Ce qu’on a lu, vu, aimé et entendu en mai 2026 : les recos de la rédaction

Au programme : une chaîne YouTube qui réinvente le reportage de terrain, un jeu vidéo loufoque à l’ère du web des années 90, une vidéo sur les dérives des paris sportifs au tennis, une déclaration de Sam Altman et un musée dédié à l’art génératif.

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Bienvenue dans les Recos de la rédac du mois de mai ! © BDM

Chaque mois sur BDM, les membres de la rédaction vous partagent une découverte, un contenu ou une tendance qui les a marqués. Bienvenue dans les Recos de la rédac !

La recommandation d’Appoline : la chaîne YouTube OK Charlotte

Le mois de mai est décidément l’un des meilleurs mois de l’année ! Les nombreux ponts offrent aux plus chanceux la possibilité de prendre le temps de se reposer, de flâner, de rattraper les lectures qui s’accumulent… C’est dans ce contexte que je suis tombée sur un portrait de Charlotte Vautier publié par Le Point. Celui-ci décrit une journaliste indépendante, qui a quitté les grandes rédactions pour se lancer sur YouTube. L’article a su attiser ma curiosité, jusqu’à me faire atterrir sur sa chaîne YouTube (et si vous avez déjà lu les précédentes éditions des Recos de la rédac, vous savez à quel point j’affectionne cette plateforme !). Et ça n’a pas loupé : j’ai binge-watché l’ensemble de ses vidéos presque d’une seule traite !

Ok Charlotte propose des reportages long format, entre 30 minutes et une heure, tournés en caméra embarquée pour être au plus près des gens qu’elle rencontre. Charlotte Vautier plonge dans des univers que l’on voit rarement à l’écran, sans qu’ils soient travestis par un angle misérabiliste ou, au contraire, idéalisés. Des Tziganes évangéliques, des pêcheurs installés sur les rives de la Seine, des habitants de l’aéroport Charles-de-Gaulle… Ses sujets ont un point commun qu’elle formule elle-même dans le portrait du Point : « Une réflexion sur la marge, sur celles et ceux qui sont sortis, de gré ou de force, d’une société normative. »

Ce qui me plait dans son contenu, c’est son rapport aux gens qu’elle filme. Elle ne les observe pas depuis l’extérieur, mais s’attarde, revient, prend le temps. Une approche qui fait du bien, à l’heure où l’on ne prend plus beaucoup de temps pour rien. Son ton est engagé sans être militant. Elle assume ses émotions à l’écran, ses étonnements, ses questions et démontre une capacité à rendre des sujets accessibles sans jamais les simplifier. C’est aussi un vrai plaisir de voir le journalisme se réinventer et prendre de plus en plus de place sur d’autres canaux.

À noter que, sur Instagram, Charlotte Vautier propose également des sujets plus courts, sous forme de Reels, mais tout aussi intéressants !

Une publication partagée par Charlotte Vautier (@charlotte_vautier)

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La recommandation d’Etienne : le jeu Hypnospace Outlaw

Il m’arrive, parfois, de m’engouffrer dans l’immensité de mon backlog Steam — ce qui me donne à peu près autant le vertige que de contempler le vide depuis le bord d’une falaise — et de donner une chance à un jeu que j’ai acheté impulsivement entre deux promenades réglementées durant le Covid. Hypnospace Outlaw fait partie de ces titres dont le concept m’a directement attrapé, et que j’ai pourtant laissé de côté pour des raisons qui m’échappent encore. Ma recommandation du mois est de ne pas faire la même erreur.

Développé par Jay Tholen, à qui l’on doit notamment le point-and-click Dropsy, Hypnospace Outlaw est un jeu d’enquête dans lequel on incarne un Enforcer, sorte de modérateur-CRS chargé de traquer les contrevenants dans les rues virtuelles de l’Hypnospace, une version parodique et barrée du web de la fin des années 1990, divisée en plusieurs zones. Votre job, si vous l’acceptez, consiste donc à repérer et signaler ces utilisateurs « scumbags », ceux qui s’adonnent, par exemple, à du cyberharcèlement ou bafouent le copyright. Mais aussi de remplir une multitude d’autres missions, dont la complexité croît au fil du temps, afin d’obtenir des récompenses. Le tout, bien sûr, en esquivant les pièges et les virus semés sur votre route.

Loufoque, un peu laid, merveilleusement bien écrit — précisons quand même que le jeu est anglais —, Hypnospace Outlaw se picore par petites sessions, et accaparera votre précieuse attention pendant sept ou huit heures. Pour ceux qui, comme moi, sont envahis par ce sentiment absurde d’appréhension lorsqu’il s’agit de s’attaquer à un jeu demandant des dizaines d’heures, et qui nourrissent une vision un peu idéalisée de ce web criard, saturé de GIF et DIY, Hypnospace Outlaw vaut le détour.

