Les métiers les plus menacés par l’IA : rédacteurs, développeurs, designers…

Une étude américaine classe 784 métiers selon leur vulnérabilité réelle à l’IA, avec des projections de pertes d’emploi allant jusqu’à 57 %.

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Près de 57 % des postes de rédacteur pourraient être supprimés à cause de l'IA. © Tufts University

Rédacteurs, développeurs, designers web… Les métiers les plus qualifiés du numérique figurent en tête des emplois que l’IA pourrait supprimer d’ici deux à cinq ans. C’est le constat d’un index inédit publié par l’université de Tufts (Boston), l’American AI Jobs Risk Index, qui classe 784 métiers selon leur vulnérabilité réelle à l’intelligence artificielle.

Centrée sur le marché du travail américain, l’étude ne mesure pas seulement ce que l’IA pourrait théoriquement toucher, elle projette les pertes d’emploi concrètes et les chiffre en revenus perdus. Ses données croisent la base O*NET, l’Anthropic Economic Index et les travaux de Microsoft Research. Si les résultats portent sur les États-Unis, les métiers identifiés comme les plus vulnérables correspondent à ceux exercés par les professionnels et professionnelles du digital en France et en Europe.

Consulter l’étude complète

Les 20 métiers les plus menacés de suppression par l’IA

L’index ne se limite pas à l’exposition à l’IA, il projette la vulnérabilité réelle de chaque métier à des suppressions de postes. Voici les 20 métiers les plus menacés, avec le pourcentage de postes susceptibles d’être supprimés d’ici deux à cinq ans aux États-Unis :

  1. Rédacteurs et auteurs : 57,4 %
  2. Développeurs informatiques : 55,2 %
  3. Designers web et d’interfaces numériques : 54,6 %
  4. Éditeurs : 54,4 %
  5. Métiers des sciences mathématiques : 47,6 %
  6. Développeurs web : 46,2 %
  7. Architectes de bases de données : 46 %
  8. Analystes en recherche opérationnelle : 45,1 %
  9. Scientifiques de l’atmosphère et de l’espace : 44,2 %
  10. Sociologues : 43 %
  11. Rédacteurs techniques : 42,4 %
  12. Statisticiens : 42,1 %
  13. Politologues : 40,3 %
  14. Administrateurs de bases de données : 39 %
  15. Spécialistes en relations publiques : 37,3 %
  16. Chercheurs en sciences sociales : 37,3 %
  17. Data scientists : 37,2 %
  18. Conseillers financiers personnels : 37,1 %
  19. Testeurs QA logiciel : 36,4 %
  20. Assistants de recherche en sciences sociales : 36,1 %

Le classement ne s’arrête pas là. Les analystes d’études de marché et spécialistes marketing (35,5 %), les analystes de l’information, reporters et journalistes (35,4 %) ou encore les interprètes et traducteurs (34,2 %) figurent juste derrière, dans le top 25.

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Les métiers les plus et les moins exposés à l’IA. © Tufts University

À l’opposé, des centaines de métiers affichent un taux de perte projeté de 0 % : maçons, masseurs, couvreurs, brancardiers ou encore cuisiniers en restauration rapide. Comme le résument les chercheurs, « les métiers que l’IA ne peut pas toucher sont en grande partie ceux que l’économie a toujours sous-valorisés ».

Les métiers que l’IA ne peut pas toucher sont en grande partie ceux que l’économie a toujours sous-valorisés.

Par secteur d’activité, les services d’information arrivent en tête (18,3 % d’emplois menacés), devant la finance et l’assurance (16,5 %), les services professionnels, scientifiques et techniques (15,6 %) et le management d’entreprises (14,1 %). À l’échelle des États-Unis, l’étude projette 9,3 millions d’emplois menacés dans son scénario médian (entre 2,7 et 19,5 millions selon les hypothèses d’adoption), pour un impact estimé à 757 milliards de dollars de revenus annuels, « l’équivalent de l’économie de la Belgique », résume l’étude.

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Par secteur, les métiers de l’information arrivent en tête. © Tufts University

« La promesse de productivité de l’IA est un pipeline de déplacement »

Le constat le plus marquant de l’étude tient en un paradoxe, résumé par les chercheurs en une formule : « La promesse de productivité de l’IA est un pipeline de déplacement. » C’est-à-dire que les métiers où l’IA augmente le plus la productivité sont aussi ceux qui affichent les pertes d’emploi les plus élevées. La corrélation est nette : pour chaque point de pourcentage d’automatisation supplémentaire, l’index projette 0,75 point de perte d’emploi. Ainsi, lorsque l’IA accroît significativement l’efficacité d’un ou d’une salariée, les organisations peuvent produire autant avec moins de personnes, réduisant d’abord les embauches sur les postes juniors.

Cette dynamique inverse les schémas historiques de l’automatisation. Ce ne sont plus les emplois manuels et peu qualifiés qui sont en première ligne, mais les métiers à forte composante cognitive (programmation, rédaction, analyse financière, design…). En revenus absolus, les pertes les plus lourdes ne frappent d’ailleurs pas les mêmes métiers que le classement par pourcentage. Ce sont les développeurs et développeuses software, les analystes en management et les spécialistes marketing qui concentrent l’essentiel de l’impact, en raison de leurs salaires jugés élevés et du volume de travailleurs concernés.

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Métiers dont les tâches sont le plus automatisables. © Tufts University

Autre donnée parlante, 38 % des travailleurs et travailleuses américains occupent des métiers considérés comme protégés de l’IA, mais ces emplois sont aussi les moins bien rémunérés du marché. « La zone protégée est la zone de quasi-pauvreté », formulent les chercheurs. En outre, plus d’un million de personnes dont le métier consiste à étudier, développer ou documenter l’IA font elles-mêmes face à des taux de déplacement compris entre 26 et 55 %.

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Ratio entre automatisation potentielle des tâches et vulnérabilité du métier. © Tufts University

Des signaux déjà visibles en France

Ces projections américaines trouvent un écho dans les données françaises. Comme nous le rapportions récemment, une analyse de l’Insee montre que l’emploi des moins de 30 ans recule déjà dans les secteurs de l’informatique et des services d’information en France : -7,4 % sur un an au quatrième trimestre 2025, alors que l’activité de ces secteurs continue de croître. Le mécanisme identifié par l’Insee est le même que celui décrit par Tufts, avec un ajustement qui passe d’abord par un ralentissement des embauches sur les postes juniors, plutôt que par des licenciements.

L’étude entre dans un champ de recherche de plus en plus dense. Anthropic avait introduit en mars sa propre métrique d’exposition réelle (l’observed exposure), tandis que Microsoft Research a publié un classement similaire basé sur les données d’usage de Copilot. L’American AI Jobs Risk Index se distingue en passant de l’exposition à la vulnérabilité. Là où les études précédentes mesuraient ce que l’IA pouvait théoriquement toucher, Tufts projette ce qu’elle est susceptible de supprimer concrètement. Les auteurs précisent qu’ils ont délibérément exclu les créations d’emploi liées à l’IA de cette version de l’index, faute de données suffisamment robustes.

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