La polémique autour de Discord peut-elle ressusciter TeamSpeak ?

En introduisant maladroitement son système de vérification d’âge, Discord pourrait bien relancer un vieux rival qui n’en demandait pas tant.

teamspeak-retour
TeamSpeak, dont la première version publique date de 2001, avait été ringardisé par Discord au milieu des années 2010. © Postmodern Studio - stock.adobe.com

Discord peut-il perdre son statut hégémonique auprès des joueurs ? Cette éventualité, encore impensable il y a quelques semaines, prend désormais de l’épaisseur après le tollé provoqué par l’introduction du système de vérification d’âge, début février. Depuis plusieurs jours, des milliers de mécontents se mettent en quête d’une alternative crédible avant l’échéance de mars, période à laquelle ce dispositif, considéré par certains comme trop intrusif, doit théoriquement être généralisé.

Si le scénario d’un exode, encore hypothétique à ce stade, venait à se confirmer, plusieurs prétendants semblent en position d’en tirer profit. À commencer par TeamSpeak, que Discord a contribué à ringardiser au milieu des années 2010.

Un système de vérification d’âge qui passe mal

Pour comprendre l’ampleur de la crise, il faut revenir à l’annonce qui l’a déclenchée. Le 9 février 2026, Discord officialisait, par voie de communiqué, l’introduction dès mars d’un système de vérification d’âge, destiné à restreindre l’accès aux contenus et salons réservés aux adultes. Le mécanisme, baptisé Teen-by-Default et déjà déployé au Royaume-Uni et en Australie — premier pays à avoir légalement interdit les réseaux sociaux aux moins de 16 ans —, prévoit également, pour les mineurs, la réception d’alertes lors de demandes d’amis émanant d’inconnus, ou la redirection automatique de leurs messages vers une boîte de réception séparée. « Dans le cadre de cette mise à jour, tous les nouveaux utilisateurs et les utilisateurs existants dans le monde entier bénéficieront par défaut d’une expérience adaptée aux adolescents, avec des paramètres de communication mis à jour, un accès restreint aux espaces soumis à une limite d’âge, et un filtrage de contenu qui préserve la confidentialité », était-il précisé.

Pour afficher ce contenu issu des réseaux sociaux, vous devez accepter les cookies et traceurs publicitaires.

Ces cookies et traceurs permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d’intérêt.Plus d’infos.

Accepter

Autrement dit, dès le mois de mars, tout utilisateur sera considéré comme mineur par défaut et devra théoriquement se soumettre à un contrôle pour regagner accès à ces contenus sensibles. Pour sortir du Mode adolescent, Discord prévoit deux méthodes : un selfie vidéo, analysé par un logiciel capable d’estimer l’âge à partir des traits du visage — un procédé déjà adopté, par exemple, par les sites pour adultes en France —, ou la transmission d’un document d’identité. À l’échelle des plateformes sociales ou des services de messagerie, le dispositif déployé par Discord est inédit. Et il a reçu un accueil glacial de la part de sa communauté, logiquement méfiante au vu de l’histoire récente. Il y a quelques mois, une attaque ciblant un sous-traitant de Discord, 5CA, avait entraîné une fuite de données. 70 000 documents d’identité, fournis dans le cadre d’un processus de vérification d’âge, s’étaient alors retrouvés dans la nature, indique Le Monde.

Plombée par le contexte et ses explications maladroites, la plateforme traverse une période délicate depuis la publication de ce communiqué, accusé par de nombreux utilisateurs de les contraindre à sacrifier leur anonymat en ligne pour accéder pleinement à ses services. Le 10 février, dans un long message sur X, elle a été obligée d’apporter des précisions pour dissiper les incompréhensions. Elle a rappelé que la grande majorité des utilisateurs pourrait « continuer à utiliser Discord comme aujourd’hui, sans jamais avoir à confirmer leur âge », que la plupart d’entre eux « n’accèdent pas à ces contenus et n’auront jamais à se soumettre à une reconnaissance faciale ni à une vérification d’identité ». Et, surtout, qu’elle disposait déjà d’un modèle d’apprentissage, conçu en interne, pour déterminer « avec une grande fiabilité » l’âge associé à de nombreux comptes à partir d’une série de signaux, dont des données d’activité ou des informations liées à l’appareil. « Cela permet à de nombreux adultes d’accéder aux fonctionnalités adaptées à leur âge sans avoir à effectuer de vérification d’âge », pouvait-on lire.

