IA générative : Ludovic Salenne répond aux questions des lecteurs de BDM

Ludovic Salenne, expert en intelligence artificielle, a répondu aux questions posées par nos lecteurs.

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Ludovic Salenne a notamment partagé ses 5 outils IA préférés. © BDM

ChatGPT, Claude, Gemini, agents IA, prompt engineering… L’intelligence artificielle générative s’est imposée dans le quotidien des professionnels du numérique, mais les questions restent nombreuses. Pour y voir plus clair, vous avez partagé vos interrogations avec Ludovic Salenne, expert IA et créateur de contenu. Voici ses réponses.

Picture of Ludovic Salenne

Ludovic Salenne, Fondateur, SLN L'Agence

Entrepreneur dans le numérique depuis 2013, Ludovic Salenne se spécialise dans l’IA à partir de 2018. Aujourd’hui, il forme et accompagne les professionnels et entreprises à comprendre et exploiter concrètement l’intelligence artificielle. Sa chaîne YouTube réunit plus de 260 000 abonnés et il anime également une communauté IA privée.

Bien utiliser l’intelligence artificielle au quotidien

Quelles sont les erreurs les plus courantes quand on débute avec l’IA générative ?

Alors ça, c’est facile ! Il y a deux erreurs principales que je vois tout le temps :

  • Parler à une IA générative comme on parle à un proche : ce réflexe est compréhensible. Les interfaces des IA génératives sont conçues pour gagner notre confiance et donc tout est mis en œuvre pour qu’on se sente à l’aise, comme sur une messagerie instantanée. Les éléments de langage, la manière dont l’IA nous répond, tout ceci fait que, passé quelques secondes sur ChatGPT et les autres, on oublie qu’on parle à une IA. On croit dur comme fer qu’on parle à un proche. Le truc, c’est que si vous demandez à une IA de faire quelque chose pour vous sans utiliser les bonnes pratiques de prompt engineering, les résultats seront moyens voire totalement inexploitables. Et là, vous serez déçu, vous vous direz que l’IA c’est bien, mais pas pour vous, et quand vous y reviendrez, il sera trop tard.
  • La dispersion et la recherche de l’IA ultime : de nouveaux outils IA font leur apparition tous les jours. En conséquence, on ne sait pas laquelle utiliser et on croit au mythe de l’IA suprême, qui serait meilleure que toutes les autres sur tous les sujets. Le truc, c’est qu’elle n’existe pas cette IA ultime. Chaque IA a ses forces, ses faiblesses et il faut déterminer les meilleurs outils dans lesquels investir en fonction de ses objectifs et process. Mais ça, c’est un autre sujet !

La vraie erreur lorsqu’on débute, c’est de toucher à toutes les IA sans vraiment prendre le temps de les maîtriser et là aussi, ça débouche sur de la frustration et des résultats moyens. Les utilisateurs sont perdus, puis paralysés. Ils lâchent l’IA jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

Mon conseil : si vous débutez avec l’IA, choisissez un seul outil et progressez dessus, comme un musicien qui commencerait par un instrument pour développer des notions solides avant de passer à un autre instrument.

Comment construire de meilleurs prompts ?

En les créant soi-même ! Je réponds volontairement cash, mais c’est vrai. Le dilemme est toujours le même : est-ce que vous souhaitez qu’on vous nourrisse de poissons ou qu’on vous apprenne à pêcher ? Maintenant, je peux vous donner une base. Vous avez deux manières simples de commencer. La première : utiliser une structure de prompt toute faite, via la méthode RCT : Rôle, Contexte, Tâche. Quand vous effectuez une demande à l’IA :

  1. Donnez un rôle (par exemple : « tu es un expert en SEO… »),
  2. Détaillez votre contexte,
  3. Décrivez avec précision la tâche qu’elle doit réaliser.

