Débat : la curation, réelle plus-value ou aspirateur à contenus ?

Après le débat sur la baisse du reach Facebook, nous vous proposions récemment de donner votre avis sur l’intérêt des réseaux sociaux d’entreprise. Les deux intervenants, Anthony Poncier et Chob, ont partagé des avis au final assez proches, insistant sur le fait que les RSE peuvent être utiles mais qu’ils ne constituent pas la solution miracle aux problèmes des entreprises. Vous étiez d’ailleurs plutôt d’accord, puisque 81% d’entre vous jugent que les réseaux sociaux d’entreprise ont un intérêt.

Cette semaine, place au débat sur la curation ! C’est un vaste sujet : un concept adulé par certains, critiqué par d’autres. Pour en parler, nous avons fait appel à Jérôme Deiss, chargé d’édition numérique pour France Télévisions, et Tomate Joyeuse, qui anime un blog éponyme. Découvrez leur avis et n’hésitez pas à prendre part au débat ! Vous pouvez voter en un seul clic à la fin de l’article, découvrir les résultats et réagir en postant un commentaire.

La curation, réelle plus-value ou aspirateur à contenus ?

« Véritable tendance, la curation est un sujet qui passionne les professionnels du web. Certains expliquent que cette pratique valorise l’expertise des acteurs, des internautes aux entreprises. D’autres comparent la curation au duplicate content et ne comprennent pourquoi on s’obstine à allonger le chemin vers l’information quand on partage des liens. Mais alors, qu’est-ce que la curation : du partage pertinent d’information ou un vol scandaleux des articles publiés par d’autres sur Internet ? L’action de rassembler des contenus crée-t-elle de la valeur ? Quid de la paternité des contenus? »

curation

Jérôme Deiss : « la curation consiste à remettre le regard, et le geste humain au cœur du web »

La curation de contenu se définit comme un processus rassemblant cinq phases : la définition d’un périmètre de recherche, l’agrégation puis le tri des sources de contenus, l’éditorialisation et enfin le partage. L’étape clé de la curation en est « l’éditorialisation ». C’est aussi ce qui la distingue du « duplicate content » et du social bookmarking.

La curation consiste à remettre le regard, et le geste humain au cœur du web : face à la masse toujours croissante d’information circulant sur internet, le curateur organise le contenu existant, en l’enrichissant (par des liens connexes, un point de vue…). En aucun cas il ne s’agit de copier/coller une partie, ou l’ensemble d’un article.

L’allongement du chemin vers la source ne peut constituer un reproche à la curation : combien de blogs, de plateforme de partage, de sites web, placent un interstitiel publicitaire obligeant l’internaute à attendre x secondes, ou à cliquer sur un lien pour accéder à la source du contenu ? C’est aussi méconnaître l’existence de certaines plateformes de curation qui permettent (nativement ou en version premium) d’utiliser le lien direct de la source lors du partage de la curation.

De plus, la curation agrège du contenu autour d’une thématique donnée, ce qui représente un double avantage pour le curateur : cette démarche le positionne comme « expert » sur une thématique et lui permet d’échanger plus facilement avec ses pairs.

Mais la curation ne peut vraiment devenir une vertu que si elle s’accompagne d’une éthique irréprochable. Il ne faut jamais oublier que l’on manipule le contenu d’autrui, ce qui implique de considérer l’honnêteté intellectuelle comme une valeur phare.

Tomate Joyeuse : « les plateformes de curation favorisent le parasitisme économique »

Beaucoup font de la curation dans une idée de partage, d’autres vont l’utiliser pour se faire (volontairement ou involontairement) une réputation, une expertise qu’ils n’ont pas, sur le travail (voire le labeur) de blogueurs qui n’en tirent aucun bénéfice. Comme le souligne Frédéric Martinet, à juste titre, dans son excellent article  La curation c’est de la merde : « Les plateformes de curation favorisent le parasitisme économique ».

La curation se fait au détriment des droits d’auteurs et ne participe pas dans certains cas au référencement du blog.

Des curateurs vont partager directement un article de blog sur Scoop.it et le propulser automatiquement sur d’autres sites, ainsi le site de curation et le curateur sont mis en avant. Dois-je travailler gratuitement pour une entreprise ou des experts web qui utilisent beaucoup cet outil ? C’est pourquoi mon blog Tomate Joyeuse est protégé de tout scoop, ce qui n’a pas affecté son trafic.

