Le guide complet pour détecter une vidéo générée par IA
Les vidéos générées par IA ont envahi les réseaux sociaux, au point de ne plus savoir distinguer le vrai du faux. Découvrez, dans ce guide, 10 astuces pour apprendre à détecter ces séquences créées artificiellement.
Les outils de génération vidéo par IA, comme Sora, Veo, Runway ou Grok, se démocratisent à vitesse grand V. Sur TikTok, Instagram, YouTube ou X, les contenus synthétiques se multiplient et deviennent de plus en plus convaincants. Face à cette déferlante, comment distinguer le vrai du faux ? Voici dix techniques concrètes pour aiguiser votre regard critique.
Avant de regarder la vidéo : les indices textuels
Avant même d’analyser le contenu visuel d’une vidéo, plusieurs éléments périphériques peuvent vous mettre sur la piste. Ces indices textuels constituent votre première ligne de défense.
1. Traquer les watermarks et signatures des générateurs
Les principaux outils de génération vidéo apposent automatiquement leur marque sur les contenus produits. Sora 2 d’OpenAI, Veo de Google, ou encore Grok de X intègrent des watermarks discrets, généralement positionnés dans les coins de l’image. Ces logos constituent un premier indice facile à repérer.
Mais attention : cette piste n’est pas infaillible. D’une part, certains services comme Meta AI ne marquent pas du tout leurs créations. D’autre part, des outils en ligne permettent d’effacer ces signatures en quelques clics. Certains créateurs recadrent également leurs vidéos pour faire disparaître le watermark du champ de vision, ou ajoutent des effets de flou stratégiques pour le rendre illisible.
Une technique utile consiste à mettre la vidéo en pause et à examiner attentivement chaque coin de l’écran. Parfois, un watermark partiellement masqué reste visible sur quelques frames, ou se déplace d’un endroit à l’autre au fil de la lecture, trahissant une tentative de dissimulation.
2. Analyser la description, les hashtags et les mentions
Les créateurs de contenu IA sont souvent transparents sur leurs méthodes, du moins ceux qui agissent de bonne foi. Un passage en revue rapide de la description de la vidéo et des hashtags associés peut révéler des mentions explicites comme #aigenerated, #madewithai, #aiart, ou encore les noms des outils utilisés (Runway, Midjourney, Pika, Kling…).
Sur Instagram et TikTok, ces informations apparaissent parfois tronquées à l’écran. Il faut alors cliquer sur « voir plus » ou « …plus » pour accéder à la description complète. Certains créateurs mentionnent également leur utilisation de l’IA directement dans leur nom de compte ou leur biographie, signalant ainsi clairement la nature de leur contenu.
Cette transparence reste cependant volontaire. Les utilisateurs malveillants qui cherchent à tromper leur audience ne fourniront évidemment pas ces indices. Cette méthode fonctionne donc surtout pour identifier les créations assumées, pas les tentatives de désinformation.
3. Vérifier les labels officiels des plateformes
Depuis l’entrée en vigueur du règlement européen sur l’IA, les plateformes ont l’obligation d’étiqueter les contenus synthétiques. YouTube, TikTok, Instagram et Facebook disposent tous de systèmes de labellisation affichant des mentions comme « AI generated », « Creator labelled as AI-generated » ou « Contient du contenu généré par IA ».
Le problème : ces systèmes fonctionnent mal. Selon les données de AI Forensics, seulement la moitié des contenus IA circulant sur les réseaux sociaux porte effectivement un label. Une étude menée par le site Indicator en octobre 2025 enfonce le clou : sur 233 vidéos IA analysées, seul un tiers arborait le marqueur adéquat.

Les plateformes s’appuient sur deux mécanismes pour apposer ces labels : la déclaration volontaire du créateur et la détection automatique via l’analyse des métadonnées du fichier uploadé. Le second système se révèle particulièrement peu fiable, notamment parce que de nombreux créateurs modifient leurs vidéos dans des logiciels tiers avant publication, effaçant ainsi les métadonnées d’origine.
