« L’UX designer devient un architecte de la relation entre l’utilisateur et l’IA », Amélie Poirier (Niji)
Compétences attendues, outils à maîtriser, formations recommandées… Lead designer chez Niji, Amélie Poirier décrypte pour BDM les mutations du métier d’UX designer dans un secteur profondément transformé par l’IA.
En 2026, le métier d’UX designer est en pleine recomposition. L’essor de l’IA redistribue les cartes : les distinctions traditionnelles s’estompent, les compétences attendues s’élargissent, et le designer endosse un rôle de plus en plus stratégique au sein des équipes produit.
Mais quel parcours de formation faut-il privilégier pour faire carrière dans ce domaine ? Quels sont les outils à maîtriser ? Et quels sont les débouchés offerts aux profils qui souhaitent se lancer dans l’UX design ? Amélie Poirier, qui exerce la fonction de lead designer au sein de l’agence Niji, partage pour BDM sa vision d’un métier en mutation et ses conseils concrets pour y construire une carrière solide.

Amélie Poirier, Lead Designer, Agence Niji
Titulaire d’un bac+5 en arts appliqués, Amélie Poirier a débuté sa carrière dans le print pour des maisons de luxe, avant de pivoter vers le numérique (réalité virtuelle, réalité augmentée), puis l’UX/UI. Depuis plus de dix ans, elle exerce en agence, chez Niji, en tant que lead designer, avec une expertise en accessibilité numérique et écoconception.
Qu’est-ce qui caractérise le métier d’UX designer en 2026 ? En quoi consiste concrètement ce rôle aujourd’hui, selon vous ?
En 2026, le métier d’UX designer ne se résume plus à créer de jolies interfaces. Il consiste désormais à concevoir des systèmes intelligents capables d’interagir de façon autonome avec les utilisateurs. L’UX ne concerne plus seulement les écrans, mais plutôt la manière dont humains et machines se comprennent et travaillent ensemble.
On parle aujourd’hui d’UX agentique : une approche où l’utilisateur définit ses objectifs, et où des agents d’IA s’occupent du reste, ils planifient et exécutent les actions en arrière-plan, sans que l’on ait besoin de tout piloter en permanence.
Dans ce contexte, le rôle du designer évolue. Il doit avant tout instaurer un climat de confiance, pour que l’utilisateur comprenne ce que fait l’IA et puisse anticiper ses actions. Il doit aussi laisser du contrôle, en permettant d’intervenir, de corriger ou d’annuler si besoin. Et il doit clarifier les responsabilités, pour que l’on sache toujours ce qui relève de l’humain et ce qui vient de la machine.
Au final, l’UX designer devient moins un simple créateur d’interfaces qu’un véritable architecte de la relation entre l’utilisateur et l’intelligence artificielle.
UX designer, UI designer, UX/UI designer : ces distinctions ont-elles encore du sens en 2026, ou le marché attend-il désormais des profils maîtrisant l’ensemble de la discipline ?
Alors oui, les distinctions traditionnelles entre UX designer, UI designer ou UX/UI designer tendent à s’estomper. Aujourd’hui, on parle plutôt de Product designer, un profil hybride capable de naviguer entre différentes compétences.
On le répète encore, mais l’IA transforme nos métiers en rendant les designers plus transversaux : elle nous encourage à explorer des domaines techniques et à expérimenter de nouvelles approches avec aisance.
Notre expertise devient encore plus holistique : le designer n’est plus défini par une seule discipline, mais par sa capacité à comprendre et orchestrer un écosystème élargi d’outils et de savoirs.
À mon sens, l’IA permet d’amplifier notre rôle et élargit notre champ d’action.
Quelles sont les compétences techniques et les soft skills indispensables à maîtriser pour faire carrière dans ce domaine ?
Devenir designer au sens large, c’est trouver l’équilibre entre logique et intuition. Il faut savoir observer et comprendre les utilisateurs comme un chercheur, organiser l’information comme un architecte et imaginer des expériences fluides avec des outils comme Figma.
Mais la technique ne fait pas tout : sans empathie pour ressentir les besoins, sans esprit critique pour remettre en question ses idées, et sans communication pour convaincre et collaborer, le design reste superficiel.
