IA générative : 48 % des Français l’utilisent, une adoption record
Plus de 4 000 Français ont été interrogés par le CRÉDOC sur leurs usages de l’IA générative. En résulte une adoption massive, portée par les plus jeunes. Tour d’horizon.
L’édition 2026 du Baromètre du numérique, réalisée par le CRÉDOC pour l’Arcep, l’Arcom, le CGE et l’ANCT, dresse un constat sans équivoque : l’IA générative s’est imposée dans le quotidien des Français à une vitesse inédite. Alors qu’un cinquième de la population y avait recours en 2023 (20 %), ce chiffre atteint aujourd’hui 48 %, soit une progression de 28 points en deux ans. Cette trajectoire dépasse celle de toutes les vagues technologiques précédentes. En effet, la connexion Internet à domicile avait mis cinq ans pour atteindre un niveau comparable, le smartphone trois ans.
Les jeunes et les cadres en première ligne
L’adoption de l’IA générative varie considérablement selon les profils. Les 18-24 ans sont les plus fervents utilisateurs avec 85 % d’entre eux qui déclarent y recourir, suivis par les indépendants (77 %), les cadres et professions intellectuelles supérieures (76 %) et les 25-39 ans (73 %). Les adolescents de 12 à 17 ans ne sont pas en reste avec 59 % d’utilisateurs. À l’opposé, seuls 15 % des 70 ans et plus utilisent ces outils, creusant un écart de 70 points avec les jeunes adultes, contre 55 points deux ans plus tôt. La fracture générationnelle s’accentue donc à mesure que la technologie se diffuse.

Alors que de nombreux équipements et usages (ordinateurs, téléphones mobiles par exemple) se sont d’abord invités dans la sphère professionnelle avant d’intégrer la sphère privée, l’adoption de l’IA générative relève d’abord d’une pratique personnelle.
Contrairement à d’autres innovations numériques qui se sont d’abord invitées dans la sphère professionnelle, l’IA générative relève d’abord d’une pratique personnelle. 42 % des Français l’utilisent dans un cadre privé, contre 30 % des actifs dans un contexte professionnel. Le recours est majoritairement une initiative individuelle : 64 % des usagers déclarent avoir décidé eux-mêmes d’utiliser un outil d’IA. Toutefois, 17 % indiquent que leur employeur leur en a imposé l’adoption, une proportion qui grimpe dans les grandes entreprises et parmi les cadres. Par ailleurs, 18 % des utilisateurs signalent que l’usage leur a été imposé par une plateforme numérique qu’ils utilisaient déjà, comme un moteur de recherche, un réseau social ou une messagerie.
La recherche d’information et ChatGPT dominent les usages
Parmi les utilisateurs d’IA générative, la recherche d’information constitue l’usage le plus répandu : 73 % y recourent au moins une fois par mois, dont 21 % quotidiennement. L’aide à la rédaction, à la traduction et à l’amélioration de textes arrive en deuxième position avec 58 % des utilisateurs, une proportion qui atteint 73 % chez les 18-24 ans et 69 % chez les diplômés du supérieur. La génération d’idées nouvelles concerne 57 % des usagers, tandis que l’aide aux devoirs est citée par 44 % d’entre eux, un chiffre qui bondit à 68 % chez les 12-17 ans et 73 % chez les 18-24 ans. La création de contenus visuels mobilise 42 % des utilisateurs et 41 % déclarent discuter et interagir avec l’outil.
Ce recours massif auprès des plus jeunes pose des questions sur le plan éducatif. Au-delà des risques de réponses fausses apportées par l’outil, les craintes sont nombreuses, qu’il s’agisse des impacts sur les processus de construction cognitive ou le rapport à l’acquisition de connaissances face à des IA génératives paraissant omniscientes.
Sur le plan des outils, ChatGPT occupe pour le moment une position hégémonique : 79 % des utilisateurs d’IA générative y font appel et ce, quelle que soit la catégorie sociodémographique. Gemini, de Google, arrive en deuxième position avec 31 % d’utilisateurs, et est particulièrement apprécié des 40-59 ans. Le Chat, l’assistant français de Mistral AI, est utilisé par 14 % des usagers et trouve un écho particulier chez les 60-69 ans, possiblement en lien avec l’attachement des seniors aux produits made in France. La moitié des utilisateurs (51 %) déclarent recourir à au moins deux outils différents. Côté tarification, seuls 19 % des utilisateurs paient pour accéder à une IA générative, principalement les profils pionniers : jeunes, diplômés du supérieur et cadres.

Des réserves persistantes malgré l’engouement
Malgré cette diffusion rapide, une majorité de Français (52 %) se déclarent méfiants envers l’IA, contre 46 % qui s’estiment confiants. La confiance progresse toutefois de 5 points en un an sous l’effet de l’essor des usages, et joue un rôle important dans l’adoption : parmi les utilisateurs, 73 % font confiance à l’IA, tandis que 75 % des non-utilisateurs s’en méfient. La vigilance reste de mise puisque 64 % des utilisateurs vérifient systématiquement les informations communiquées par l’IA, quel que soit leur niveau de confiance déclaré.
Ces réserves s’inscrivent dans un contexte plus large de rapport précautionneux des Français à la science et à la technologie.
Les freins à l’adoption sont multiples. Pour 28 % des non-utilisateurs, la barrière principale réside dans des habitudes ancrées autour des moteurs de recherche traditionnels. Par ailleurs, 26 % ne se sentent pas suffisamment compétents pour bien utiliser ces outils, un sentiment plus marqué chez les adolescents (34 %), les plus de 70 ans (31 %) et les non-diplômés (31 %). La crainte quant à la transmission des données personnelles limite l’usage de 19 % des personnes. Au-delà des freins individuels, un quart de la population (25 %) s’inquiète des conséquences sociétales de l’IA, évoquant la déshumanisation des rapports sociaux, les risques pour l’emploi ou la consommation d’énergie. Près de la moitié (46 %) estime d’ailleurs que l’IA générative a un impact environnemental plus fort qu’une recherche classique.