Profils hybrides, power skills, cybersécurité : l’ESGI adapte sa pédagogie aux besoins des entreprises

Comment former les experts informatiques à l’ère de l’IA et de la cybersécurité ? Nous avons interrogé Kamal Hennou, directeur de l’ESGI, sur l’adaptation de la pédagogie aux nouveaux enjeux du secteur.

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Pour Kamal Hennou, "l'expert de demain est un acteur stratégique, qui va comprendre aussi bien le volet business que les lignes de codes". © ESGI

Vous dirigez l’ESGI, l’école supérieure de génie informatique. Qu’est-ce qui a le plus changé dans le profil de l’ingénieur informatique recherché par les entreprises actuellement ?

Les entreprises recherchent des profils beaucoup plus hybrides pour répondre aux défis d’une automatisation de plus en plus croissante et d’infrastructures numériques plus complexes. Le métier d’informaticien tel qu’on le connaît aujourd’hui est en pleine mutation. Les recruteurs sont à la recherche de profils capables de participer à des enjeux majeurs, tels que la modification de la manière de coder, une implication plus experte dans les architectures informatiques.

À l’ESGI, nous adaptons notre pédagogie depuis de nombreuses années. Nous avons senti l’intelligence artificielle arriver. Nous mettons à jour nos enseignements et nos programmes pour former cette nouvelle génération d’experts hybrides.

Quelle est justement votre position sur l’IA, qui impacte de plus en plus les métiers de l’informatique ?

Chez nous, l’IA générative n’est pas considérée comme une menace. Il y a beaucoup de métiers qui la voient comme telle. Honnêtement, je la vois plutôt comme un outil d’aide à la collaboration. Elle améliore la capacité de raisonnement de nos jeunes, d’être davantage force de proposition.

Lorsque ChatGPT est arrivé (en novembre 2022, ndlr), on voyait l’IA générative encore comme une curiosité. Qui n’avait pas testé l’outil d’OpenAI ? Beaucoup de personnes ne se sont pas vues en danger par rapport à cette nouvelle technologie.

L’enjeu, ce n’est pas de coder contre l’IA, parce que l’IA, elle sera toujours un meilleur codeur que nous.

Aujourd’hui, dans la manière de faire de l’informatique, il faut en comprendre le fonctionnement et apprendre à coder avec l’IA. L’étudiant va se comporter comme un chef d’orchestre. Il va utiliser des agents autonomes pour générer du code plus riche et ce, en quelques secondes. C’est la raison pour laquelle nous orientons la compétence beaucoup plus vers la maîtrise de l’architecture et la résolution de problèmes de haut niveau.

Au lieu de perdre du temps à faire ses lignes de code, il va plutôt réfléchir à la manière de les implémenter dans un système beaucoup plus complexe, beaucoup plus riche.

En quoi l’hybridation des compétences est-elle devenue essentielle pour former les jeunes ingénieurs de demain ?

Au début, vous apprendrez à coder, en première, deuxième année. Ce sont les fondamentaux, et il faut en passer par là pour connaître et maîtriser les bases.

Ce qui fait aujourd’hui la valeur d’un diplômé à la sortie d’une école comme l’ESGI, c’est sa capacité à auditer, à optimiser et à intégrer toutes ces briques, qui sont générées par l’intelligence artificielle, dans des écosystèmes plus robustes.

L’hybridation des compétences, c’est le fait de prendre ce que nous donne l’IA, de le comprendre et d’être capable d’en tirer parti en l’implémentant dans une architecture beaucoup plus complexe.

Pourquoi la cybersécurité est devenue une compétence aussi incontournable pour tous les profils tech, même ceux qui ne se spécialiseraient pas dans ce domaine ?

Comme on code de plus en plus vite, on se retrouve avec une masse de code importante. Et plus on va générer du code, plus on risque d’augmenter la surface d’attaque. S’il est mal fait, s’il est produit à la va-vite, et si l’on n’a pas intégré la robustesse et des mécanismes de sécurité du code, on risque de générer des vulnérabilités exploitables par les hackers.

Aujourd’hui, la « security by design » n’est plus une option.

Les cyberattaques sont de plus en plus nombreuses et elles touchent tous les secteurs, des systèmes bancaires aux hôpitaux. Ce que l’on constate, c’est que ce n’est pas toujours un humain qui se trouve derrière l’attaque. Parfois, c’est l’IA. Pour pouvoir détecter ces nouvelles vulnérabilités, nos ingénieurs doivent quand même avoir un temps d’avance sur l’IA, c’est primordial.

Notre objectif à l’ESGI : former de véritables experts dans le monde de la cybersécurité qui puissent faire face aux attaques humaines ou celles de l’IA, et concevoir des systèmes résilients.

La cybersécurité est vraiment une composante que l’on doit intégrer dès le démarrage d’un projet informatique, car elle constitue la colonne vertébrale de toute infrastructure. À l’ESGI, chacune de nos onze spécialisations (voir ci-dessous, ndlr) intègre des modules pour apprendre ce combo, composé de la sécurité et de l’intelligence artificielle.

Les experts que nous formons doivent savoir maîtriser l’IA pour la faire travailler avec eux, et non pas contre eux.