Autre subtilité : sur Instagram, le label peut être visible sur l’application mobile mais absent de la version web, ou vice-versa. Sur YouTube, il faut parfois cliquer sur « plus d’options » pour accéder aux informations de contenu. Bref, ces labels constituent un indice utile quand ils sont présents, mais leur absence ne prouve rien.
4. Examiner l’historique du compte
Le profil du créateur peut en dire long sur la nature de ses publications. Un compte qui poste exclusivement du contenu présentant une cohérence esthétique suspecte mérite qu’on s’y attarde. Si tous les posts montrent la même qualité de lumière cinématographique, la même palette de couleurs saturées, le même type de scènes sans aucune variation ni contenu « quotidien », il y a de fortes chances que l’IA soit à l’œuvre.
Une technique particulièrement révélatrice consiste à remonter dans le temps. Les modèles de génération vidéo début 2025 produisaient des contenus avec des défauts beaucoup plus visibles qu’aujourd’hui. Si un compte publiait déjà le même type de contenu stylisé il y a dix mois avec des artefacts évidents (mains déformées, textes illisibles…), cela confirme qu’il s’agit d’un compte spécialisé dans la création synthétique.
Méfiez-vous également des comptes très récents affichant des milliers de publications en quelques semaines. Cette cadence surhumaine signale souvent l’utilisation de générateurs automatisés.
Les détails visuels qui trahissent l’IA
Une fois les indices contextuels vérifiés, il est temps de passer au contenu lui-même. Certains détails visuels constituent de véritables signatures de l’intelligence artificielle.
5. Scruter les mains, les doigts et les membres
Malgré les progrès fulgurants des modèles de génération, les mains restent le talon d’Achille de l’IA. Les algorithmes peinent encore à reproduire fidèlement la complexité anatomique et l’articulation naturelle des doigts. Plusieurs anomalies doivent attirer votre attention : un nombre de doigts incorrect (six doigts sur une main, ou seulement quatre), des doigts qui semblent fusionner entre eux, des ongles qui apparaissent et disparaissent d’une image à l’autre, ou encore des proportions étranges comme des pouces placés du mauvais côté de la main.
La meilleure méthode pour repérer ces défauts consiste à visionner la vidéo en ralenti, voire image par image. De nombreux glitches n’apparaissent que sur une ou deux images lors d’un mouvement rapide. Mettez particulièrement en pause lors des gestuelles : quand une main se lève, attrape un objet ou passe devant le visage.
Les problèmes s’étendent d’ailleurs à l’ensemble du corps. Bras et jambes peuvent se tordre dans des positions anatomiquement impossibles ou encore fusionner, des membres peuvent disparaître lorsqu’ils passent derrière un objet sans réapparaître correctement, ou encore adopter des postures qui défient les articulations humaines.
6. Observer les yeux et les expressions faciales
Le visage constitue un autre terrain miné pour les générateurs vidéo. Les yeux humains, en particulier, recèlent une complexité que l’IA peine à reproduire parfaitement.
Commencez par examiner les pupilles et les iris. Sont-ils parfaitement circulaires ? Sont-ils identiques sur les deux yeux ? La couleur reste-t-elle constante tout au long de la vidéo ? Dans les créations synthétiques, on observe fréquemment des iris asymétriques, des pupilles qui changent légèrement de teinte selon l’angle ou encore une absence totale de reflets lumineux qui donnerait vie au regard.
Les mouvements des paupières méritent aussi votre attention. Les clignements peuvent être absents sur des durées anormalement longues ou, au contraire, se produire de manière trop mécanique. Parfois, les deux yeux ne clignent pas en synchronisation parfaite.

