Super Intelligence : comment Donald Trump a fait exploser les noms de domaine slovènes
Après le golfe du Mexique ou le lac Ontario, c’est au tour de l’intelligence artificielle d’être rebaptisée par Donald Trump. Le changement de vocabulaire fait grimper en flèche les enregistrements de domaines slovènes.
Donald Trump refuse d’encadrer l’intelligence artificielle, mais il s’est trouvé un autre chantier la concernant. Il a décidé de lui changer de nom, après avoir consulté ses abonnés à trois reprises sur son réseau Truth Social. Aucune des trois propositions de départ n’a survécu à l’exercice car, comme souvent, le président des États-Unis n’en a fait qu’à sa tête. Le nom finalement retenu se résume à deux lettres, que la Slovénie utilisait déjà depuis 1992. Explications.
Un nouveau nom choisi par sondage, puis décrété à l’ONU
Donald Trump n’aime pas que le produit phare des États-Unis, l’IA, ait l’air artificiel. Le 19 septembre, il a donc soumis à ses abonnés de Truth Social une question de vocabulaire : « Beaucoup de gens pensent que les mots « Intelligence Artificielle » sont inexacts, et très peu éloquents, par rapport à l’IA, ou Intelligence Artificielle (sic) », a écrit le président américain. Il proposait trois noms offrant, selon lui, « une description bien plus élégante et exacte de ce nouveau phénomène », à départager par un vote :
- Superior Intelligence (SI),
- Extreme Intelligence (EI),
- Supreme Intelligence (SI).
Parallèlement, Donald Trump a annoncé la création d’une « AI Force », sur le modèle de la Space Force lancée lors de son premier mandat, et la nomination prochaine d’un « tsar » de l’IA, sans préciser leurs missions.
Le 20 septembre, soit le lendemain, un deuxième sondage a opposé Superior Intelligence à Extreme Intelligence. Le jour d’après, un troisième a mis en concurrence Superior Intelligence et Super Intelligence…
Devant l’Assemblée générale des Nations unies, le 22 septembre, le président américain a tranché. Selon le compte rendu publié par la Maison-Blanche, il a rejeté tout projet de contrôle mondial de l’intelligence artificielle, « ci-après officiellement dénommée « Super Intelligence » ». Il a ensuite justifié ce choix à la tribune :
L’utilisation du mot artificielle fait passer l’intelligence pour fausse. Elle n’est pas fausse. Elle est en fait incroyable.
« À partir de maintenant, l’ensemble des documents des États-Unis, et avec un peu de chance ceux du monde, seront modifiés pour utiliser le terme beaucoup plus exact de super, par opposition à artificielle », a-t-il ajouté, comme le montre l’extrait diffusé par C-SPAN.
Le jour de son investiture, en janvier 2025, Donald Trump avait déjà signé un décret pour rebaptiser le golfe du Mexique en golfe d’Amérique et redonner au Denali son ancien nom de mont McKinley. Google Maps affiche depuis février 2025 « Gulf of America » à ses utilisateurs américains. Plus récemment, c’est le lac Ontario qui s’est retrouvé dans le viseur du président. Au tour désormais de l’IA d’hériter d’un nouveau nom au moment où le président balaie les appels au ralentissement lancés par les dirigeants du secteur.
Le .si slovène, bénéficiaire inattendu du changement de nom
De AI, en anglais, l’IA passerait donc à SI. Mais ce sigle est déjà bien connu dans le domaine du numérique. En effet, il correspond aussi à l’extension nationale de la Slovénie (.si), pays natal de… Melania Trump. L’effet s’est vite fait sentir chez Register.si, le registre du .si, qui dépend de l’institut public Arnes. D’après les compteurs affichés sur son site, 3 911 domaines en .si ont été enregistrés au cours des dernières 24 heures, contre 3 515 sur tout le mois d’août. L’extension compte désormais plus de 221 000 domaines.
Dans un communiqué consacré au franchissement de la barre des 200 000 domaines, le registre fait remonter la hausse au sondage du 19 septembre. Il cite d’ailleurs Superior Intelligence, un nom finalement écarté par Donald Trump. Le registre y précise que ses systèmes fonctionnent normalement malgré l’afflux de demandes.
Les domaines en .si ne s’achètent pas directement auprès du registre, mais par l’intermédiaire d’environ 90 registrars. Le registre leur facture 10 € par enregistrement et chacun fixe librement son prix final. « Les spéculations dans les médias sur les « gains de plusieurs millions de la Slovénie grâce à l’intérêt accru pour le .si » n’ont donc aucun fondement réel », écrit le registre. Le scénario rappelle néanmoins celui du .ai d’Anguilla, devenu l’extension fétiche des startups de l’IA, qui a généré plus de 32 millions de dollars de recettes publiques en 2023. Côté slovène, les revendeurs ont déjà saisi l’occasion : Hostinger présente désormais le .si comme l’extension de la « superintelligence ».
Faut-il réserver son nom de domaine en .si ?
« Nous conseillons en tout cas aux titulaires de marques, de slogans, de raisons sociales […] qui n’ont pas encore de domaine sous .si de l’enregistrer au plus vite », écrit le registre. L’extension est ouverte à tous, sans obligation de résider en Slovénie ni d’y avoir une entreprise. Le pari reste incertain pour qui achète par spéculation, puisque le terme ne s’impose pour l’instant qu’aux documents officiels américains. Donald Trump lui-même a glissé à l’ONU un prudent « voyons si ça prend ».
Deux règles du registre sont utiles à connaître avant de se lancer :
- Un domaine peut être supprimé et remboursé dans les 16 jours suivant son enregistrement, sur demande auprès du registrar, à condition de ne pas avoir été activé (la saisie d’enregistrements DNS vaut activation).
- Le titulaire d’une marque déjà enregistrée par un tiers en .si peut engager une procédure de règlement alternatif des litiges (ARDS) auprès du registre, plus rapide qu’une action en justice.