La seconde méthode consiste à demander à l’IA d’améliorer un de vos prompts : vous lui faites une demande, elle livre le résultat qui ne vous convient pas. Ensuite, vous lui expliquez pourquoi ça ne vous convient pas et l’IA améliore. Après ça, ne vous arrêtez pas, demandez-lui de reprendre votre prompt initial et de l’optimiser pour que vous puissiez avoir le résultat optimal du premier coup la prochaine fois !

Faut-il utiliser Claude plutôt que ChatGPT ?

Non, pourquoi il le faudrait ? Là aussi, je réponds volontairement de manière provocante, avec le sourire, mais c’est une bonne manière de revenir sur ce que je disais plus haut : il n’existe pas d’IA ultime.

Claude est meilleur que ChatGPT pour rédiger. Mais c’est subtil et il faut maîtriser la manière de prompter sur Claude pour voir la différence. Et la vérité d’aujourd’hui n’est pas nécessairement celle de demain. ChatGPT est meilleure que Claude sur tout un tas d’aspects. Gemini est meilleur que ces deux-là pour tout un tas de choses aussi. Quoi qu’il en soit, toutes ces IA sont surqualifiées pour ce que vous souhaitez faire avec.

Mon conseil : choisissez l’outil qui vous attire le mieux, testez-le, intégrez-le dans vos process. Si les résultats ne vous suffisent pas, remettez-vous en question, progressez et vous verrez que, d’ici quelque temps, vous serez expert de cette IA. Et comme le pianiste expérimenté qui pourra passer à la guitare, vous n’aurez pas de mal à changer d’IA pour prendre la meilleure de son époque !

Quels sont vos 5 outils IA préférés à l’heure actuelle ?

Aujourd’hui, je dirais :

  1. Claude Cowork : un agent IA qui travaille 24h/24,
  2. NotebookLM : une app multitâches gratuite pour résumer des contenus, créer des podcasts, réaliser des mindmaps, des slides, des vidéos, des infographies…
  3. n8n : pour créer des agents IA sur mesure et automatisés,
  4. Notion AI : pour planifier, organiser et produire,
  5. Suno AI : pour créer de la musique et amuser les proches en soirée !

Mais ça, c’est aujourd’hui. Posez-moi la question demain matin, et je vous en sortirai sans doute 5 autres !

Comprendre et évaluer l’intelligence artificielle

Comment savoir si une réponse générée par une IA est fiable ?

Une réponse générée par IA sera fiable si votre demande est fiable. Si vous rédigez le bon prompt, il n’y a quasiment aucune raison qu’elle se trompe. Toutefois, oui, les hallucinations existent et il faut en être conscient.

Mon conseil : suivez ces deux principes :

  • Demandez à l’IA de se baser sur des sources fiables, de vous les partager et de ne rien inventer,
  • Utilisez plusieurs IA pour une même demande.

Clairement, je le fais tout le temps : quand je travaille sur un sujet complexe et sensible, je sollicite plusieurs IA et je compare et combine les réponses. C’est top, car chaque IA est paramétrée selon les valeurs de ses créateurs, leurs visions et sont nettement influencées par leur méthode d’entraînement.

Les réseaux sociaux influencent-ils vraiment les réponses des IA génératives ?

Alors oui. Mais dans quelle proportion ? Je n’en sais rien. Là aussi, pour une raison simple : on sait que les LLM  sont entraînés sur de vastes volumes de données et contenus web. Donc oui, les réseaux sociaux influencent les réponses des IA mais au travers de leur entraînement et non véritablement en temps réel, lors d’une demande.

Les IA sont bien paramétrées pour rechercher des informations si nécessaire, car non disponibles dans leur base de connaissance, en se basant sur des sources fiables. Donc des sites Internet avec une bonne autorité, et les réseaux sociaux ne sont clairement pas la priorité pour les IA. D’ailleurs, pour la plupart, les IA n’ont pas accès aux contenus des réseaux sociaux quand elles sont en production. Les réseaux sociaux ont généralement leur propre IA (Meta AI pour Facebook et Instagram, Grok pour X…) et ferment donc les portes aux concurrents.

