des chaînes françaises les plus suivies sur YouTube. Lofi Girl, qui compte aujourd’hui 15,7 millions d’abonnés, se base sur un concept simple : une radio diffusée en continu sur YouTube, dédiée à la musique « lo-fi » instrumentale, accompagnée d’une animation en boucle montrant une étudiante à son bureau, avec une ville en arrière-plan.

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Un Lofi Café doit ouvrir à Paris cette année. © Lofi Girl

Il y a quelques semaines, le youtubeur SEB est revenu sur son histoire, avec la participation rare de son créateur, Dim. Celui-ci y raconte la naissance du projet dans sa chambre en région parisienne, les concours de circonstances qui ont accéléré la croissance de la chaîne, les turbulences autour des droits d’auteur avec le Studio Ghibli, mais aussi sa relation avec les artistes qui alimentent la radio et avec une communauté présente partout dans le monde.

En résulte un portait touchant d’un créateur humble, qui rémunère équitablement les artistes et qui a su, sans visage ni voix, toucher des millions de personnes.

La recommandation d’Alexandra : la fin de Sora dans le podcast Les Echos de l’IA

Chaque vendredi, le média Les Echos propose l’interview d’un professionnel sur l’impact de l’IA dans le monde du travail et le quotidien des Français. Début avril, la journaliste Marina Alcaraz s’est entretenue avec Jean-Christophe Liaubet, associé innovation chez EY. Le sujet de cet épisode (à écouter ici) : l’annonce par OpenAI de la fermeture de Sora, fin mars, à la surprise générale. Pour l’ancien analyste financier, la fin de Sora symbolise « l’entrée dans une nouvelle ère, celle des arbitrages et de la discipline stratégiques ». Après une phase d’acquisition d’audience et l’effet waouh de ChatGPT sur le grand public, la firme de Sam Altman affronte une nouvelle étape, celle de la monétisation. L’approche de son IPO (son entrée en Bourse), qui nécessite de partager ses métriques tout en garantissant une certaine forme de rentabilité, est en train de changer complètement la donne.

Est-ce donc la fin de « l’IA pour s’amuser », interroge la journaliste des Echos ? Non, pour Jean-Christophe Liaubet, qui rappelle les défis à relever pour OpenAI, de l’IA agentique au vibe coding, en passant par la conception d’une superapp tant attendue. Face à la pression accrue de la concurrence, dont Anthropic qui lui vole actuellement la vedette sur le marché B2B, la maison-mère de ChatGPT « doit choisir où mener ses combats ». Cette annonce relance ainsi le débat autour d’un potentiel marché pour la génération de vidéo par IA. Affaire à suivre !

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RIP Sora. © Capture BDM

La recommandation d’Étienne : un article du Monde sur le phénomène Polymarket et ses paris météo

Procrastineur devant l’éternel, au grand regret de mes géniteurs puis de ma compagne, il me faut du temps ou des raisons valables pour accomplir ce que certains humains normalement constitués ne remettraient jamais au lendemain, comme laver mes vitres, déposer un colis, ou, dans ce cas précis, renouveler mon abonnement au Monde. Si j’avais déjà été tenté de sortir la carte bleue pour lire cet excellent papier sur les Enhanced Games, il m’aura fallu, cette fois-ci, deux déclencheurs pour franchir le paywall. Le premier : la peur de rendre ma copie en dernier pour cet article de recommandations, ce qui est inévitablement arrivé. Le second : un titre accrocheur m’apprenant que des gens, comme vous ou moi, ayant masterisé l’art du bulletin météo lors de pauses trop longues à la machine à café, misaient sur les températures mondiales sur la plateforme controversée Polymarket. Une drôle de pratique, mais visiblement lucrative.

Lancée en 2020 et interdite sur de nombreux territoires, dont la France, cette plateforme où l’on mise avec des cryptomonnaies sur les événements qui se dérouleront dans le monde a déjà été traitée sous de nombreux angles, notamment lors des élections américaines, de l’enlèvement de Nicolas Maduro, ou du déclenchement du conflit en Iran. Mais elle a refait la une de l’actualité lorsque, les 6 et 15 avril derniers, des parieurs ont empoché plusieurs milliers de dollars en anticipant une hausse inhabituelle des températures sur les pistes de l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle, créant le soupçon d’une manipulation et finissant de convaincre Météo France de déposer plainte.