La recommandation de Matthieu : la vidéo du Parisien sur les paris sportifs dangereux au tennis

Alors que Roland-Garros bat déjà son plein sous la chaleur parisienne, Le Parisien rappelle à quel point la petite balle jaune et, surtout, ses acteurs et actrices subissent, quel que soit leur niveau, un harcèlement régulier sur les réseaux sociaux. La cause : les parieurs sportifs, frustrés de perdre un pari et donc de l’argent, à la suite des défaites de leurs poulains d’un jour. Au-delà de ce phénomène qui touche les numéros mondiaux comme les amateurs, le média va plus loin et démontre à quel point le tennis est gangréné par les matches truqués, témoignages à l’appui.

Si le timing de ce petit reportage YouTube tombe à point nommé, c’est surtout l’occasion de remarquer l’excellent travail du Parisien sur la plateforme de Google, et plus largement sur le format vidéo. La chaîne YouTube du média est riche de mini-reportages, de courts documentaires et du traitement quotidien de l’actualité.

Elle cumule désormais plus de 2 millions d’abonnés, récompensant les efforts du média pour proposer un traitement adapté aux comportements actuels d’une grande part de ses lecteurs. L’an dernier, sur BDM, nous vous avions d’ailleurs proposé une lecture de la stratégie digitale du Parisien !

La recommandation d’Alexandra : la citation de Sam Altman sur l’apocalypse de l’emploi

Ce mois-ci, c’est la déclaration de Sam Altman, patron d’OpenAI, qui a retenu mon attention. Prononcée lors d’une conférence virtuelle organisée par la Commonwealth Bank of Australia à Sydney, elle a été relayée par une dépêche Reuters, et reprise notamment par le site BFM Business.Le contexte : en 2023, Altman s’inquiétait publiquement des conséquences de ChatGPT sur le marché du travail. Une « apocalypse de l’emploi » qui alimentait alors un ton alarmiste bien réel, dans les médias comme dans les entreprises. Trois ans plus tard, le patron d’OpenAI affirme ceci :

Je suis ravi de m’être trompé sur ce point. Je pensais que l’impact sur la suppression des emplois de cols blancs débutants aurait été plus important qu’il ne l’a été en réalité. (…) Cela a vraiment, à la fois positivement et négativement, modifié ma façon de penser : le paysage de l’emploi sera probablement très différent de ce que nous imaginions.

Sam Altman valorise désormais la « part humaine de l’emploi qui ne pouvait pas être remplacée ». L’expérience lui a confirmé que les interactions humaines ont une valeur que la délégation à une machine ne restitue pas. Une prise de parole intéressante sur le fond, mais qui traduit également l’importance du moment, à savoir la préparation de l’introduction en bourse de la maison mère de ChatGPT, qui pourrait porter sa valeur à environ 1 000 milliards de dollars. Tempérer le discours anxiogène autour de l’emploi, à quelques semaines d’une telle échéance, n’était sans doute pas anodin.

La recommandation de José : Dataland, le premier musée au monde consacré à l’art généré par l’IA

Depuis quelques semaines, j’avais envie de vous parler d’art généré par IA. Pour cela, il me fallait un prétexte, ou du moins un support adapté. La chance étant de mon côté, j’ai découvert que Dataland, qui se revendique comme le « premier musée au monde dédié aux arts de l’IA », ouvrira ses portes à Los Angeles le 20 juin prochain. Celui-ci se targue d’une collection de « 1 000 peintures vivantes uniques sur blockchain », toutes accompagnées d’ambiances sonores conçues, évidemment, par l’intelligence artificielle. Le musée a été fondé par Refik Anadol, que Wikipédia nous présente comme un « artiste des nouveaux médias » et qui semble avoir fait fortune dans les NFT, à l’époque où ces derniers intéressaient quelques spéculateurs à la recherche de la nouvelle poule aux œufs d’or.

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Un prétexte donc, car on a connu des recommandations plus enthousiastes. À mon sens, l’art conçue grâce à l’IA générative constitue une sorte de pléonasme. Wikipédia, qui trouve toujours les bons mots, m’apprend d’ailleurs que l’art se définit par « la création humaine volontaire d’œuvres n’ayant pas pour but la satisfaction directe des besoins primaires d’existence ». C’est-à-dire une sensibilité propre, et non une suite de prédictions algorithmiques.

On peut pourtant être touché par de l’art généré par IA, un peu honteusement pour ma part. Depuis deux ans, je binge-watch les créations d’Orb Studios, partagées sur Instagram via le compte GLUMLOT. Des vidéos bizarroïdes, mêlant créatures étranges et mondes rétrofuturistes, dans une esthétique proche de celle des liminal spaces. Un univers cohérent, reconnaissable et qui semble résonner profondément auprès des 260 k abonnés du compte. Est-ce que GLUMLOT est un artiste ? À mon sens, oui. Où s’arrête l’AI slop, et où commence l’art ? Je ne sais pas vraiment. Peut-être que les réponses se trouvent à Dataland, mais je n’irai pas vérifier.

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