Ingénierie IA : 4 nouvelles compétences pour les développeurs en 2026
Passé notamment par Google et Baidu, l’expert Andrew Ng a publié une carte des compétences d’ingénierie IA. Sa thèse : ces compétences deviennent le socle du métier de développeur et non la spécialité de quelques-uns.
Andrew Ng, co-fondateur de Coursera et de DeepLearning.AI, ancien patron de Google Brain, a publié une cartographie des compétences les plus recherchées en ingénierie de l’IA. Il la présente comme le fruit de l’analyse de plus de 10 000 offres d’emploi et de dizaines d’entretiens avec des experts et recruteurs. Sa conclusion est simple : ce ne sont pas les compétences d’un métier de niche qui émergent, c’est le socle du métier de développeur qui se déplace. On fait le point !
Quatre compétences tirées de 10 000 offres d’emploi
L’AI Engineering Skills Map a été mise en ligne mi-août 2026 dans The Batch, la newsletter de DeepLearning.AI. Elle a pour but, selon son auteur, d’aider les développeurs et les développeuses à hiérarchiser ce qu’ils apprennent, et les entreprises à repérer les profils compétents.
La carte retient quatre compétences de premier niveau :
- Construire et déployer des applications d’IA,
- Maîtriser les fondamentaux du génie logiciel,
- Savoir utiliser les agents de code,
- Cadrer ce qui doit être construit ou, dans la langue de Shakespeare, « shaping the build ».
Une précision de vocabulaire permet d’éviter une certaine confusion. Andrew Ng parle effectivement de compétences d’ingénierie de l’IA, et non du poste d’« AI engineer » à proprement parler, dont il juge le périmètre trop étroit. Il file une analogie avec le cloud : « Tous les développeurs savent aujourd’hui travailler avec le cloud, mais seulement un tout petit nombre porte le titre de cloud engineer », écrit-il.
Une seconde lettre a détaillé la première branche (construire et déployer des applications d’IA) le 21 août, en six volets. La prochaine doit porter sur le génie logiciel.
Un socle technique, puis la conduite des agents
Construire et déployer des applications d’IA
La première compétence porte sur la construction et le déploiement d’applications d’IA. Andrew Ng en situe la difficulté dans l’imprévisibilité des sorties, là où le logiciel traditionnel se comporte de façon régulière. La compétence décisive tient donc à la capacité de mener une boucle disciplinée d’évaluations et d’analyse d’erreurs.
Les fondamentaux du génie logiciel
La deuxième, les fondamentaux du génie logiciel, fonctionne comme un garde-fou. Comprendre les arbitrages entre coût, montée en charge, fiabilité et sécurité permet d’abord de reconnaître que ces arbitrages existent. Andrew Ng vise ici le vibe coding pratiqué sans bagage technique. Un « développeur inexpérimenté qui vibe code une solution sans connaître les arbitrages opérés par son agent de code » obtient de moins bons résultats, et ces arbitrages sont « souvent mauvais, parce qu’il ne sait pas quel contexte donner à son agent », explique-t-il.
L’usage des agents de code
La troisième brique, liée aux agents de code, décrit une conduite plutôt qu’un outil. Elle suppose de savoir :
- Gérer le contexte transmis à l’agent,
- Arbitrer entre planification et exécution,
- Fournir des vérificateurs pour que l’agent boucle en autonomie,
- Éviter qu’un agent n’aille abîmer une base de production.
Andrew Ng y ajoute une condition de méthode, puisque les pratiques évoluent vite. La compétence inclut donc le fait d’éprouver régulièrement de nouveaux outils.
Le cadrage devient le cœur du métier
La quatrième compétence porte l’angle le plus net de la cartographie. Comme les agents deviennent bons à livrer un cahier des charges clair, le travail d’ingénierie se déplace vers la décision de ce qui doit y figurer. « Les ingénieurs ne devraient plus s’attendre à se voir remettre une maquette au pixel près, avec pour seule mission de l’implémenter », écrit Andrew Ng. Il attend d’eux un sens du produit, ainsi qu’une compréhension du contexte commercial et des objectifs client.
Le prompt engineering absent ?
Aucune des quatre compétences ne mentionne le prompt engineering. Andrew Ng emploie en revanche l’expression « context engineering » parmi les briques de base de l’IA. La formulation d’une requête se retrouve absorbée dans une compétence plus large, à savoir décider ce qui entre dans la fenêtre de contexte.
Une cartographie trop tournée vers la construction ?
Interrogés par ZDNet, plusieurs praticiens reprochent à la carte d’être pensée depuis la position de celui qui construit, et non de celui qui exploite. Andy Thurai, fondateur de The Field CTO, y voit « un cadre dangereusement étroit pour l’entreprise », marqué par un angle mort qu’il nomme le « biais du constructeur ». En entreprise, selon lui, le plus difficile n’est plus de construire l’intelligence mais de l’orchestrer, de l’observer et de la payer.
Deepika Sidana, senior manager en ingénierie logicielle chez American Express, juge dans les mêmes colonnes ces quatre compétences utiles mais insuffisantes prises isolément. Les ingénieurs doivent aussi comprendre « le problème métier, le parcours client, le risque, les exigences de conformité et les conséquences d’une défaillance ».
En France, le socle bouge plus vite que la porte d’entrée
Les cadres informaticiens restent les profils les plus recherchés du secteur privé, avec 61 160 recrutements prévus en 2026 selon l’Apec, en hausse de 4 % sur un an. Sur l’ensemble du marché cadre en revanche, les recrutements de profils comptant moins de six ans d’expérience ne progresseraient que de 1 %.
Une note de conjoncture de l’Insee relève un recul de 3 % de l’emploi salarié dans les activités informatiques et les services d’information entre fin 2023 et fin 2025. Et c’est l’emploi des juniors qui y baisse, quand celui des profils expérimentés progresse. Le socle décrit par Andrew Ng se déplace au moment où la marche d’entrée dans le métier se relève.
Côté usage, la pratique est déjà massive. Notre enquête annuelle sur l’IA générative montre que 86 % des répondants exerçant un métier du développement utilisent au moins un outil de génération de code. Le développeur web freelance Jonathan Boyer plaçait pour sa part les compétences décisives du côté de la patience, de l’anglais et du travail en équipe plutôt que de la seule technique.
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