L’IA dans la production vidéo : « Plus elle progresse, plus le jugement humain devient précieux » (Aive)

Comment l’IA transforme-t-elle la production vidéo ? Quel est concrètement son impact sur les métiers créatifs et les marques ? Éléments de réponse avec Olivier Reynaud, cofondateur et CEO de la plateforme Aive.

Olivier Reynaud cofondateur ceo Aive
"Depuis le premier jour, notre vision chez Aive est restée la même : rendre la vidéo intelligente." © Montage BDM / Aive

À l’occasion de zero to one Lyon, événement dédié aux startups et à l’entrepreneuriat tech qui s’est tenu le 28 mai dernier à Lyon, dont BDM est partenaire, nous avons échangé avec Olivier Reynaud, cofondateur et CEO d’Aive. Cette plateforme permet aux entreprises, agences et studios créatifs d’automatiser la postproduction vidéo et d’adapter leurs contenus à grande échelle grâce à l’IA générative. L’occasion d’évoquer les transformations que l’IA impose à la production vidéo, le rôle des créatifs dans ce nouveau paysage, et sa vision de l’entrepreneuriat dans la tech.

Picture of Olivier Reynaud

Olivier Reynaud, CEO, Aive

Olivier Reynaud est un entrepreneur né. Il lance sa première startup à 21 ans, avant de cofonder Teads en 2010, où il invente le format « outstream » et le célèbre inRead. En quelques années, Teads devient la première place de marché vidéo publicitaire mondiale, rassemblant 1 000 collaborateurs dans 40 pays. En 2019, il cofonde Aive avec Rudy Lellouche.

L’IA s’invite de plus en plus dans la production vidéo. Concrètement, qu’est-ce que cela change aujourd’hui dans le quotidien des professionnels ?

L’IA transforme aujourd’hui la vidéo à deux niveaux.

Le premier concerne la création. Des outils de génération vidéo, comme Google Veo, Kling, Runway ou Adobe, permettent de générer des séquences vidéo à partir d’un prompt ou de transformer des images en vidéos. Les progrès sont spectaculaires et donnent aux créatifs une nouvelle capacité d’exploration. C’est un domaine passionnant mais ce n’est pas celui qu’on a emprunté chez Aive.

Le second niveau, dont on parle moins, concerne l’exploitation de la vidéo. Une fois un contenu produit, il faut l’adapter à des dizaines, voire à des centaines de formats, de variations, de déclinaisons, de plateformes, de langues et de contextes d’usage différents.

Il y a dix ans, une marque produisait quelques vidéos pour trois ou quatre réseaux sociaux. Aujourd’hui, une même histoire doit vivre sur des dizaines de plateformes, telles que TikTok, Instagram, YouTube, LinkedIn, les télévisions connectées, les applications mobiles, les écrans en magasin et, demain, dans de nouveaux environnements et avec des formats vidéo adaptés en fonction des typologies de personnes.

Cette complexité est devenue telle qu’un humain seul ne peut plus gérer efficacement toutes ces adaptations.

C’est précisément le problème que nous avons identifié chez Aive il y a plusieurs années. Plus les formats, les plateformes et les usages se multiplient, plus ce besoin devient important. Notre vision a toujours été la même : rendre la vidéo intelligente pour la rendre adaptable à grande échelle.

Qu’est-ce qui va, selon vous, encore évoluer dans les prochains mois dans ce domaine ?

Je pense que nous allons assister à une accélération très forte des cycles créatifs. Les équipes pourront tester davantage d’idées, produire plus de variantes et personnaliser leurs contenus avec une précision inédite.

Pendant longtemps, produire une vidéo était le principal défi. Demain, ce sera surtout de savoir quoi produire, pour qui, et comment l’adapter intelligemment à grande échelle.

Alors qu’une partie de la production s’automatise, qu’est-ce qui reste irremplaçable dans le travail d’un créateur de contenu vidéo, selon vous ?

L’automatisation va continuer à progresser, c’est une certitude. Mais je ne pense pas que l’avenir soit une IA qui crée et décide 100 % seule. Les contenus vidéo des marques, des médias ou des agences portent une image, une émotion, et très souvent des enjeux business importants.

Il restera donc toujours nécessaire d’avoir un regard humain pour contrôler, valider et arbitrer.

C’est d’ailleurs ce que nous avons compris chez Aive. Nous automatisons environ 80 % des tâches répétitives et faiblement créatives, celles qui consomment beaucoup de temps sans apporter beaucoup de valeur. En revanche, nous laissons toujours aux créatifs le contrôle final pour ajuster, modifier et valider avant la diffusion.

L’IA est extrêmement forte pour explorer des possibilités. Elle peut proposer des variantes, optimiser des formats ou suggérer de nouvelles approches. Mais l’humain reste irremplaçable pour donner une direction, porter l’intention et prendre la décision finale.

Plus l’IA sera performante, plus le jugement humain deviendra précieux.

La technologie peut générer des possibilités. La responsabilité du choix restera humaine.

Community managers, motion designers, vidéastes freelances… Quels sont les profils qui ont le plus à gagner de ces évolutions ?

Je pense que pratiquement tous les métiers de la création vont bénéficier de cette évolution. La véritable révolution n’est pas seulement le gain de temps, c’est la réduction des barrières à l’entrée.

Pendant longtemps, produire certains contenus nécessitait des budgets importants, des équipes spécialisées et des ressources difficilement accessibles pour un indépendant ou une petite structure. Aujourd’hui, un créatif peut accéder à des capacités qui étaient auparavant réservées à de grandes organisations. Il peut produire davantage, expérimenter davantage et surtout tester plus d’idées. Cela change profondément les règles du jeu.

