L’UE s’attaque à X avec un nouveau réseau social baptisé W

Annoncé à Davos en janvier, le réseau social W met en ligne sa première version publique. Une initiative portée par une fondation suédoise, avec le soutien affiché de plusieurs responsables européens.

W reseau social europeen
Pour l'instant, W semble surtout fréquenté par des élus et institutions publiques. © W

W a ouvert le 17 juin sa bêta au grand public. Le réseau social se présente comme une alternative européenne à X, intégrant vérification d’identité obligatoire, données hébergées en Europe et chiffrement des échanges via Proton. Son lancement intervient dans un contexte de défiance croissante envers les grandes plateformes américaines.

Avec W, l’Europe se dote d’un réseau social souverain

La référence n’est pas particulièrement subtile. W précède X dans l’alphabet, pour bien signifier à qui s’attaque la plateforme. Mais le choix renvoie aussi à deux principes fondateurs : les « V » de « valeurs » et de « vérification ». Annoncé en janvier 2026 à Davos, W affirme vouloir contrer les dérives des plateformes dominantes, notamment sur la désinformation et la prolifération de bots.

Plusieurs caractéristiques distinguent W des plateformes existantes :

  • Vérification d’identité : chaque utilisateur doit scanner un passeport ou une carte d’identité via une application distincte lors de l’inscription. L’objectif est de garantir que chaque compte correspond à une personne réelle, sans bots ni faux profils.
  • Pseudonyme : l’identité vérifiée n’est pas rendue publique. Chaque utilisateur peut choisir un pseudonyme pour communiquer sur la plateforme.
  • Chiffrement des échanges : les communications sont sécurisées par Proton, l’entreprise suisse spécialisée dans les services chiffrés.
  • Souveraineté des données : les données des utilisateurs sont hébergées sur des serveurs basés en Finlande, hors de toute juridiction américaine ou chinoise.
  • Conformité réglementaire : le Digital Services Act est intégré nativement à la plateforme, ce qui la place d’emblée en conformité avec le cadre européen qui s’impose aux grandes plateformes depuis 2023.

Une initiative soutenue par les institutions européennes

La plateforme est portée par une fondation suédoise dirigée par Anna Zeiter, Allemande installée en Suisse et ancienne cadre d’eBay. Le développement technique est assuré en partie depuis l’Ukraine. Mais W est étroitement lié aux institutions européennes. Anna Zeiter s’est notamment rendue à Bruxelles pour présenter la plateforme, et plusieurs responsables européens ont publiquement pris position en sa faveur. Le président du Conseil européen Antonio Costa a publié son premier message sur le réseau social en saluant « une plateforme sur laquelle les données sont entièrement hébergées en Europe », et en rappelant que « la lutte contre la désinformation est une priorité, et les utilisateurs sont tous des humains vérifiés ». La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, le maire de Londres Sadiq Khan et la présidente du Parlement européen Roberta Metsola font également partie des premiers utilisateurs.

Plus ironique : la Commission européenne s’est fendu d’un post… sur X. L’insitution y a annoncé son arrivée sur W, qualifiant la plateforme de « nouvel endroit pour débattre de l’Europe ».

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W est-il vraiment une alternative à X ?

Il y a quelques jours, nous nous interrogions sur l’avenir du microblogging. X est en déclin depuis le rachat par Elon Musk, mais aucun concurrent n’a su prendre la relève. Mastodon est resté une niche, Threads s’apparente à un village fantôme malgré ses chiffres d’inscrits et Bluesky plafonne autour de 45 millions d’utilisateurs. Pour beaucoup d’usagers, le format textuel court a migré vers d’autres plateformes et d’autres formats, à tel point qu’il semble difficile d’imaginer une énième copie de Twitter s’imposer auprès du grand public.

Mais, malgré ce que son nom laisse supposer, W ne constitue pas une réelle concurrence frontale à X. L’objectif affiché est de séduire d’abord les autorités politiques, les médias et les acteurs économiques européens. « Si le Bruxelles politique commence à poster sur W au lieu de X, nous aurons déjà accompli beaucoup », a déclaré Anna Zeiter. Loin de l’idée d’un « grand réseau social européen », qui refait surface à chaque polémique impliquant un géant américain.

Cette approche répond aussi à une contrainte pratique : la fondation ne dispose pas des moyens financiers pour absorber immédiatement des millions d’utilisateurs. W pourra-t-il, à terme, élargir sa base ? À ses débuts, Twitter lui-même avait débuté comme un réseau de niche, fréquenté par des blogueurs et des journalistes, avant de se démocratiser.

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