Ce qu’on a lu, vu, aimé et entendu en septembre 2026 : les recos de la rédaction

Au programme ce mois-ci : l’enquête de 404 Media sur les évaluateurs de ChatGPT, le débat sur les risques de l’IA, l’EU Score, WikiMasters et ahh.gpt.

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Bienvenue dans les recos de la rédac' du mois de septembre ! © BDM

La recommandation d’Etienne : une enquête de 404 Media sur les évaluateurs humains de ChatGPT

Saviez-vous que de vrais humains, avec des bras et des jambes, à des centaines de kilomètres de chez vous, décortiquent attentivement vos prompts, vos séances de brainstorming, ou pire encore, vos conversations plus intimes avec ChatGPT ? Pas moi, à vrai dire. Mais c’est ce que révèle 404 Media, dans une enquête parue le 14 septembre 2026. Fondé par d’anciens journalistes de Motherboard après la faillite du groupe Vice, le média indépendant raconte comment OpenAI emploie des centaines de sous-traitants pour lire, à leur insu, les échanges des utilisateurs de ChatGPT. Le boulot de ces relecteurs de l’ombre, payés plus de 50 dollars de l’heure selon 404 Media, sert à rendre les réponses des modèles moins flatteuses, à les empêcher de prétendre qu’ils ressentent des émotions ou à limiter leur penchant irrépressible pour les emojis.

Ayant eu accès à « une quantité importante » de documents liés à cette pratique, dont des échanges Slack, des requêtes d’utilisateurs et le système de notation servant à améliorer le chatbot, 404 Media décrit précisément la méthode utilisée par les relecteurs du Project Lily et les dérives qu’elle implique, même si OpenAI assure que les échanges sont anonymisés. L’article démonte, aussi, l’idée selon laquelle ces modèles progresseraient uniquement grâce « au scraping massif d’Internet effectué par OpenAI, au talent de ses équipes d’ingénieurs grassement payées ou à la puissance de ses modèles les plus récents ». Une enquête fouillée, accablante pour la firme californienne et, surtout, d’utilité publique, alors que plusieurs millions d’utilisateurs de ChatGPT lui confient, chaque jour, des détails intimes de leur vie.

La recommandation d’Alexandra : l’enquête de Flint pour comprendre le débat sur les risques de l’IA

Début septembre, un chiffre a circulé en boucle dans les médias, celui des 10 % de risque que l’IA détruise l’humanité au cours de la prochaine décennie. Mon collègue José s’est d’ailleurs penché sur ce sujet dans son article très justement intitulé « L’IA va-t-elle vraiment tous nous tuer ? ». Le 20 septembre, le journaliste Benoît Raphaël, cofondateur de Flint et de la newsletter Génération IA, a mis en ligne un long format interactif, qui reconstitue l’affaire pas à pas. Son objectif : démêler ce qui relève des faits, des opinions et des intérêts de chacun.

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© Flint / Capture BDM

La forme de cette enquête est particulièrement plaisante à la lecture. Conçue dans un univers graphique rétro fait de collages inspirés des années 1950, la page se parcourt facilement, en faisant défiler l’écran, sur le rythme d’un enquêteur fictif, le lieutenant Flint, qui présente une à une toutes ses pièces à conviction. On se prend assez vite au jeu, d’autant que le travail est très bien documenté. Chaque affirmation renvoie en effet vers sa source (étude, rapport d’incident, prise de parole publique), qui est accessible d’un simple clic grâce à une étiquette jaune placée sous le texte.

Au-delà de l’actualité, cette lecture permet de développer une vraie culture historique et scientifique autour de l’IA. Les craintes actuelles y sont replacées dans une histoire plus longue, à travers de nombreux exemples de travaux de mathématiciens et de philosophes. Les concepts clés, tels que l’alignement, la superintelligence ou l’auto-amélioration récursive, sont également définis. Surtout, Benoît Raphaël remet le fameux chiffre des 10 % à sa juste place, celle d’une estimation subjective de chercheurs et non d’une probabilité mesurée, et il rappelle que l’alerte vient d’un milieu restreint, celui où les mêmes acteurs construisent les modèles, les évaluent et les financent.

© Flint / Capture BDM

Pour aller plus loin, le journaliste propose un dossier à télécharger, à explorer avec son « IA préférée« . On y trouve une cartographie des acteurs, le registre des sources et une synthèse qui élargit le regard aux positions chinoises, japonaises ou indiennes. Le mode d’emploi suggère même quelques questions à poser à son assistant IA. De quoi prendre du recul et mieux comprendre les enjeux qui se cachent derrière ce débat à la fois complexe et passionnant à suivre.