Concernant la bouche, plusieurs défauts récurrents apparaissent. Les lèvres peuvent « fondre » ou se déformer lors de mouvements rapides. Les dents sont parfois représentées comme une bande blanche uniforme plutôt que des dents individuelles distinctes. La langue peut être totalement absente ou fusionner bizarrement avec la dentition. Enfin, si la vidéo comporte du son, vérifiez la synchronisation labiale : des mouvements de lèvres décalés par rapport aux paroles signalent une génération artificielle.
7. Repérer les textes illisibles et les symboles déformés
Les inscriptions, panneaux, logos et tout élément textuel présents dans l’image constituent d’excellents révélateurs, notamment lorsqu’ils ne constituent pas l’objet principal de la vidéo. L’IA, même si elle s’améliore constamment dans ce domaine, génère encore des formes qui ressemblent à des lettres sans pour autant former des mots cohérents. Elle reproduit visuellement ce qu’elle pense être du texte, sans comprendre le sens linguistique.
Examinez attentivement les arrière-plans. Les enseignes de magasins, les panneaux de signalisation, les affiches publicitaires montrent souvent des caractères inventés, des mots presque lisibles mais comportant des fautes, ou des symboles asymétriques. Un logo de marque connue peut présenter des lettres déformées, dans le mauvais ordre ou avec des éléments graphiques aberrants.

Cette règle s’applique également aux vêtements. Les textes imprimés sur les t-shirts, les étiquettes, les accessoires peuvent révéler des inscriptions incompréhensibles. Si vous voyez ce qui semble être des chiffres sur une horloge ou un téléphone, vérifiez leur cohérence : l’IA produit parfois des suites numériques illogiques ou des cadrans impossibles.
8. Traquer les absurdités physiques
Les lois de la physique représentent un autre domaine où l’intelligence artificielle montre ses limites. Les générateurs ne « comprennent » pas réellement comment le monde fonctionne, ils reproduisent des patterns visuels sans saisir les contraintes matérielles sous-jacentes.
Soyez attentif aux objets qui semblent flotter légèrement au-dessus d’une surface au lieu de reposer dessus. Observez les ombres : sont-elles cohérentes avec la source de lumière visible ? Une personne debout en plein soleil sans ombre constitue un indicateur flagrant. De même, les reflets dans les miroirs, les vitres ou les surfaces brillantes peuvent ne pas correspondre exactement à ce qui devrait s’y refléter.
Les éléments naturels posent également problème. L’eau peut rester étrangement immobile puis devenir brusquement agitée d’une image à l’autre. Les vêtements peuvent ne pas bouger alors qu’un vent fort fait voler les cheveux. La fumée ou la vapeur se déplace parfois selon des trajectoires improbables.

Autre point de vigilance : les accessoires et petits objets. Un bijou peut apparaître puis disparaître entre deux plans. Un bracelet peut se transformer mystérieusement en montre connectée puis redevenir un bracelet. Ces glitches surviennent souvent lors de mouvements de caméra ou de changements d’angle.

9. Reconnaître l’esthétique caractéristique de l’IA
Au-delà des défauts techniques, les vidéos générées par IA possèdent souvent un « style » reconnaissable. Cette signature esthétique découle des biais des modèles d’apprentissage et des préférences encodées dans les algorithmes.
Le premier indice visuel concerne la texture. Les surfaces, et particulièrement la peau humaine, présentent fréquemment un aspect anormalement lisse, presque plastifié. On parle parfois d’un rendu « glassy » (vitreux) ou « clay-like » (comme de l’argile). Les pores, les ridules, les imperfections naturelles sont gommés au profit d’une perfection artificielle.

L’éclairage constitue un autre marqueur. Les vidéos IA tendent vers des lumières dramatiques, cinématographiques, avec des halos, des contrastes poussés à l’extrême, et des jeux d’ombres et de lumières trop parfaits pour être vrais. Tout semble éclairé comme dans un film à gros budget, même les scènes censées être banales.
