Les 100 principaux cas d’usage de l’IA en 2026
Entre un usage professionnel aux gains modestes et un usage personnel toujours plus intime, l’IA décline ses usages dans toutes les sphères du quotidien.
Trois ans et demi après l’irruption de l’IA générative dans nos vies, l’usage s’est élargi au point de devenir intime : on confie désormais à l’IA sa thérapie, ses décisions, voire son tirage de tarot. C’est le constat de la troisième édition de l’étude AI in the Wild, publiée par la Harvard Business Review. Alors que ChatGPT dépasse les 900 millions d’utilisateurs hebdomadaires et Gemini les 750 millions mensuels, elle ausculte la façon dont nous nous servons réellement de la technologie.
La méthodologie de l'étude AI in the Wild
AI in the Wild repose sur une approche de « social listening » : les auteurs ont analysé 12 637 cas d’usage, tirés d’une base de près de 50 000 enregistrements collectés entre mars 2025 et février 2026 sur Reddit, Quora, des articles, et désormais LinkedIn, TikTok et YouTube. L’identification des usages a combiné traitement par IA et jugement humain, ce dernier restant indispensable selon les auteurs.
Un usage de l’IA toujours plus large et intime
Premier enseignement, l’éventail des usages ne cesse de s’élargir, et les auteurs invitent à lire les évolutions d’une année sur l’autre comme des « déplacements d’accent » plutôt que comme des ruptures. En tête du classement 2026 figure la thérapie et la compagnie, déjà numéro un en 2025. Suivent le dépannage technique et le divertissement (« fun and nonsense »), devant plusieurs nouveautés notables :
- La fan fiction et le storytelling (4e),
- Les opérations agentiques autonomes (6e),
- L’astrologie et le tarot (9e),
- Le vibe coding, soit la programmation assistée (21e).
À l’inverse, des usages plus introspectifs comme « trouver un sens à sa vie » ou « mieux apprendre » reculent dans le haut du tableau, une dynamique cohérente avec ce que montrent d’autres travaux sur l’usage quotidien de l’IA.

Le « thinkslop », quand on délègue sa pensée à l’IA
Cette diversification nourrit une inquiétude centrale. À mesure que l’IA imite la pensée humaine, la tentation grandit de lui déléguer notre réflexion. Les auteurs forgent le terme de « thinkslop », calqué sur le « workslop » que nous évoquions récemment, pour désigner la pensée paresseuse qu’un usage excessif de l’IA peut induire. Au moins un quart des principaux usages relèvent de cette délégation cognitive : thérapie, conseils relationnels, aide à la décision ou génération d’idées.
Le phénomène prend plusieurs formes, comme prompter avant d’avoir clarifié son intention, externaliser sa réflexion (une « dette cognitive » pointée par d’autres études), cesser d’écrire donc de penser ou se laisser bercer par une IA flatteuse. « L’IA vous fait croire que vous êtes un génie pour que vous continuiez à l’utiliser », résume un utilisateur cité dans l’étude. Employée comme un partenaire qui met les idées à l’épreuve, elle a pourtant le potentiel d’aiguiser le raisonnement plutôt que l’endormir.
L’IA, nouveau refuge émotionnel
Deuxième tension, le recours croissant à l’IA pour le soutien émotionnel. La thérapie et la compagnie ne sont pas seulement en tête du classement, elles pèsent désormais 11 % des cas analysés, contre 5 % un an plus tôt, soit plus de 1 400 occurrences sur le panel étudié. Conseils sentimentaux, gestion de conflits personnels ou préparation d’entretien… L’IA s’invite dans des sphères de plus en plus personnelles. Certains utilisateurs et utilisatrices vont jusqu’à donner un prénom à leur chatbot ou à lui prêter un genre, et vivent une mise à jour de modèle comme une perte.
Les auteurs appellent à la prudence. Interrogé dans l’étude, Hamilton Morrin, chercheur en neuropsychiatrie au King’s College de Londres, estime que la difficulté d’accès aux soins de santé mentale explique en partie ce report vers l’IA, tout en rappelant qu’un chatbot généraliste ne remplace pas un professionnel formé.

Au travail, des gains réels mais marginaux
Troisième volet, l’entreprise. 63 des 100 principaux usages sont liés au travail ou s’y appliquent, mais il s’agit le plus souvent d’initiatives individuelles plutôt que de projets pilotés par la direction. Deux nouvelles entrées se détachent : les opérations agentiques autonomes (6e), encore expérimentales et souvent cantonnées à la conversion de notes, et le vibe coding (21e).
Les bénéfices, eux, restent modestes. L’IA sert surtout à gagner en efficacité (synthèse de notes, brouillons, recrutement), parfois à soutenir la croissance commerciale, rarement à repenser les processus en profondeur. Faute de cadre clair, le shadow usage se généralise : « Je clos deux fois plus de tickets, mais personne ne sait que j’utilise l’IA », rapporte un salarié. Un décalage entre collaborateurs et organisations déjà relevé dans le dernier Work Trend Index de Microsoft.

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