Ce qu’on a lu, vu, aimé et entendu en mars 2026 : les recos de la rédaction
Au programme : une newsletter sur le journalisme qui se réinvente, une question provocante sur le plagiat, une étude qui interroge nos façons d’apprendre, un gadget IA pratique et une créatrice YouTube à ne pas manquer.
Chaque mois sur BDM, les membres de la rédaction vous partagent une découverte, un contenu ou une tendance qui les a marqués. Bienvenue dans les Recos de la rédac !
La recommandation d’Étienne : Publishers, la newsletter qui donne la parole à ceux qui fabriquent l’information autrement
Raconter « l’histoire de celles et ceux qui informent sur Internet », à l’heure où la production journalistique se pluralise et s’émancipe, parfois, des grands titres généralistes, pour se déployer aussi sur les plateformes, de Substack à Patreon en passant par YouTube. C’est la mission que s’est fixée le journaliste Harold Grand avec sa newsletter Publishers, accessible gratuitement sur Substack. Un chantier exigeant, même pour quelqu’un qui revendique deux grandes passions, au-delà de la Formule 1 : l’innovation média et la « creator economy ».
Un vendredi sur deux, en marge de son poste de responsable adjoint au service vidéo des Échos, qui l’amène à notamment superviser leur (excellente) chaîne YouTube cumulant plus de 400 000 abonnés, il donne la parole à ces « créateurs d’info » qui réinventent leur pratique hors des canaux établis, le temps d’un grand entretien. « J’ai envie de savoir comment ils travaillent, comment ils perçoivent aujourd’hui leur métier, comment ils voient l’avenir. Et de vous les faire connaître », écrivait-il dans le premier numéro.
Depuis le lancement de Publishers, en septembre 2025, il a ainsi pu interviewer Becca Farsace, ancienne journaliste de The Verge qui trace désormais sa route en indépendante sur YouTube, le journaliste Paul Bonnaud, qui signe et incarne des vidéos totalisant plusieurs millions de vues pour l’Équipe, ou plus récemment Julien Potié, ex-producteur d’Hugo Décrypte. Chaque numéro se referme sur la rubrique « Dans mes onglets » : une sélection d’articles commentés, où Harold Grand met en lumière certaines innovations, et livre ses conclusions sur ce qu’elles impliquent.

La recommandation de José : un article sur le plagiat, paru dans The New Yorker
Dans le snob mais stimulant magazine The New Yorker, le journaliste et critique cinéma Anthony Lane pose une question provocante : le plagiat est-il si grave ? Une interrogation animée par la place incontournable prise par l’IA dans la conception de contenus de toute sorte. Car le bien-fondé d’utiliser l’IA n’est, selon le journaliste, presque plus questionné, seule compte la dissimulation. En témoigne l’apparition d’ « humanizers », à propos desquels l’auteur ne peut s’empêcher d’ironiser.
Ce que je trouve presque attendrissant dans ces outils, c’est à quel point ils sont… humains. Ils partent du principe, avec une franchise joyeuse, que nous sommes des êtres faillibles condamnés à tricher. Non seulement nous ne sommes plus capables de penser ou d’écrire seuls, mais nous ne pouvons même pas nous en empêcher, alors la technologie vient nous épargner cet effort.
Si, aujourd’hui, le plagiat frappe son auteur du sceau de l’infamie, sa perception a largement évolué au fil du temps. L’article rappelle que nombre d’artistes historiques, de Raphaël à Shakespeare, ont pratiqué le plagiat à une époque ou, loin d’être condamné, celui-ci était perçu positivement. Et à ce jour, ce qui constitue un plagiat reste difficile à définir, et sa gravité dépend parfois davantage de questions contextuelles que de la réelle ressemblance de l’œuvre avec son modèle.
« Quel type de victime est-on, quand on est plagié ? On n’a rien perdu de matériel. Peut-être un peu d’orgueil artistique, et encore. Certains peuvent même en tirer une certaine satisfaction, flattés d’être copiés », écrit Anthony Lane, qui ose : « Il est peut-être nécessaire de réviser le récit établi. Il y a toujours eu, semble-t-il, des esprits pointilleux qui trouvent à redire au plagiat et refusent de le considérer comme une simple imitation respectueuse. Ce serait assurément une erreur de considérer comme propre à notre époque l’angoisse malsaine qui entoure le plagiat actuel, facilité par l’IA ; la technologie est sans précédent, mais pas l’état d’esprit. »

