IA au travail : 70 % des dirigeants voient des gains de productivité, les salariés restent prudents
Perception, usages, formation… Un rapport Ipsos pour Google passe au crible la transition IA des entreprises françaises, entre optimisme des dirigeants et prudence des salariés.
Ipsos bva a publié pour Google un rapport intitulé IA en entreprise : état des lieux et leviers d’accélération, le 24 mars 2026. L’analyse combine quatre études complémentaires : une enquête sur la perception de l’IA dans 30 pays (23 216 adultes dont 1 000 en France), un panorama des usages auprès de 2 041 actifs français, une enquête auprès de 2 348 cadres dirigeants dans 15 pays européens (dont 283 en France) et des entretiens qualitatifs avec des auto-entrepreneurs et dirigeants de TPE. Les enquêtes ont été menées entre mars et décembre 2025.
Une diffusion rapide de l’IA, mais une compréhension limitée et des écarts marqués
Alors que les études récentes confirment l’accélération de l’adoption de l’IA en France, le rapport commandé par Google en précise l’ampleur. 51 % des adultes français ont utilisé une application d’IA en 2025, soit une progression de 23 points en deux ans (voir image de une). Mais cette diffusion ne s’accompagne pas d’une compréhension équivalente, car seuls 59 % des Français estiment bien comprendre ce qu’est l’IA, un score qui les place en bas du classement parmi les pays développés, derrière les Pays-Bas (75 %), la Corée du Sud (70 %) ou les États-Unis (66 %). Des écarts importants apparaissent selon les profils : 72 % des moins de 35 ans déclarent bien comprendre l’IA, contre 45 % des 50 ans et plus.
La perception de l’IA par les actifs est globalement positive (46 % d’opinions favorables, 22 % négatives), mais le rapport révèle une forte ambivalence selon les enjeux. L’IA est perçue comme une opportunité pour les entreprises (41 %) et à titre personnel (37 %), mais comme une menace pour les travailleurs (34 %), la société française (37 %) et l’environnement (37 %). Les craintes sociétales dominent, telles que la dépendance excessive (25 %) et la perte des interactions humaines (24 %), qui devancent la peur du remplacement par l’IA, qui n’arrive qu’en cinquième position (21 %). Autre point notable, les utilisateurs et utilisatrices réguliers expriment davantage de craintes que les non-utilisateurs (30 % citent la dépendance, contre 20 %), signe d’un recul critique plus développé sur les limites actuelles de l’outil.

Le regard porté par les cadres dirigeants est sensiblement plus optimiste. 53 % d’entre eux placent l’IA en tête des facteurs susceptibles d’avoir un impact positif sur leur entreprise dans les années à venir. 70 % estiment que l’IA a déjà amélioré leur productivité et, dans 67 % des cas, les gains de temps dépassent 3 heures par semaine et par salarié. Le déploiement profite aussi directement aux équipes. En effet, 57 % des entreprises ayant investi dans l’IA ont augmenté les salaires de leurs collaborateurs et collaboratrices. Quant à la menace sur l’emploi, les dirigeants la relativisent. Ils sont seulement 5 % à envisager de réduire leurs effectifs si certains postes étaient automatisables.

Des usages professionnels encore basiques et un retard des petites entreprises
L’IA reste davantage utilisée dans la sphère personnelle que professionnelle. 41 % des actifs y ont recours au moins une fois par semaine à titre personnel, contre 35 % au travail, et seuls 9 % l’utilisent quotidiennement dans le cadre professionnel. Moins de quatre salariés sur dix (37 %) combinent usage personnel et professionnel.

Le retard des petites structures est net, avec 58 % des grandes entreprises françaises qui utilisent l’IA, contre 15 % des petites, selon les données Eurostat citées dans le rapport. Parmi ceux qui s’en servent au travail, les usages restent concentrés sur des tâches d’assistance, comme des recherches de base (39 %) et des gains de productivité comme la rédaction ou la synthèse (36 %). Le principal frein à l’adoption reste la pertinence de l’usage, avec 27 % des non-utilisateurs qui jugent l’IA non pertinente pour leur emploi et 53 % des utilisateurs qui estiment qu’elle ne peut les aider que sur moins de la moitié de leurs tâches.

Les dirigeants de TPE et les auto-entrepreneurs font toutefois figure d’exception. Plus enclins à percevoir les bénéfices de l’IA (44 % et 41 % citent l’amélioration de l’efficacité, contre 33 % des salariés), ils l’utilisent aussi plus fréquemment : 35 % et 31 % s’en servent au moins plusieurs fois par semaine, contre 25 % des salariés. L’écart est marqué sur les tâches créatives (35 % et 37 %, contre 24 %). Leurs attentes portent avant tout sur le marketing, le brand content et la stratégie, davantage que sur la relation client ou l’opérationnel.
Le déficit de formation alimente le phénomène du Shadow IA
Seuls 21 % des salariés ont reçu une formation professionnelle à l’IA (30 % dans les ETI et grandes entreprises, 16 % dans les micro-entreprises, 13 % chez les auto-entrepreneurs). Ce déficit alimente le Shadow IA. 42 % des salariés utilisent l’IA au travail via leur compte personnel et seuls 14 % des entreprises ont adopté des règles internes connues de leurs équipes. Les attentes de formation sont concrètes, avec 62 % des salariés souhaitant des études de cas et des exemples pratiques. Les lacunes auto-identifiées portent en priorité sur la capacité à interpréter les résultats (24 %) et l’esprit critique face aux réponses de l’IA (20 %).

L’impact des formations sur l’adoption est parallèlement considérable. 68 % des salariés formés utilisent l’IA au moins une fois par semaine, contre 26 % chez les non-formés. Par ailleurs, 76 % des salariés formés déclarent avoir identifié de nouveaux cas d’usage grâce à ces formations. La maîtrise de l’IA devient aussi un levier d’employabilité. En effet, 58 % des cadres dirigeants français affirment avoir déjà recruté un candidat ou une candidate en partie sur la base de ses compétences en IA. Pour se former, les salariés identifient les entreprises technologiques comme l’acteur le plus crédible (27 %), devant les employeurs (24 %) et les organismes de formation (22 %).
Les 4 enseignements clés du rapport Ipsos bva/Google
- Une adoption rapide mais inégale : 51 % des Français ont utilisé l’IA en 2025, mais la familiarité varie fortement selon l’âge, le genre et le niveau d’études.
- Un décalage dirigeants/salariés : 70 % des cadres constatent des gains de productivité, alors que les salariés peinent à identifier des usages pertinents pour leur travail.
- Les TPE et auto-entrepreneurs en avance sur les salariés : malgré le retard structurel des petites entreprises, leurs dirigeants utilisent davantage l’IA et en exploitent mieux le potentiel.
- La formation comme levier décisif : les salariés formés utilisent 2,6 fois plus l’IA au travail, et 58 % des dirigeants recrutent déjà sur la base des compétences en IA.