IA, contenu recyclé, production soutenue : la méthode d’Alegria.group pour multiplier les formats

Comment faire vivre un même contenu sur plusieurs canaux ? Aurélia Azoulay-Guetta, Chief Revenue Officer d’Alegria.group, nous détaille sa méthode pour décliner ses prises de parole grâce à l’IA, et les tâches qu’elle continue de réserver à l’humain.

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"Sur les sujets sensibles, rien ne part sans relecture humaine", souligne Aurélia Azoulay-Guetta. © Montage BDM

Alegria.group, qui forme et accompagne depuis 2020 les entreprises, les organisations publiques et les particuliers sur l’IA, le no code et l’automatisation, faisait partie des finalistes des prix Talent Awards, qui ont été décernés par l’association France Digitale lors du dernier FDDay, dans la catégorie « Top of Mind ». À cette occasion, nous avons interrogé Aurélia Azoulay-Guetta, Chief Revenue Officer de l’entreprise, sur la manière dont Alegria.group organise sa production de contenu. Elle explique comment son équipe marketing parvient, grâce à l’IA, à alimenter à la fois un événement en ligne, une chaîne YouTube, une newsletter et des réseaux sociaux, et quelles limites elle a choisi de fixer à ces outils.

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Aurélia Azoulay-Guetta, Chief Revenue Officer, Alegria.group

Aurélia Azoulay-Guetta est Chief Revenue Officer d’Alegria.group, où elle pilote le marketing et les ventes, tout en étant membre du CODIR. Auparavant cofondatrice et CEO de Newzik, startup de partitions numériques, elle l’a menée à la rentabilité et à l’international (Europe, États-Unis, Asie-Pacifique). Diplômée de l’EDHEC, où elle enseigne aujourd’hui l’entrepreneuriat, elle accompagne aussi des femmes entrepreneures avec l’association SISTA.

Depuis 2020, Alegria.group défend une conviction forte : parler d’IA sans jargon, en partant des problèmes concrets des utilisateurs plutôt que de la technologie elle-même. D’où vient ce positionnement, et comment se traduit-il dans votre manière de produire du contenu ?

Ce positionnement vient de nos fondateurs, qui ne sont ni développeurs ni technophiles. En tant qu’entrepreneurs, ils se sont longtemps sentis limités par leur dépendance aux développeurs pour la moindre évolution. Dès le départ, l’ADN d’Alegria a donc été de se demander comment la technologie, le no code, puis l’IA, peuvent résoudre un problème business concret, sans être fans d’IA par principe. Cette culture irrigue toute l’équipe, qui est très exigeante : dès qu’une tâche devient répétitive, on cherche à l’automatiser, et on mesure systématiquement le résultat.

Mais on n’utilise pas l’IA pour l’IA : ce qui compte, c’est son impact sur nos process et sur la qualité.

Nos formations en sont un bon exemple. Nous avons longtemps observé les outils de génération de formation par IA avant de lancer, il y a quelques mois, nos premiers modules entièrement produits avec l’IA. La matière reste la nôtre : nos sources, l’expertise de nos formateurs et de nos ingénieurs pédagogiques.

L’IA nous permet surtout d’en produire davantage et de les mettre à jour beaucoup plus souvent.

Concrètement, comment un contenu de départ (une prise de parole, une intervention) se transforme-t-il ensuite en plusieurs formats ? Est-ce que chaque canal joue un rôle différent, ou s’agit-il surtout de décliner un même contenu sous d’autres formats ?

Nous avons vite compris que chaque appel commercial, chaque conférence, chaque échange interne et chaque rapport publié est une donnée précieuse. Nous enregistrons et centralisons désormais nos conversations dans une même bibliothèque de ressources.

Nous avons commencé par un seul format, le blog, en connectant notre site à cette bibliothèque. Un prompt rédigé par une personne qui maîtrise le métier et le SEO, une IA qui ne va pas chercher l’information sur Internet mais dans nos propres contenus : on obtient un article de qualité en quelques minutes.

Une fois cette méthode rodée, nous l’avons étendue à la newsletter, aux posts réseaux sociaux et aux lead magnets : ce qui est écrit une fois se décline ensuite automatiquement. Chaque canal garde son rôle (la newsletter pour la veille, le site pour le SEO, les réseaux pour la visibilité), mais tous puisent dans la même source.