La palette de couleurs penche généralement vers la sur-saturation. Les teintes sont plus vibrantes, plus « pop » que dans la réalité. Les ciels sont d’un bleu improbable, les couchers de soleil d’un orange éclatant, les verts d’une intensité irréaliste.
Attention toutefois : certains créateurs rusés contournent ces indices en demandant volontairement des styles « low-fi ». Grain de vieille caméra VHS, qualité de vidéosurveillance pixelisée, effet found footage… Ces esthétiques dégradées masquent efficacement les défauts de l’IA puisqu’elles sont censées par nature présenter une qualité médiocre.
10. Vérifier la durée et la structure de la vidéo
Un indice simple mais efficace concerne la longueur du contenu. Les versions gratuites des principaux générateurs imposent des limites strictes : six secondes pour Grok, huit secondes pour Veo, quinze secondes pour Sora 2 et MovieGen de Meta.
Une vidéo de moins de dix secondes, particulièrement si elle ne comporte aucun cut ou montage, ni voix, devrait susciter votre méfiance. Certes, les abonnements payants permettent de générer des séquences plus longues (jusqu’à 60 secondes pour certaines versions professionnelles), et rien n’empêche d’assembler plusieurs clips courts. Mais statistiquement, la brièveté reste un marqueur significatif.
Observez également la structure narrative. Les vidéos IA présentent souvent une action simple, linéaire, sans véritables rebondissements, et le montage est souvent peu travaillé, voire « sloppy ». Elles montrent une scène unique, un mouvement de caméra fluide, mais rarement des interactions complexes entre plusieurs personnages ou des enchaînements d’événements sophistiqués.
Les vérifications complémentaires
Au-delà de l’analyse visuelle directe, quelques démarches supplémentaires peuvent confirmer ou infirmer vos soupçons.
La recherche inversée d’image reste un outil précieux. Capturez une frame de la vidéo suspecte et soumettez-la à Google Images, TinEye ou Yandex. Vous découvrirez peut-être que le même contenu circule ailleurs, éventuellement avec des mentions claires de son origine artificielle, ou que des variantes similaires existent avec d’autres watermarks.
Vérifiez aussi le contexte. Si la vidéo prétend montrer un événement d’actualité, cherchez des couvertures médiatiques de sources fiables. Une catastrophe naturelle, l’apparition d’une célébrité dans un lieu public, une manifestation, une séquence représentant Donald Trump : les événements réels génèrent toujours de multiples témoignages. L’absence totale de couverture par des médias établis constitue un signal d’alarme.
Enfin, consultez les commentaires. Les internautes repèrent souvent collectivement les incohérences. Des remarques du type « les mains ne sont pas normales », « regardez le texte en arrière-plan » ou « c’est clairement de l’IA » indiquent que d’autres spectateurs ont déjà mené leur enquête.
Le conseil final : cultivez le doute raisonnable
Soyons honnêtes : détecter les vidéos IA devient de plus en plus ardu. Les modèles s’améliorent à une cadence effrénée et les créateurs apprennent à contourner les méthodes de détection. Les professionnels de la vérification de l’information eux-mêmes admettent que certaines créations synthétiques deviennent quasi indiscernables de contenus authentiques.
La règle fondamentale reste donc celle-ci : aucun indice pris isolément n’est définitif. C’est l’accumulation de plusieurs signaux concordants qui permet d’établir une forte probabilité. Une vidéo qui présente simultanément des mains étranges, des textes illisibles, une durée de huit secondes et un style esthétique typique a toutes les chances d’être générée par IA.
En cas de doute persistant, adoptez le principe de précaution : ne partagez pas. Attendez que d’autres sources confirment l’authenticité du contenu ou que des analyses plus poussées soient disponibles. Dans l’écosystème actuel de l’information, la patience et le scepticisme méthodique constituent vos meilleures défenses contre la désinformation synthétique.
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