C’est comme le Coca-Cola. On sait comment ça marche, mais on n’a pas la recette précise.

L’IA au service des pros du numérique

Comment faire de la veille sectorielle avec l’IA ? Quels sont les outils recommandés ?

Alors je pense qu’il faut distinguer ici deux approches. La première, une approche simple, c’est d’y aller à la main. On utilise une IA à rythme déterminé, on se connecte et on effectue notre recherche en utilisant des prompts prédéfinis. Dans ce contexte, un outil sympa, c’est Perplexity. C’est un outil IA pensé pour la recherche et donc très performant pour la veille.

La seconde approche, c’est d’automatiser cette veille. Et là, clairement, c’est top ! On peut faire en sorte de recevoir à fréquence régulière un rapport complet, selon notre besoin. Pour ça, je recommande d’utiliser l’outil d’automatisation no code n8n avec sa fonctionnalité « Agents IA ». Vous allez créer un agent IA spécialisé dans votre secteur, il va faire la veille pour vous et vous la partager dans le format qui vous arrange.

Peut-on optimiser son SEO grâce à l’IA ?

Tout à fait, c’est même l’un des premiers usages pour lesquels l’IA est une belle opportunité. C’est une action parfaite pour démarrer l’aventure de la délégation à l’IA, sans se faire trop de nœuds au cerveau.

Et plutôt qu’une possibilité, je dirai que c’est une obligation, pour une raison simple : le SEO va progressivement perdre de son impact, au profit du référencement dans les outils IA. Pour éviter de publier du contenu de basse qualité et trop tiède, il est toutefois primordial de maîtriser les process du référencement, afin de rédiger les meilleurs prompts et d’optimiser les résultats !

La tendance est à la recherche sur ChatGPT ou Gemini maintenant, moins sur Google. C’est très certainement une déformation personnelle mais je n’ai plus utilisé un moteur de recherche depuis un long moment.

Quel assistant IA de réunion recommandez-vous ?

J’utilise deux outils pour gérer mes réunions et notamment faire des comptes-rendus et autres actions de planification. J’ai l’application ChatGPT sur mon Mac et je lance l’enregistrement d’une réunion dessus. Quand la réunion est terminée, ChatGPT a toute la transcription et me fait plusieurs formats de synthèse et de réflexions. Il m’arrive aussi de passer par Notion pour l’enregistrement, qui propose la même fonctionnalité.

Je récupère ces documents, je les mets dans NotebookLM et je peux générer en un clic des slides, un résumé audio ou vidéo, une infographie et poser n’importe quelle question à l’IA sur le contenu de la réunion !

Dans 5 ans, à quoi ressemblera notre façon de travailler avec l’IA ?

C’est assez difficile de répondre à cette question. Déjà parce que tout évolue très vite, et même Sam Altman, le PDG d’OpenAI, s’étonne de la vitesse à laquelle tout change.

Ensuite, parce qu’il ne faut pas effrayer la population qui pourrait penser que tout est déjà joué et que ça ne sert plus à rien de s’y mettre. Mais, il faut aussi dire les choses.

D’ici 5 ans, de nombreux métiers disparaîtront. C’est un fait. Aujourd’hui, je ne connais pas un métier de bureau que je ne peux pas automatiser avec l’IA. Et l’arrivée des agents IA (des agents autonomes qui peuvent accéder à vos outils, votre navigateur web, vos mails… tout ça pour travailler à votre place) va accélérer tout ça.

Saviez-vous qu’il est aujourd’hui possible de créer une entreprise sans collaborateur ? Avec un agent IA pour CEO qui manage des sous-agents IA juristes, marketeurs, commerciaux, techniciens, RH… ? Ça se fait en une demi-journée.

Demain, on ne travaillera plus comme aujourd’hui. On sera des managers d’agents IA. On les recrutera, les paramétra et les virera quand ce sera nécessaire. Et là, vos compétences acquises aujourd’hui seront cruciales pour faire partie des managers… Et ne pas finir sur le carreau.

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