Avec Muse, Meta tient-il enfin son premier hit ?

Lancé le 8 septembre aux États-Unis, cet agent IA conçu pour le grand public a déjà été téléchargé plus de 3 millions de fois. Le pari de la simplicité serait-il en train de porter ses fruits ?

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"Muse est un agent qui peut vraiment faire des choses", selon Meta. © HAYAVISTA - stock.adobe.com

Mark Zuckerberg est encore loin de son objectif ultime, consistant à « mettre une superintelligence personnelle entre les mains de chacun ». Mais, avec Muse, il s’apprête à remporter un premier pari, loin d’être gagné lorsqu’il l’a engagé sur son compte Threads, en avril dernier. Celui, moins périlleux pour l’humanité, de « concevoir des produits qui ne se contentent pas de répondre à vos questions, mais agissent comme des agents capables d’accomplir des tâches à votre place ».

C’est dire le retard accumulé par le groupe californien qui, ce jour-là, dévoilait enfin un modèle nativement multimodal, baptisé Muse Spark, capable de raisonner à partir de plusieurs types de fichiers, de conserver le contexte ou d’orchestrer plusieurs agents en parallèle. Mais il lui manquait toujours la killer app qui l’incarnerait. Dans un premier temps, son « modèle le plus puissant » ne servait qu’à proposer des expériences plus avancées dans Meta AI, un assistant déployé dans les services du groupe, parfois à l’excès, et dont l’application n’a jamais franchement convaincu.

Cette killer app, ce produit phare, Meta l’a peut-être finalement trouvé. Dépeint comme « le premier agent IA personnel au monde conçu pour tous », Muse a dépassé en trois semaines les 3 millions de téléchargements et pris la tête des classements des boutiques d’applications aux États-Unis, devant ChatGPT. Une réussite qu’il faut surtout attribuer au positionnement de l’agent, pensé pour être particulièrement simple à utiliser.

Un démarrage remarqué aux États-Unis

Au cours de ses deux premières semaines sur l’App Store et le Google Play Store, l’application a été téléchargée environ 2,8 millions de fois, avec une croissance moyenne de 55 % d’un jour sur l’autre, selon le cabinet Sensor Tower. À titre de comparaison, ChatGPT affichait une croissance quotidienne moyenne de 24 % lors de ses dix premiers jours d’exploitation sur le magasin d’applications d’Apple, rapporte TechCrunch. Le 18 septembre, Muse s’installait en tête des téléchargements sur l’App Store, aux États-Unis, avant de s’emparer de la première place du Google Play Store le lendemain.

Muse n'est pas encore disponible en France

Muse est accessible aux États-Unis depuis le 8 septembre et au Canada depuis le 18 septembre, sur iOS, Android, une version web et via WhatsApp. Le service est réservé aux utilisateurs majeurs. Meta n’a communiqué aucune date de déploiement en France ni dans le reste de l’Union européenne.

Les annonces faites lors de la conférence Meta Connect, mercredi 23 septembre, parmi lesquelles un mode vocal, de nouveaux connecteurs ou la possibilité de doter l’agent d’une adresse email dédiée, ont également donné un coup d’accélérateur à Muse. Ce jeudi, l’application cumulait 3,4 millions de téléchargements, toujours selon Sensor Tower, qui notait par ailleurs une hausse de 27 % du nombre d’utilisateurs actifs chaque jour, au lendemain de l’événement. D’autres cabinets spécialisés confirmaient cette dynamique, même si les chiffres varient : le 24 septembre, Apptopia recensait 4,3 millions de téléchargements depuis le lancement, Appfigures environ 2,3 millions.

 

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Un agent IA pour les « normies »

Un démarrage prometteur, qui s’explique notamment par le positionnement du produit. Meta dépeint Muse comme un « agent IA personnel » qui prend en charge, à la place de l’utilisateur, les tâches chronophages et fastidieuses du quotidien. Il peut notamment envoyer des emails, faire les courses, remplir des formulaires administratifs ou fixer des rendez-vous et les ajouter à un agenda. Pour cela, il se connecte à de nombreux services, de Gmail à OpenTable en passant par Stripe, 1Password ou Spotify.

L’idée n’a rien d’inédit : OpenAI, Google ou Anthropic proposent déjà des agents capables de naviguer sur le web et d’agir en toute autonomie, à l’image de Gemini Spark ou de Codex. La différence tient surtout à la simplicité d’usage. Conçu pour « des milliards de personnes à travers le monde », Muse doit séduire des utilisateurs jusqu’ici restés à l’écart de ces technologies, grâce à une application qui ne nécessite aucun apprentissage. Après une phase de configuration relativement simple, rapporte Engadget, l’utilisateur dialogue avec l’agent comme avec un humain, et n’intervient que pour accorder une autorisation, valider une action ou le réorienter. L’apparence de Muse peut également être personnalisée, tout comme son nom. Le modèle économique se veut lui aussi grand public : Muse peut être utilisé gratuitement, avec des limites d’utilisation. Meta propose deux forfaits, à 20 et 100 dollars par mois, qui relèvent le nombre de tokens disponibles.