Le Monde s’est intéressé à cette activité en vogue sur la plateforme décentralisée, en allant à la rencontre de certains de ces Nostradamus de la pluie et du beau temps. Dans le papier, accessible ici et réservé aux abonnés, donc, on croise un développeur finlandais ayant codé un logiciel capable d’estimer « la température et son évolution dans les 30 minutes », ainsi qu’un dénommé « Hans », étudiant allemand vivant chez ses parents, qui s’est pris de passion pour la météo au point de surveiller les températures atteintes dans plusieurs villes du globe « du coin de l’oeil toutes les 5 à 10 minutes ». Une méthode qu’il qualifie lui-même de « peu sophistiquée », mais qui lui a rapporté la bagatelle de 155 000 dollars.

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« Le temps, c’est de l’argent ». © Capture BDM

La recommandation de Matthieu : FatherPhi, le software engineer qui rend fou les IA

Parmi mes petits plaisirs de doomscrolling, figure en bonne place FatherPhi. Ingénieur logiciel à Seattle, autoproclamé Master of AI, Phi, pour les intimes, soumet à ChatGPT, Claude, Grok ou Gemini des tâches qu’un enfant réussirait, et filme leur déroute. Peux-tu compter jusqu’à 100 ? Le lave-auto est à 100 mètres, j’y vais à pied ou en voiture ? Combien y a-t-il de « R » dans « Strawberry » ? À chaque tentative, les modèles se trompent, visent à côté, le tout avec l’aplomb qu’on leur connait.

Au-delà du gag, ces vidéos disent quelque chose de précis sur le fonctionnement des LLM. On comprend mieux les principes de découpage des requêtes, de tokenisation et, en conséquence, la manière de procéder des modèles. Comme par exemple leur incapacité à dire « je ne sais pas ». Ils inventent, se contredisent, présentent une nouvelle réponse fausse avec encore plus de certitude que la précédente, et finissent même, parfois, par gaslighter l’utilisateur.

Là où la chaîne de FatherPhi se révèle précieuse, c’est qu’elle rend visible, grâce à ses formats courts et viraux, ce que des dizaines de papiers de recherche tentent péniblement d’expliquer. Il rappelle aussi à quel point la confiance qu’on accorde à ces modèles devrait être proportionnée à ce qu’ils savent vraiment faire. Cerise sur le gâteau, on peut voter pour la prochaine bêtise de Phi !

La recommandation d’Appoline : un article du New York Times Magazine sur notre rapport au smartphone

Ce mois-ci, j’ai eu la chance d’assister à deux concerts (une reco dans la reco : foncez prendre les dernières places pour A Painted Symphony si vous avez aimé le jeu Clair Obscur : Expédition 33, vous ne le regretterez pas !). Et durant ces moments, pourtant si humains, quelque chose m’a frappée, encore plus qu’auparavant : le nombre d’écrans qui brillaient tout au long du concert, afin d’en filmer les moindres détails. Je plaide coupable, j’ai également voulu immortaliser l’instant pour quelques morceaux. Mais d’ailleurs, qui regarde vraiment ces vidéos une fois l’événement passé ? Et puis, je me suis aussi rappelée du Noël dernier, où ma sœur, âgée de 17 ans — enfant de la Gen Z, tout comme moi — a demandé des écouteurs filaires, alors qu’elle avait pourtant hérité d’une paire d’AirPods l’année précédente.

Alors j’ai voulu creuser. Comprendre. Et je suis tombée sur cet excellent article du New York Times Magazine intitulé « Is There Life After Smartphones? ». À travers un format interactif qui simule un flux de notifications (le dispositif fait son petit effet), le journaliste Matthew Shaer s’interroge sur une tendance qui émerge aux États-Unis : des jeunes, pourtant nés avec un smartphone en main, qui décident d’y renoncer, ou du moins d’en reprendre le contrôle. Dumbphones, apps de blocage, mode niveaux de gris ou encore ne pas déranger… Le reportage dresse un panorama complet des alternatives qui se multiplient, et donne la parole à ceux qui ont sauté le pas.

Ce qui frappe à la lecture, c’est moins l’aspect technologique que l’aspect humain : la culpabilité, le manque, la difficulté du sevrage. Et la question, finalement assez universelle, de ce que l’on sacrifie quand on est constamment derrière un écran.

Essayez de vous asseoir à un bar et de ne rien faire d’autre que de boire votre bière. Essayez de faire la queue en fixant le sol. Essayez de vous asseoir dans la salle d’attente d’un cabinet médical et d’écouter le bourdonnement insipide de la musique. Y arrivez-vous ?, nous questionne Matthew Shaer.

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L’expérience de lecture propose un miroir ironique de notre quotidien. © NYT Magazine – Capture BDM
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