Les jeunes et l’IA : quels impacts concrets sur le marché du travail ?

Une analyse menée par l’Insee montre que l’emploi des moins de 30 ans recule dans les secteurs de l’informatique et des services d’information, en France comme aux États-Unis, alors que ces secteurs affichent une activité dynamique.

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Dans le secteur des activités informatiques et des services d'information, l'emploi des juniors recule tandis que celui des seniors progresse. © Insee

Un « retournement brutal » de l’emploi, concomitant de l’arrivée de l’IA

Une note de conjoncture de l’Insee, publiée par Raphaële Adjerad et Gaston Vermersch le 24 mars 2026, montre que l’emploi salarié dans les activités informatiques et les services d’information a reculé de 3 % en France, entre fin 2023 et fin 2025. Ce recul est porté principalement par les 15-29 ans (hors alternants), qui contribuent pour -3,8 points à cette baisse, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques. Dans le même temps, la contribution des 30-54 ans augmente de 1,4 point sur la même période (voir le graphique de une).

Comme aux États-Unis, ces résultats semblent suggérer que l’ajustement de l’emploi vis-à-vis de l’IA se concrétise d’abord par un ralentissement des entrées et des recrutements sur les positions de début de carrière plutôt que par une contraction généralisée, souligne l’Insee.

Autre chiffre marquant : au quatrième trimestre 2025, l’emploi des moins de 30 ans dans l’informatique enregistre un recul de 7,4 % sur un an (il est de -0,7 % pour l’ensemble de l’emploi salarié privé).

Ce renversement est d’autant plus frappant que la valeur ajoutée du secteur continue de progresser : au quatrième trimestre 2025, elle se situait 188 points au-dessus de sa valeur de 2000, contre 131 points pour l’emploi (voir le graphique ci-dessous). Les entreprises produisent davantage, mais avec moins de salariés, et en particulier moins de jeunes entrants.

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L’emploi et la « valeur ajoutée » dans les secteurs des activités informatiques et des services d’information en France. © Insee

L'analyse de l'Insee

« Il est évidemment impossible d’attribuer directement cette évolution à la seule arrivée de l’IA générative car d’une part, l’emploi est globalement en ralentissement en France et d’autre part, ces secteurs peuvent être concernés par un coup de frein conjoncturel. Toutefois, les indicateurs d’activité continuent d’être correctement orientés dans des secteurs qui connaissaient en outre une croissance régulière de leurs effectifs depuis 20 ans : le retournement paraît ainsi brutal et plutôt concomitant de l’arrivée de cette nouvelle technologie. »

Une situation contrastée avec moins de recrutements, mais pas plus de licenciements

Dans cette note, l’Insee précise aussi que l’ajustement ne passe pas par des vagues de licenciements, mais plutôt par un ralentissement des embauches sur les postes d’entrée. Les développeurs débutants, les analystes juniors ou encore les consultants en début de carrière sont les profils les plus pénalisés dans ce contexte. « Le mécanisme passe principalement par un ralentissement des embauches plutôt que par une hausse des séparations », confirme la note.

Le chiffre à retenir :

Aux États-Unis, une étude du Stanford Digital Economy Lab (Brynjolfsson, Chandar et Chen, novembre 2025), citée par l’Insee, chiffre la baisse relative de l’emploi des 22-25 ans dans les métiers les plus exposés à l’IA à environ 16 % depuis l’arrivée de l’IA générative.

La raison tient à la nature même des tâches concernées. Selon plusieurs études citées par l’Insee, les missions de début de carrière sont les plus automatisables par l’IA générative : tâches d’exécution, de rédaction, de traitement de données ou de développement répétitif. À l’inverse, l’IA apparaît davantage complémentaire aux profils expérimentés, capables de cadrer, de piloter et de valider les résultats générés par ces outils.

Les secteurs en bonne santé mais qui recrutent moins de juniors

L’Insee identifie plusieurs secteurs « exposés a priori à l’IA en France », dont l’activité continue de progresser, mais qui enregistrent un recul marqué de l’emploi chez les moins de 30 ans :

  • Activités informatiques et services d’information : -7,4 % d’emploi des 15-29 ans sur un an au T4 2025
  • Édition : -5,8 % d’emploi des 15-29 ans sur un an au T4 2025
  • Conseil en gestion et activités des sièges sociaux : -3,7 % d’emploi des 15-29 ans sur un an au T4 2025

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L’évolution de l’emploi par âge dans les secteurs exposés « a priori » à l’IA en France, du 2e trimestre 2024 au 4e trimestre 2025. © Insee

Quelles perspectives pour les futurs professionnels du digital à l’ère de l’IA ?

Pour les étudiants et les jeunes diplômés en informatique ou dans le secteur du conseil, cette note de conjoncture reflète un marché de l’emploi qui se resserre à l’entrée. Les entreprises continuent de recruter des profils expérimentés, mais délèguent à l’IA une partie des missions qui revenaient traditionnellement aux juniors.

Si le débat autour de l’IA qui va supprimer des emplois à long terme reste ouvert, les futurs professionnels du digital doivent anticiper dès maintenant ces évolutions. Et ce, dès le stade de leur formation. Des soft skills comme l’esprit critique, la capacité d’adaptation face à ces changements ou encore la curiosité sont autant d’aptitudes humaines recherchées par les recruteurs pour piloter et vérifier les travaux générés par les outils IA. L’objectif : monter en compétences sur les usages de l’IA tout en développant son employabilité sur un marché en pleine recomposition.

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