Notre conseil : une IA branchée sur vos propres données vaut bien plus qu’une IA « neutre ».

À quelles étapes de ce processus l’IA intervient-elle aujourd’hui ?

À presque toutes : elle nous aide à trouver des idées, à structurer des documents, à produire du contenu, mais aussi à analyser et à piloter. Trois usages qu’une équipe peut facilement reprendre :

  • Transformer ses réunions en actions : un compte rendu devient directement une liste de tâches dans l’outil de gestion de projet.
  • Faire parler ses verbatims : analyser des dizaines d’appels clients pour affiner ses personas et ses messages.
  • Programmer des tâches récurrentes : chaque semaine, l’IA va chercher l’information éparpillée dans nos mails et messageries (retombées presse, devis signés…), la range là où l’équipe la cherche et prépare un message pour prévenir les personnes concernées.

Une règle ne bouge pas : on ne lance jamais l’IA sans avoir réfléchi soi-même au sujet. Un humain cadre toujours les objectifs en amont, puis l’IA vient les enrichir. C’est ce qui évite de se laisser déborder par sa puissance.

À l’inverse, quelles sont les tâches qui, selon vous, restent impossibles ou risquées à déléguer à l’IA dans votre production, et pourquoi ?

D’abord, tout ce qui touche à l’humain : le management, l’accompagnement, les situations sensibles. Il y a trop de subtilités que l’IA ne peut pas connaître. Je ne lui demande jamais comment me comporter.

Ensuite, les décisions et les chiffres. Chez nous, l’IA ne décide jamais d’une priorité et ne valide jamais un chiffre à notre place. Elle n’invente jamais une donnée non plus : soit le chiffre vient d’un outil connecté, soit il n’apparaît pas dans le contenu.

Enfin, les sujets financiers et de conformité. Sur notre support client, plus de 30 % des tickets sont résolus par l’IA, mais nous excluons volontairement tout ce qui touche à la facturation et aux paiements : un humain garde la main.

Notre règle générale est simple : sur les sujets sensibles, rien ne part sans relecture humaine. L’IA prépare des brouillons, et c’est toujours quelqu’un de l’équipe qui valide et envoie.

Le Challenge IA & No Code constitue l’un de vos événements phares, avec plusieurs éditions organisées chaque année. Comment parvenez-vous à tenir le rythme pour exploiter pleinement le contenu de chaque session ?

Tout l’enjeu est de renouveler à chaque édition le contenu, l’angle et les invités, alors que l’IA évolue énormément d’un challenge à l’autre.

Nous faisons une veille quotidienne des nouveautés IA, qui nourrit aussi notre newsletter, lue aujourd’hui par plus de 300 000 personnes. C’est cette veille qui nous permet d’actualiser rapidement les supports de chaque challenge.

L’IA nous rend aussi beaucoup plus rapides sur l’écriture des scripts vidéo et publicitaires : pour exister sur les plateformes publicitaires, il faut à la fois de la qualité et du volume.

L’humain garde la main sur tout ce qui touche à la structure : la stratégie, le choix des intervenants, le brief. Mais sans l’IA, nous ne pourrions pas tenir ce rythme ni acculturer des centaines de milliers de personnes chaque année.

Comment voyez-vous évoluer cette organisation dans les prochains mois, à mesure que les outils et les modèles IA progressent rapidement ?

L’arrivée d’outils comme Claude Cowork et de modèles beaucoup plus puissants a donné un énorme coup d’accélérateur. En début d’année, nous enchaînions les tests concluants, sans toujours prendre le temps de centraliser, de structurer et de documenter.

C’est notre grand chantier aujourd’hui : passer d’initiatives individuelles à des systèmes durables qui font tourner une équipe. Cela veut dire centraliser ce que chacun produit, écrire une documentation que les IA peuvent lire et réutiliser (pas seulement les humains), et garder une validation humaine systématique.

Les modèles vont continuer d’évoluer et les outils de s’accumuler : ce qui fera la différence, c’est la qualité de notre organisation.

Une conviction résume notre expérience : l’IA ne nous a pas fait travailler moins, elle a relevé notre niveau d’ambition.

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