Pinterest (premier site référent de mon blog) est différent : la description du pin est limitée. De plus, le blogueur peut ajouter des épingles enrichies ce qui facilite la reconnaissance visuelle de la paternité d’un article, car beaucoup ne partagent pas les pins correctement.

Toutefois des artistes ne voient pas d’un très bon œil cet outil de curation, comme le blog Creators Against Pinterest, Pinterest Out qui considère qu’ils détruisent leur gagne pain.

Qu’en pensez-vous ?

Vous avez la parole ! Prenez par au vote et n’hésitez pas à laisser un commentaire !

Commentaires

  1. Stéphanie
    11 juin 2014 - 16h09

    J’aime bien la notion de curation éthique lue ici et assez parlante http://www.veille-ouest.fr/2014/01/mini-guide-du-curateur-ethique/
    Et puis l’idée que le curateur, comme le veilleur, va aussi faire ressurgir le bon contenu au bon moment, transmis d’une façon pertinente. Dans le meilleur des mondes bien sûr…

  2. Martine
    11 juin 2014 - 17h12

    Bonjour,
    J’avoue ne pas du tout comprendre la position de Tomate Joyeuse !!!

    Déjà si on utilise un pseudo comme ça, comment les personnes intéressées peuvent elles lui porter un crédit de droit d’auteur ????
    Pas forcément facile de mettre un lien sur linkedin en créditant « Dans cet article de Tomate Joyeuse… » !!! Désolée, mais dès le départ, ce n’est pas possible, ça ne fait vraiment pas sérieux.
    D’autant plus que quand je partage un article sur Linkedin je mets aussi le lien vers le profil Linkedin de l’auteur !!! Deuxième impossibilité !
    En fait, j’ai du mal à concevoir la position de réclamer la légitimité d’auteur (ce que je trouve TOUT à FAIT LEGITIME ET NORMAL en soi qu’on se comprenne bien) avec l’utilisation d’un PSEUDO; Pour moi, il y a déjà non sens et incohérence au départ.

    Et puis, si on écrit mais sans vouloir que personne ne partage l’article, heu ben, là aussi, je ne comprends pas la démarche.

    Si on ne veut rien partager avec personne on publie un livre papier mais on utilise même pas le web !

    Partager un lien en expliquant pourquoi on le fait et en mettant l’auteur en avant est un acte généreux en soi et valorisant pour l’article et l’auteur… si il est impossible de comprendre cela, c’est qu’il ne faut pas même pas être sur les réseaux sociaux ….

  3. Jerome Deiss
    12 juin 2014 - 7h36

    Le débat est intéressant je vais juste me permettre de répondre à quelques arguments de TJ (Tomate Joyeuse).

    « …blogueurs qui n’en tirent aucun bénéfice »

    La curation pour un blogueur lorsqu’elle est bien faite peut-être un réel bénéfice :

    1) Pour ses propres articles :

    – Scoop.it (puisque tu nommes cette plateforme) colle parfaitement à l’algorithme de Google, représente une source de trafic important Juillet à Decembre 2013 pour mon blog : 23% des sessions sur mon blogs (source Google Analytics).

    2) Pour les articles d’autrui :

    Il faut ouvrir son esprit aux contenus des autres et les rediffuser à son audience quand on pense qu’ils sont pertinents, la valeur d’un contenu c’est aussi celle de la découverte.

    3) Sur la définition de la curation

    – Je ne suis pas d’accord avec la définition, de l’article de Fred (que j’apprécie) « La curation c’est de la merde » date de 2011 son constat de départ n’est pas la définition de la curation mais plutôt du social bookmarking je cite « …Curater (ou curer en fait… Je sais pas…) c’est quoi ? C’est s’abonner à des sources d’information, lire des blogs, des sites webs et sélectionner des passages, des contenus que l’on va agréger dans un même espace…. »

    4) Le ROI des blogs…

    « Dois-je travailler gratuitement pour une entreprise ou des experts web qui utilisent beaucoup cet outil ? »
    Je ne sais pas si ton blog est la source principale de ton revenu, je me souviens que tu as écrit en commentaire sur ton blog « La curation ne paie pas les croquettes de mon chat » Ce n’est pas le but des plateformes de curation, le partage est l’ADN du Web sans celui-ci pourquoi être sur Internet ? C’est un peu être en mode Content-Selfie…

13 commentaires supplémentaires

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