Les spécialisations proposées par l'ESGI

L’ESGI propose un cursus de bac à bac+5 en alternance, dès la première année, avec onze spécialisations disponibles :

  • cybersécurité,
  • systèmes réseaux et cloud computing,
  • intelligence artificielle et big data,
  • architecture des logiciels,
  • ingénierie du web,
  • réalité virtuelle et jeux vidéo,
  • blockchain,
  • mobile et objets connectés,
  • ingénierie DevOps,
  • intelligence artificielle et business solutions,
  • management et conseil en système d’information.

Quid des soft skills ? En quoi font-elles aujourd’hui la différence sur le marché de l’emploi dans l’informatique ?

Lorsqu’on est dans une école d’informatique, qui est experte dans des domaines qui sont très tendance aujourd’hui, ce qu’il faut savoir, c’est que la technique n’est pas une finalité en soi. Les « matières dures », comme l’informatique, la programmation, la cybersécurité, l’intelligence artificielle, les mathématiques… tout cela est bien sûr très important. Mais à l’heure où tout ce qui est automatisable peut être approché par l’IA, qu’est-ce qui va nous différencier en tant qu’experts ? Ce sont les soft skills, mais je préfère le terme de « power skills ».

En quoi consistent ces power skills précisément ?

C’est l’esprit critique, l’intelligence émotionnelle ou encore la capacité à communiquer. Dans dix ans, le marché aura fortement changé. L’IA sera de plus en plus présente, partout dans le monde de l’informatique.

C’est la raison pour laquelle nous mettons l’accent sur ces power skills, pour que nos étudiants apprennent à vulgariser des enjeux de plus en plus complexes pour une audience moins technique, par exemple. Parce que l’IA, à ce moment-là, s’occupera de toute la partie automatisation.

Il faut prendre dès maintenant le train de l’IA.

Concrètement, comment l’ESGI intègre ces power skills dans sa pédagogie ?

Les projets sont au cœur de notre pédagogie. Ils permettent d’apprendre la gestion de projets, les relations humaines et la communication. Nous organisons des journées spéciales, les « Days » de l’ESGI, des conférences, des workshops, des ateliers pour discuter avec des experts du secteur. Les étudiants peuvent ainsi enrichir leur réseau. Dès la première année, nous proposons un bootcamp de huit semaines pour enseigner aux étudiants les hard skills et les power skills dès le début.

La vie associative de l’école est également très dynamique, avec notamment le programme « Open ». Il se compose de quatre axes : entreprise, challenge, esprit d’équipe et communication. Sans oublier les nombreux événements que nous proposons : hackathons, CTF (Capture The Flag, ndlr), etc.

Toutes ces initiatives permettent de développer les power skills de demain.

Les entreprises recherchent de plus en plus de profils dotés de ces compétences humaines, autour de la manière dont vous vous comportez, comment vous aidez les autres… Grâce à notre pédagogie par projet, nous travaillons sur tous ces axes.

Quels sont les nouveaux métiers qui tendent à émerger, à l’ère de l’IA ?

L’IA est en train d’adapter de nombreux métiers : elle en transforme certains, tandis que d’autres vont peut-être disparaître. Aujourd’hui, le marché de l’emploi ne se limite pas simplement à prendre de simples exécutants. Les recruteurs ont besoin de profils hybrides.

Ce sont des architectes de l’intelligence artificielle, qui sont à la fois éthiques, résilients, et qui intègrent aussi les enjeux de la sobriété numérique.

Comment apprendre à coder en étant moins gourmand en termes d’énergie, alors que l’IA est une technologie gourmande en ressources, en puissance électrique ? De nombreux projets se dessinent. Il y a un véritable enjeu pour nos ingénieurs informatiques de demain.

Devenir ingénieur, c’est aussi la capacité à s’adapter.

À l’ESGI, nous formons nos jeunes pour qu’ils s’adaptent. Dès la prérentrée, nous leur disons que l’IA n’est pas un frein et qu’ils devront l’intégrer au cœur de leur apprentissage. Elle ne doit pas être leur ennemie.

L’alternance occupe une place importante à l’ESGI. En quoi ce dispositif permet-il de développer la double compétence tech et business dont les entreprises ont de plus en plus besoin ?

L’ESGI mise en effet beaucoup sur l’alternance pour que nos étudiants puissent travailler sur des projets à l’école, mais aussi sur des projets concrets en entreprise. Pour moi, l’expert de demain est un acteur stratégique, qui va comprendre aussi bien le volet business que les lignes de codes, tout en étant capable de naviguer avec agilité dans un futur qui va être bouleversé par de nombreux changements.

Grâce à l’alternance, nos étudiants sont déjà opérationnels sur le terrain, ce qui est une véritable mine d’or pour les entreprises.

Ce dispositif présente aussi un avantage financier non négligeable : il permet de financer ses études tout en acquérant une expérience professionnelle concrète.

Quel conseil donneriez-vous à celles et ceux qui hésiteraient à choisir l’informatique et l’ESGI pour se former en 2026 ?

Si vous n’êtes pas passionné par le numérique, le digital, l’informatique, cela va être difficile aujourd’hui d’avancer. Si vous voulez faire de votre passion un métier, venez nous rejoindre à l’ESGI pour devenir les experts informatiques de demain !

Se former à l’informatique avec l’ESGI

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