Facebook devient le réseau social où la toxicité est la plus courante
Bodyguard publie la deuxième édition de son Observatoire de la haine en ligne, résultat de l’analyse de 14,3 milliards de commentaires postés sur les réseaux sociaux en 2025.
Après une année 2024 marquée par une forte progression de la haine en ligne (+16 % par rapport à 2023), l’année 2025 confirme l’installation durable du phénomène. C’est ce que révèle la deuxième édition de l’Observatoire de la haine et de la toxicité en ligne publiée par Bodyguard, spécialiste de la modération sur les réseaux sociaux.
Basée sur l’analyse de plus de 14,3 milliards de commentaires publiés entre le 1er janvier et le 1er décembre 2025 (contre 3,8 milliards en 2024), cette étude met en lumière une polarisation accrue des discours haineux, souvent liée à une actualité géopolitique et sportive particulièrement intense. Le périmètre de l’étude a par ailleurs été élargi avec l’intégration de deux nouvelles plateformes : TikTok et Discord, en plus de YouTube, Instagram, X, Twitch, Facebook et LinkedIn.
Les insultes, forme de toxicité la plus répandue en 2025
Sur les 14,3 milliards de commentaires analysés par Bodyguard, 182 millions ont été identifiés comme toxiques. L’Observatoire classe la toxicité en ligne en plusieurs catégories, dont les insultes, la haine directe, le racisme, la LGBTQIA+phobie et le bodyshaming :
- Les insultes représentent 47 % des messages toxiques (contre 30 % en 2024), soit 86 millions de commentaires. Les injures générales constituent 65 % de cette catégorie, suivies des insultes à caractère sexuel et sexiste (15 %).
- La haine directe pèse 14 % des contenus toxiques (contre 20 % en 2024), soit 25,6 millions de messages.
- Le racisme représente 6 % des messages toxiques (contre 4 % en 2024), soit 11 millions de commentaires. 70 % des propos racistes ciblent les personnes noires, devant la haine anti-asiatique (4 %), la xénophobie et la haine anti-immigration (3 %), la haine anti-musulmane (2,7 %) et l’antisémitisme (2,2 %).
- La LGBTQIA+phobie et le bodyshaming représentent chacun 3 % des messages toxiques (contre respectivement 1,5 % et 1,8 % en 2024), soit 5,49 millions de commentaires chacun.

Plusieurs pics de toxicité ont été observés au cours de l’année, liés à des événements marquants :
- L’actualité du football (défaites, transferts), qui reste le vecteur où la haine en ligne « apparaît le plus rapidement ».
- Les frappes israéliennes en Iran.
- Le mouvement « bloquons tout ».
- La commémoration des attentats du Bataclan.
- Le vote du texte RN à l’Assemblée nationale concernant la convention avec l’Algérie.
- La diffusion d’un documentaire sur la transidentité.
Facebook détrône YouTube comme plateforme la plus touchée
Du côté des plateformes, Facebook occupe désormais la première place du classement, avec 10,3 % de commentaires toxiques enregistrés (contre 5,5 % en 2024). YouTube suit de très près avec 10,2 % (contre 8,3 % l’année précédente). Le réseau appartenant à Meta, dont les politiques de modération se sont assouplies ces dernières années, voit ainsi son taux de toxicité quasiment doubler en un an.
Derrière ce duo de tête :
- X affiche un taux de 8 % (contre 6,5 % en 2024).
- Instagram atteint 4,3 % (contre 3,6 %).
- TikTok, nouvel entrant dans l’étude, se place directement en 4e position avec 2,4 % de commentaires toxiques.
- Twitch enregistre 2 % (contre 2,2 %).
- LinkedIn atteint 1,6 % (contre 0,6 %), soit un bond d’un point en un an, confirmant la tendance observée en 2024.
- Discord, autre nouvel entrant, affiche 1,3 %.

Médias, sport, luxe et gaming : les secteurs les plus exposés
Les médias restent le secteur le plus touché par la toxicité en ligne, avec un taux de 10,5 % (voir image de une). Sur les 11 millions de commentaires toxiques recensés dans ce secteur, les insultes (26 %) et la haine directe (25 %) dominent, suivies du racisme (4 %), du bodyshaming (1,4 %) et de la LGBTQIA+phobie (1 %). L’Observatoire note une tendance à la polarisation des discours, avec des attaques visant directement les rédactions ou les journalistes qui ont progressivement laissé place à des discours plus idéologiques et identitaires.
Dans le monde du sport (taux de toxicité de 2 %, 1,5 million de commentaires toxiques), 64 % des discours de haine prennent la forme d’insultes personnelles visant directement les athlètes. Le racisme y est également marqué, avec 58 % des commentaires racistes du secteur qui ciblent les personnes noires. Le luxe (4 % de toxicité) et le gaming (2,6 %) complètent le panorama sectoriel, ce dernier se distinguant par le taux le plus élevé de messages racistes anti-noirs de toutes les industries analysées (67 %).

Des publications toujours nocturnes et une propagation rapide
Comme l’an dernier, 69 % des messages toxiques sont publiés en dehors des heures de bureau (entre 18h et 9h), dont 35 % entre 23h et 7h. Cette temporalité nocturne complique la modération en temps réel.

Post Risk Score et Time Risk Score : deux indicateurs de Bodyguard
L’Observatoire met en évidence une forte augmentation du Post Risk Score pour le secteur des médias, qui atteint désormais 3 sur 10, contre 1,82 l’an dernier. Le sport et le luxe affichent un score de 1, le gaming de 0,79. Côté plateformes, LinkedIn et YouTube obtiennent le Post Risk Score le plus élevé (3), devant TikTok (2,5), Facebook (2,4) et X (2,2).
Le Time Risk Score confirme la réactivité de la toxicité dans le sport : 5 minutes sur X, 20 minutes sur Instagram et 30 minutes sur Facebook. Pour les médias, ces délais s’allongent légèrement : 32 minutes sur X, 39 minutes sur Facebook et 60 minutes sur Instagram.
Les formes les plus violentes de haine prennent une place croissante dans les conversations en ligne. Les actualités géopolitiques et sportives intenses de 2025 ont clairement contribué à amplifier ces tensions, souligne Charles Cohen, fondateur et CEO de Bodyguard.