Un bon designer ne se contente pas de créer des interfaces, il conçoit des expériences qui ont du sens, et qui sont utiles et durables !
Quels sont les profils qui réussissent le mieux dans cette discipline ? Faut-il nécessairement une formation technique initiale ?
Pour moi, ce sont avant tout des profils très curieux, qui aiment explorer et qui sont assez agiles dans leur façon de travailler. Ils ont aussi une vraie capacité à s’adapter selon les contextes et les secteurs.
Le relationnel joue énormément. Être à l’aise dans la communication permet de créer facilement du lien avec les différents métiers : designers, développeurs, product managers et business analysts.
Le conseil d'Amélie :
Je pense aussi que savoir échanger avec des profils techniques, c’est essentiel. Il faut comprendre leurs contraintes pour pouvoir construire des solutions ensemble, vraiment à la croisée du design et de la tech.
Quels outils, langages et/ou méthodologies un expert de l’UX design doit-il absolument maîtriser pour réussir dans ce domaine ?
Aujourd’hui, des outils, il y en a énormément sur le marché, difficile d’en citer un seul.
On parle de plus en plus de workflows basés sur l’IA dans leur globalité. Par exemple, on peut connecter le MCP de Figma avec d’autres MCP, comme celui de Claude, puis intégrer tout ça dans un éditeur de code. Et ça, c’est juste un exemple parmi beaucoup d’autres.
Les méthodologies UX à connaître en 2026
Sur le fond, les méthodologies UX restent globalement les mêmes.
On s’appuie toujours sur les grands incontournables :
- les critères de Bastien et Scapin,
- les lois UX, comme celles de Fitts, Miller ou Jakob,
- et bien sûr les ateliers de cadrage et de co-conception.
Ces ateliers sont essentiels, parce qu’ils impliquent directement les utilisateurs finaux dans la conception, que ce soit pour définir les besoins ou imaginer les solutions. Cette approche participative stimule la créativité des équipes et favorise l’innovation.
Le fait de faire travailler ensemble utilisateurs et designers permet vraiment de mieux comprendre les attentes, même celles qui ne sont pas forcément exprimées. Et, au final, cela facilite clairement l’adoption des interfaces que l’on conçoit.
Quel parcours de formation recommanderiez-vous à quelqu’un qui souhaite devenir UX designer ? Comment se former efficacement ?
Je recommanderais de passer par un diplôme en arts appliqués. On peut citer également, comme exemple, des écoles telles que l’École nationale supérieure de création industrielle (ENSCI), ou encore l’École de Design Nantes Atlantique, qui sont de très bonnes références.
Et puis, au-delà de la formation initiale, je pense que c’est essentiel de continuer à se former tout au long de sa carrière à travers les projets. Pour cela, des initiatives comme Le Laptop sont vraiment intéressantes.
Chez Niji, nous disposons d’une Niji Université, fondée sur une approche très concrète : apprendre directement à travers les projets, en développant les compétences au fil des missions. L’entreprise met ainsi à disposition de ses collaborateurs les moyens nécessaires pour se former en continu.
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Quels sont les débouchés possibles dans l’UX design ?
Les débouchés pour un designer, au sens large, sont assez variés. Classiquement, on peut travailler en agence, en startup ou dans de grandes entreprises, sur des projets digitaux comme des sites web, des applications mobiles ou des plateformes logicielles.
Mais le rôle peut aussi évoluer vers des postes plus stratégiques : UX researcher, product designer, design strategist, ou même UX lead et design manager. Certains choisissent aussi de se spécialiser dans l’accessibilité, l’UX writing ou la conception de services (service design).
En réalité, le métier reste très transverse : un designer travaille en étroite collaboration avec les développeurs, les product managers, le marketing ou encore les équipes business. Cela ouvre beaucoup de possibilités, en fonction des compétences et des centres d’intérêt de chacun.
Chez Niji, nous recrutons des profils de niveau C1, avec une forte appétence pour les outils actuels : des designers capables d’intégrer l’IA dans leur workflow (jusqu’à 60 % des tâches augmentées) et maîtrisant des outils comme Figma sur le bout des doigts.