La différence ne se fait plus uniquement sur la taille de l’équipe ou la puissance du budget. Elle se déplace vers la qualité de l’idée, la compréhension de l’audience et la capacité à utiliser intelligemment ces nouveaux outils.

Pour autant, il ne faut pas confondre capacité de production et capacité d’orchestration. Produire un excellent contenu est une chose. Piloter une campagne internationale, coordonner plusieurs marchés ou garantir la cohérence d’une marque à grande échelle en est une autre.

L’IA réduit l’écart entre les moyens. Elle ne réduit pas l’importance de l’expérience.

Pour les marques, comment trouver le bon équilibre entre volume, qualité et authenticité ?

Pendant longtemps, les marques devaient choisir entre volume et qualité. L’IA est en train de remettre en cause cette équation.

Aujourd’hui, une marque peut partir d’un contenu de référence fort, créé par des équipes créatives, puis utiliser l’IA pour l’adapter, le personnaliser et le déployer à une échelle qui était auparavant difficilement envisageable. Pour moi, la bonne pratique consiste à distinguer ce qui relève de l’intention créative de ce qui relève de l’exécution.

L’intention doit rester humaine. En revanche, l’adaptation à des dizaines et centaines de formats, de plateformes ou d’audiences différentes est un terrain où l’IA apporte une valeur considérable.

Nous l’observons concrètement chez Meetic, l’un de nos clients chez Aive. Les équipes ont pu industrialiser l’adaptation et l’optimisation de plusieurs centaines de campagnes vidéo tout en réduisant fortement les temps de production. Plus intéressant encore, les formats optimisés avec Aive ont généré près de 40 % d’inscriptions supplémentaires par rapport aux approches traditionnelles.

Cela montre que le sujet n’est pas simplement de produire davantage. Le véritable enjeu est de rendre chaque contenu plus pertinent pour chaque audience tout en gardant son authenticité.

Vous avez cofondé Aive. Qu’est-ce qui vous a amené à vous positionner sur ce marché, et quelle vision portez-vous pour la suite ?

Lorsque nous avons commencé à travailler sur l’idée de Aive avec Rudy Lellouche en 2017, nous étions confrontés à un constat simple en apparence, mais extrêmement important pour les marques, les agences et les médias : la vidéo devenait le format dominant, mais elle restait l’un des contenus les plus difficiles à exploiter.

Chez Teads et AdYouLike, nous observions chaque jour à quel point l’adaptation des vidéos devenait un enjeu majeur. Une même campagne devait exister dans de multiples formats, pour de multiples audiences et sur de multiples plateformes. Nous avions également une conviction forte : lorsqu’une création est plus pertinente, les performances sont meilleures. Très tôt, nous avons compris qu’il serait impossible de résoudre ce problème à grande échelle sans permettre aux machines de comprendre réellement le contenu vidéo.

Depuis le premier jour, notre vision est restée la même : rendre la vidéo intelligente.

Avant de pouvoir adapter une vidéo, il faut la comprendre. Avant de pouvoir l’optimiser, il faut la comprendre. À partir de cette intelligence, la vidéo cesse d’être un simple fichier. Elle devient un actif capable d’être adapté, optimisé, résumé et activé dans différents contextes. Aujourd’hui, l’explosion de l’IA générative renforce encore davantage cette vision.

Plus il devient facile de produire des vidéos, plus il devient important de les comprendre.

Vous êtes intervenu lors de l’événement zero to one à Lyon, dont BDM est partenaire. Quel était le fil rouge de votre prise de parole ?

Lors de mon intervention, le fil rouge n’était pas uniquement l’intelligence artificielle ou la vidéo. C’était avant tout l’entrepreneuriat technologique. J’ai eu la chance de cofonder plusieurs entreprises dans des univers différents, mais avec toujours un point commun : l’innovation et la conviction que les usages évoluent plus vite qu’on ne l’imagine.

S’il y a un enseignement que je retiens de ces expériences, c’est qu’une entreprise ne naît jamais d’une technologie. Elle naît d’un problème réel.

Aujourd’hui, avec l’accélération de l’intelligence artificielle, développer un produit est devenu plus rapide et plus accessible. La question n’est donc plus seulement de savoir si l’on peut construire quelque chose. La question devient : construisons-nous quelque chose qui mérite réellement d’exister ?

Olivier Reynaud Aive
© Aive

J’ai également insisté sur l’importance des cofondateurs, des partenaires, des premiers clients et l’importance de créer un réseau et de l’entretenir année après année. Ces relations jouent souvent un rôle déterminant dans une aventure entrepreneuriale.

Enfin, dans un monde où les technologies deviennent accessibles à tous, l’avantage concurrentiel se déplace. Il se trouve de plus en plus dans la compréhension du problème, la vitesse d’exécution, l’apprentissage permanent et la capacité à construire une véritable différenciation.

C’est probablement cette combinaison entre vision long terme et capacité d’adaptation qui fait la différence dans la durée.

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Les métiers de la création numérique regroupent des profils aux compétences variées. On retrouve des spécialistes de chaque format (écrits, vidéos, illustrations...) ainsi que des experts social media qui maîtrisent les réseaux sociaux. Ils sont créatifs, précis, à l'écoute des tendances et de leurs audiences. Leur quotidien évolue très rapidement, au rythme des plateformes. Voir tous les métiers de la création de contenu
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