Anthropic a interrogé 81 000 personnes sur leurs attentes et craintes face à l’IA
L’enquête d’Anthropic souligne des usages déjà ancrés, mais aussi des craintes fortes, avec un écart net entre pays riches, plus méfiants, et pays émergents, plus confiants.
Anthropic vient de publier What 81 000 people want from AI, une étude d’ampleur inédite visant à mieux comprendre comment les utilisateurs du monde entier perçoivent l’intelligence artificielle : ce qu’ils en attendent concrètement, ce qu’elle leur apporte déjà, et les inquiétudes qu’elle suscite.
L’étude repose sur plus de 80 000 entretiens menés via un agent conversationnel auprès d’utilisateurs issus de 159 pays et parlant 70 langues. Les réponses, ouvertes et qualitatives, ont ensuite été analysées et catégorisées à grande échelle à l’aide d’outils d’IA afin d’en dégager des tendances globales.
Ce que les gens attendent de l’IA
Parmi les principales attentes exprimées par les répondants, une part importante concerne la performance en environnement professionnel. Ce souhait se classe en tête des réponses avec 18,8 % des suffrages et vient valider la stratégie adoptée par Anthropic, qui fait des professionnels et entreprises sa cible prioritaire.
Pour autant, les attentes touchant à l’environnement personnel restent fortes : 13,7 % des répondants espèrent une « transformation personnelle » grâce à l’IA, et une proportion similaire espère qu’elle améliore l’organisation au quotidien. Enfin, l’étude révèle la présence de 9,4 % d’optimistes, qui comptent sur l’intelligence artificielle pour transformer positivement la société.
Anthropic contextualise :
Ceux qui souhaitent une transformation sociétale grâce à l’IA évoquent souvent une vision pour la santé : ils souhaitent que l’IA permette de détecter le cancer plus tôt, d’accélérer la découverte de médicaments ou de faciliter l’accès aux soins. Ces aspirations découlent souvent d’expériences personnelles : la perte d’un proche, la vie avec une maladie chronique ou le diagnostic erroné ou tardif d’un être cher.
Voici les 5 principales attentes exprimées par le panel :
- Excellence professionnelle : 18,8 %
- Transformation personnelle : 13,7 %
- Gestion de la vie : 13,5 %
- Liberté de temps : 11,1 %
- Indépendance financière : 9,7 %
Ce que l’IA apporte déjà concrètement
Quels sont les points sur lesquels l’IA a tenu ses promesses ? Près d’un tiers des répondants s’accordent à dire qu’elle a amélioré la productivité. Sans grande surprise, les développeurs sont particulièrement enclins à souligner cette amélioration. De manière générale, le panel tend à considérer l’IA comme un partenaire : 17,2 % des personnes interrogées soulignent le « partenariat cognitif », tandis que 8,7 % louent l’accessibilité technique permise par l’IA. Plus triste : 6,1 % des répondants saluent l’apport de l’IA dans le soutien émotionnel.
Anthropic précise :
Ces témoignages révèlent comment l’IA opère sur un large spectre : outil de productivité, technologie d’accessibilité, ressource pédagogique, assistant de recherche, soutien émotionnel, et remplit souvent plusieurs rôles simultanément. […] Ces observations révèlent aussi la dualité de notre expérience avec les systèmes d’IA. Si certains y voient un moyen de combler le manque de relations humaines, d’autres la perçoivent comme une substitution, voire un remplacement bienvenu.
Mais l’étude ne compte pas que des enthousiastes. La deuxième réponse la plus représentée est une contradiction, exprimée par près de 19 % du panel : « L’IA n’a pas tenu ses promesses ».
Voici les 5 principaux apports soulignés par les répondants :
- Productivité : 32,0 %
- L’IA n’a pas tenu ses promesses : 18,9 %
- Partenariat cognitif : 17,2 %
- Apprentissage : 9,9 %
- Accessibilité technique : 8,7 %
Les risques et inquiétudes associés
Anthropic n’a pas passé sous silence les craintes des utilisateurs. Ici, les résultats sont équilibrés : 12 préoccupations ont été exprimées par plus de 10 % du panel. En tête desquelles on retrouve le manque de fiabilité, que déplore 26,7 % du panel. Les risques collectifs sont également largement exprimés, notamment les effets sur l’emploi et l’économie (22,3 %), les questions de gouvernance (14,7 %) ou la désinformation (13,6 %).
Anthropic analyse :
Ce que les gens attendent de l’IA et ce qu’ils en craignent sont étroitement liés. Nous avons identifié cinq tensions récurrentes entre les avantages et les inconvénients, qui s’opposent directement et qui ont été abordées. Il existe une tension entre l’utilisation de l’IA pour apprendre et le risque de devenir tellement dépendant d’elle qu’on cesse de penser par soi-même.
Voici les 10 préoccupations les plus exprimées par les répondants :
- Manque de fiabilité : 26,7 %
- Emploi et économie : 22,3 %
- Autonomie et agence : 21,9 %
- Atrophie cognitive : 16,3 %
- Gouvernance : 14,7 %
- Désinformation : 13,6 %
- Surveillance et confidentialité : 13,1 %
- Utilisation malveillante : 13,0 %
- Signification et créativité : 11,7 %
- Restriction excessive : 11,7 %
Des perceptions qui varient selon les régions du monde
L’étude révèle un optimisme global vis-à-vis de l’IA, avec 67 % des répondants exprimant un sentiment positif, mais des écarts marqués selon les régions. Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, cette proportion monte jusqu’à 70–76 %, contre environ 63–67 % en Europe et en Amérique du Nord (voir image de Une)
Ces différences s’expliquent notamment par le poids des inquiétudes économiques. Dans les régions les plus riches, la crainte liée à l’emploi et à l’économie, citée par 22,3 % des répondants au global, est plus forte et tire le sentiment vers le bas.
À l’inverse, dans les régions émergentes, l’IA est davantage perçue comme un levier d’opportunités. Par exemple, l’entrepreneuriat est cité par 16 % des répondants en Afrique subsaharienne contre 8,7 % en moyenne mondiale. En parallèle, jusqu’à 17–18 % des répondants dans certaines régions déclarent ne pas avoir d’inquiétudes, soit près du double des pays occidentaux.