La recommandation de Matthieu : EU Score, le Nutri-Score du logiciel

Vous connaissiez le Nutri-Score de vos céréales, voici celui de vos logiciels. EU Score attribue à chaque solution une note de AAA à C, calculée sur 700 points, selon son degré d’européanité. Derrière, pas d’éditeur ni de plateforme commerciale, mais une association française, YSIABS, qui en a fait un projet citoyen. Plus de 2 000 solutions sont déjà passées sur la balance.

La grille regarde autant le produit que l’entreprise qui le conçoit : où bossent les salariés, qui détient le capital, où ronronnent les serveurs ? Et on a souvent des surprises. Prêcher la souveraineté en faisant tourner ses équipes sur des outils américains, ça se paie dans la note. Certains résultats risquent de vous faire lever un sourcil, dans un sens comme dans l’autre.

Vous pouvez aussi chercher votre propre entreprise dans la base et voir si elle décroche le AAA ou flirte avec le C. De quoi animer la prochaine pause café ! Toutes les données ne sont pas complètes, l’open source et l’origine du code ne comptent par exemple pas encore dans le calcul, et certains critères peuvent être discutés. Le verdict est donc à prendre comme un bon indice plutôt qu’une vérité gravée dans le marbre, mais l’exercice est amusant !

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L’équivalent messagerie en ligne du Snickers. © Capture d’écran BDM

La recommandation d’Appoline : WikiMasters, le jeu de cartes à collection basé sur Wikipedia

Oui, vous avez bien lu. WikiMasters est un jeu de cartes à collectionner basé sur… Wikipédia ! WikiMasters transforme chaque terme disposant d’une page Wikipédia en français en carte potentielle. Au total, 2 775 017 cartes sont actuellement disponibles sur le jeu, et vous pouvez donc aussi bien tomber sur « steak frites » que « Elvis Presley » ou encore sur les « élections cantonales de 1985 en Ille-et-Vilaine » (ceci est une expérience vécue). Les cartes sont classées par niveau de rareté (de commun à légendaire), qui dépend notamment de la fréquentation de la page correspondante.

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Bien sûr qu’Elvis Presley est « légendaire ».  © Capture BDM

Ainsi, toutes les dix minutes, vous recevez gratuitement un paquet de cinq cartes à ouvrir, avec un shot de dopamine en prime. Mais le jeu va plus loin que la simple collection. Il est possible d’échanger ses cartes, les mettre aux enchères (et renchérir), ou défier ses amis en duel à coup de quiz avec ses propres cartes. Les questions sont générées à partir des pages Wikipédia des cartes engagées, ce qui donne un côté révision étonnamment addictif.

Sorti en mars 2026, le jeu a connu un regain de popularité durant le ZEvent, et anime désormais toutes les conversations en ligne et à la machine à café. Et si WikiMasters fonctionne aussi bien, au-delà de son aspect spéculatif, c’est aussi parce qu’il suscite notre curiosité : on ouvre un paquet pour le plaisir de la surprise, et on finit par lire des pages Wikipédia sur des sujets qu’on n’aurait jamais ouverts autrement. Il ne reste plus qu’à espérer qu’une partie des revenus générés sera reversée à la Wikimedia Foundation !

La recommandation de José : le compte Instagram ahh.gpt

Il y a quelques semaines, j’envisageais avec vous la possibilité que l’IA puisse bientôt tous nous tuer. Si cette prophétie ressemble davantage à un coup de communication qu’à un risque réel, l’IA n’en est pas moins angoissante à bien des égards. Elle nous laisse simples spectateurs d’une technologie qui avance à une vitesse effrénée, sans nous demander notre avis, malgré les appels des géants du secteur eux-mêmes à ralentir.

Comme souvent dans les situations d’impuissance, le rire reste un des rares recours. Et fort heureusement, l’IA nous offre un excellent terrain de jeu pour ça. Souvent ridicule, elle a une tendance délicieuse à dire tout et son contraire, à créer des visuels atroces et à s’exprimer d’une façon particulièrement agaçante. À cet égard, le mode vocal est peut-être la meilleure représentation de ce que l’IA fait de plus absurde. Sur TikTok et Instagram, de nombreux comptes en ont fait leur support privilégié.

Mon préféré, ahh.gpt, a vu le jour il y a tout juste quelques mois et compte déjà plus de 775k abonnés. Son créateur imite à la perfection le ton du Advanced Voice Mode, et reproduit ses patterns : un aplomb inébranlable, des ouvertures excessivement flatteuses, des formules creuses et une incapacité à finir la conversation. Une façon de tourner en ridicule une IA supposément surpuissante et de lui montrer que, nous aussi, on peut lui voler son travail.

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