Une communauté en colère, des alternatives qui explosent

L’annonce de cette mise à jour n’a pas simplement suscité l’indignation, elle conduit aussi des milliers de joueurs à chercher une porte de sortie. Selon le média spécialisé Windows Central, dès le 10 février aux États-Unis, le volume de requêtes « supprimer Discord » avait doublé par rapport au mois précédent, tandis que les recherches d’alternatives à la plateforme bondissaient de 10 000 %. À en croire les données provenant de Google Trends, l’intérêt autour de ces requêtes était tout aussi grandissant en France sur la même période.

Les utilisateurs français songent aussi à déserter. © Google

Mais alors, si la parole laisse place aux actes et que l’exode se confirme, qui en profitera ? Considéré comme un clone open source de Discord, Stoat semble taillé pour accueillir les fuyards. Aux États-Unis, toujours selon Windows Central, le nombre de recherches liées à cette messagerie gratuite, qui s’appelait encore récemment Revolt, a bondi de 9 900 % le 10 février dernier. Encore relativement jeune, le logiciel mise sur la même architecture, mais reste amputé de quelques fonctionnalités clés.

« It’s time to ditch Discord »

Parmi les autres prétendants, le plus inattendu est sans doute TeamSpeak, que l’on aurait pu légitimement croire mort et enterré. Lancé publiquement en 2001 et ayant atteint son apogée dix ans plus tard, avec la sortie de sa version 3.0, ce dinosaure du VoIP — dont la phrase « user disconnected from your channel » résonne encore dans la mémoire de ceux qui ont passé trop de nuits sur World of Warcraft et dilapidé trop d’euros au cybercafé —, semble connaître un regain d’intérêt dans plusieurs régions du monde. C’est, en tout cas, ce qu’affirme son éditeur, entre deux mèmes raillant la situation délicate dans laquelle son rival s’est embourbé.

Pour afficher ce contenu issu des réseaux sociaux, vous devez accepter les cookies et traceurs publicitaires.

Ces cookies et traceurs permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d’intérêt.Plus d’infos.

Accepter

Le 14 février, TeamSpeak annonçait sur X faire face à « un afflux considérable de nouveaux utilisateurs », saturant sa capacité d’hébergement dans plusieurs régions américaines, tout en précisant travailler à l’élargissement de son service à d’autres zones du monde. L’éditeur, qui conserve une base fidèle dans certaines communautés de joueurs — notamment sur Overwatch, selon le média spécialisé Kotaku —, joue pleinement la carte de la différenciation. Sur son site officiel, TeamSpeak met en avant une « architecture décentralisée », une « sécurité de niveau militaire » et une « confidentialité au cœur du produit ». Un vocabulaire qui n’a visiblement pas été choisi au hasard.

Pour afficher ce contenu issu des réseaux sociaux, vous devez accepter les cookies et traceurs publicitaires.

Ces cookies et traceurs permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d’intérêt.Plus d’infos.

Accepter

Au-delà de son aura auprès des vétérans, TeamSpeak dispose d’un autre atout : celui de s’être réinventé il y a quelques mois et d’avoir définitivement abandonné son design austère. En janvier 2025, dans une relative indifférence, il faut l’admettre, la plateforme déployait une mise à jour majeure, la version 6.0, lui offrant une interface entièrement repensée, une gestion simplifiée des serveurs et, surtout, une fonctionnalité de partage d’écran. Suffisant pour convaincre certains déserteurs et s’offrir une seconde jeunesse ? Réponse en mars.

Sujets liés :
Publier un commentaire
Ajouter un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Les meilleures messageries instantanées