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Mark Zuckerberg interagissant, lors du Meta Connect, avec des agents Muse. © YouTube/Meta/Capture d’écran BDM

Comme le relevait Business Insider, Muse n’a pas besoin d’être le « meilleur » agent, ni même de rivaliser avec d’autres solutions, comme OpenClaw, dont il s’inspire largement de l’aveu même de Meta. Et c’est bien là sa force : il est conçu pour les « normies », ces monsieur et madame Tout-le-Monde qui attendent un outil simple, « qui fait le boulot », pour trier leurs emails, organiser les recettes enregistrées sur Instagram ou préparer un road trip. Mark Zuckerberg avait assumé cette stratégie en avril, lors de la présentation des résultats trimestriels du groupe : « Il existe beaucoup d’agents, mais il n’y en a pas tant que ça que j’aurais envie de donner à ma mère. »

Une stratégie promotionnelle (presque) calquée sur Threads

Pour accélérer l’adoption de son agent, Meta peut en tout cas s’appuyer sur son immense base d’utilisateurs. Aux États-Unis, Muse est déjà accessible dans WhatsApp — ce qui devrait, à terme, gonfler sensiblement ses chiffres d’utilisation —, et le groupe en fait parallèlement la promotion auprès des utilisateurs de Facebook et d’Instagram. Une méthode déjà éprouvée lors du lancement de Threads, mais légèrement retravaillée pour l’occasion.

Pour inciter les utilisateurs à installer l’application concurrente de X, qui revendique désormais 500 millions d’utilisateurs actifs mensuels, il « suffisait » de mettre en avant des publications correspondant à leurs centres d’intérêt, et d’espérer que la pêche soit bonne. Avec Muse, l’exercice est plus délicat : Meta doit rendre tangible l’apport de l’agent. Prenons l’exemple d’un amateur de football. Meta pourrait l’appâter en lui montrant que Muse est capable de lui préparer, dès le lundi matin, une synthèse des résultats du week-end. « Avec ces formats promotionnels sur nos applications, nous ne voulons pas simplement annoncer qu’il existe un agent IA, mais montrer qu’il existe un agent IA capable d’accomplir une tâche précise pour vous », expliquait Connor Hayes, le patron de Threads, dans les colonnes de Business Insider.

Un agent qui exige beaucoup d’accès

Les ambitions grand public de Muse pourraient toutefois se heurter à la problématique de la confidentialité et de la sécurité. Pour tenir ses promesses, l’agent doit accéder aux fichiers, aux messages ou aux moyens de paiement de l’utilisateur. Une condition naturelle pour un agent IA, mais qui n’a rien d’anodin lorsqu’il s’agit de Meta, dont le modèle économique repose en grande partie sur la publicité ciblée et l’exploitation des données personnelles.

Sur ces questions, le groupe tente de rassurer. Comme l’explique une page d’aide, Muse fonctionne sur une « machine virtuelle isolée dans le cloud », baptisée Muse Secure VM, où il « conserve les informations que vous partagez et ce que vous créez ensemble », et garde une trace de toutes ses actions. Les identifiants et mots de passe liés aux connecteurs, tels que Gmail ou Spotify, sont conservés dans le Secure Credentials Store. Un coffre-fort numérique à part, dont l’agent peut se servir sans visualiser les mots de passe. Concernant la réutilisation des interactions pour entraîner les modèles de Meta, c’est une autre affaire : l’option est activée par défaut, et c’est à l’utilisateur de la désactiver manuellement.

Le pari risqué de Mark Zuckerberg

Si la dynamique se confirme, et que Muse parvient à devenir ce qu’il ambitionne d’être, un agent IA capable de séduire plusieurs milliards d’utilisateurs, Mark Zuckerberg gagnera l’un de ses paris les plus audacieux, celui de Meta Superintelligence Labs. Une division qu’il a lui-même réorganisée, pour ne pas dire entièrement retapée, en milieu d’année dernière, frustré par les performances des modèles conçus jusqu’alors. Le tout, évidemment, en échange d’une coquette somme : il a investi plusieurs milliards de dollars dans Scale AI, placé le fondateur de l’entreprise, Alexandr Wang, à la tête du laboratoire et recruté à prix d’or des dizaines de chercheurs d’OpenAI, d’Anthropic et de Google.

Ces dernières semaines, les premiers effets de cette restructuration se sont fait sentir. Muse Spark, le modèle phare du laboratoire conçu en l’espace de neuf mois, soit « un rythme inédit pour le groupe », affiche des performances bien supérieures à celles des modèles open source de la famille Llama. En septembre 2026, sur le classement collaboratif Arena, la version « xhigh » de Muse Spark 1.2 se classe quatrième. Derrière trois modèles d’Anthropic, certes, mais aussi devant le plus récent : Claude Fable 5.1. Dévoilé il y a peu, Muse Spark 1.3 s’est quant à lui glissé immédiatement dans le top 10. Des signaux à interpréter avec prudence, mais qui montrent que l’écart se resserre. Après avoir longtemps trusté les premières places de ce classement, OpenAI, par exemple, n’y place son meilleur modèle qu’en dix-huitième position, tandis que le modèle Gemini le plus avancé de Google pointe au neuvième rang.

Après plusieurs années d’errance, marquées par le développement de Meta AI qui peine à s’imposer dans les usages, de chatbots inspirés de célébrités ou du désastreux Vibes, le groupe californien tiendrait-il enfin « un hit », comme l’avance la banque d’affaires américaine Evercore dans une note relayée par Bloomberg ? Il est encore trop tôt pour le dire, d’autant que l’application n’a pas encore été déployée en Europe. Ses analystes y voient, en tout cas, « un signe très concret d’innovation produit réussie ». Et surtout la preuve que les 200 milliards de dollars investis dans l’IA « n’ont pas été vains ».

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