La recommandation d’Alexandra : une étude d’Anthropic sur l’impact de l’IA sur l’acquisition de compétences
Ce mois-ci, c’est l’étude d’Anthropic « How AI Impacts Skill Formation », qui a retenu mon attention. Elle a été publiée le 3 février 2026 sur la plateforme arXiv par les chercheurs Judy Hanwen Shen et Alex Tamkin, dans le cadre du programme Anthropic Safety Fellows.
Une expérience menée auprès de 52 développeurs, sur le modèle GPT-4o d’OpenAI, montre qu’utiliser un assistant IA pour apprendre une nouvelle compétence réduit de 17 % les performances, sans pour autant accélérer l’exécution de la tâche accomplie. L’étude indique que c’est l’exposition aux erreurs qui forge la compétence, et l’IA en prive l’apprenant. Poser des questions conceptuelles, demander des explications et rester cognitivement actif permettent de conserver un bon niveau d’apprentissage, et ce même avec l’IA. Ce n’est pas l’outil qui pose problème, c’est la délégation passive qu’en fait l’humain. Tout dépend donc de la manière dont on utilise l’IA…

Appliquée au milieu professionnel, l’étude d’Anthropic pointe une « tension » spécifique : la compétence qui s’atrophie le plus vite, ici le débogage, est précisément celle dont les entreprises ont le plus besoin à mesure qu’elles confient davantage de code à l’IA. L’article de l’Usine Digitale, qui relaye ce propos, mentionne aussi la notion d’ « exosquelette cognitif » : l’IA augmente les capacités immédiates sans les consolider, et une fois l’outil retiré, les performances reviennent à leur niveau initial. L’enjeu pour les organisations n’est donc pas seulement de maximiser les gains de productivité, mais de concevoir des pratiques de travail qui préservent l’expertise sur le long terme, en particulier pour les jeunes talents qui entrent sur le marché de l’emploi.
L'éclairage du fondateur de Doctissimo
La recommandation de Matthieu : Plaud Note Pro, le dictaphone boosté à l’IA
Pour avoir passé de très (trop ?) nombreuses heures sur le dérushage d’interviews, je reconnais que l’arrivée de l’IA dans le processus a représenté un grand soulagement. La transcription automatisée s’est améliorée sans commune mesure, au point qu’apparaissent des appareils comme ce Plaud Note Pro que nous avons eu l’occasion de tester.
Tout juste plus grand et épais qu’une carte bancaire, il permet à la fois d’enregistrer, transcrire et, au besoin, résumer des séquences audio. Particulièrement utile lors d’entretiens ou de réunions, il propose rapidement une transcription de qualité, avec identification des locuteurs, en s’appuyant sur des modèles d’IA récents. Aimanté au smartphone, il est également capable d’enregistrer un échange téléphonique avec une bonne qualité.
Le Plaud Note Pro manque peut-être d’un peu de gain audio, ce qui peut poser problème dans une grande salle de réunion par exemple, et peine parfois à identifier les intervenants lorsque ceux-ci sont nombreux. Néanmoins, il se révèle très pratique pour les métiers de la communication et des médias notamment. À tester !

La recommandation d’Appoline : la créatrice de contenu Amy Plant
Si vous passez autant de temps que moi sur YouTube, vous savez à quel point l’algorithme peut vous emmener loin de votre point de départ. C’est là l’un des avantages de la plateforme ; découvrir de nouveaux créateurs sans se sentir enfermé dans une bulle de filtres, contrairement à d’autres réseaux sociaux. Ce mois-ci, YouTube m’a conduite vers la chaîne d’Amy Plant, et c’était une très bonne idée.
Amy Plant, de son vrai prénom Emma, est une vidéaste française qui parle du monde technologique qui nous entoure, du code aux algos en passant par l’intelligence artificielle. Elle rend ces sujets accessibles sans les dénaturer, avec un sens du storytelling qui attrape et retient. Chaque vidéo ressemble moins à un tutoriel qu’à une invitation dans son monde, où elle raconte, questionne, expérimente.
Parmi les vidéos binge-watchées ces dernières semaines, je recommande particulièrement son expérience où elle code un algorithme qui reconnaît des inconnus grâce aux lunettes Meta, et, plus récemment, sa vidéo sur les ordinateurs quantiques qui nous plonge dans un environnement aussi complexe qu’intriguant. L’enquête où elle démontre comment une simple photo de vacances postée sur Instagram peut permettre de retrouver son auteur est également à voir.
Ce qui plaît également, c’est de voir une femme dans un domaine encore très masculin. La vulgarisation tech sur YouTube reste largement dominée par des hommes, et Amy Plant s’y impose avec un naturel évident. Pour des jeunes filles qui douteraient de leur place dans la tech ou l’informatique, son exemple est une belle réponse.