Emploi, croissance, salaires : Anthropic modélise l’impact de l’IA sur l’économie à l’horizon 2030
L’équipe d’économistes d’Anthropic a modélisé trois trajectoires pour l’économie des États-Unis en 2030. La croissance progresse dans chaque scénario, mais avec des conséquences sur l’emploi.
Quel que soit le rythme auquel l’IA se déploie, l’économie américaine s’enrichira d’ici 2030, mais les emplois de bureau en sortiront perdants. C’est le fil conducteur du rapport Economic Scenarios for Transformative AI, publié ce mercredi 9 septembre 2026 par The Anthropic Institute, le pôle de recherche de la société créatrice de Claude.
Ses économistes ont bâti un modèle qui part de plusieurs hypothèses sur l’IA (la part des tâches qu’elle est capable d’accomplir ou de créer de toutes pièces, la vitesse à laquelle les entreprises l’adoptent, les gains de productivité qu’elle génère) pour en déduire des trajectoires de croissance, de salaires et d’emploi. Selon les hypothèses retenues, trois scénarios se dessinent. Le premier, « modeste », où l’IA a « à peu près le même type d’impact qu’a eu Internet ». Le deuxième, « substantiel », où « l’IA est capable de réaliser la moitié de l’ensemble du travail intellectuel d’ici 2030, en majorité de façon autonome ». Le troisième, « extrême », où « l’IA est plus productive que les humains sur la grande majorité des tâches de travail intellectuel », détaille l’équipe de recherche.
Les auteurs précisent néanmoins qu’il s’agit de prédictions. « Comme tout modèle, il s’agit d’une simplification radicale d’une réalité complexe : il isole quelques forces essentielles et en écarte beaucoup d’autres, susceptibles de devenir pertinentes et déterminantes dans les années à venir », peut-on lire.
Dans les trois scénarios, l’économie s’enrichit
Le modèle conçu par Anthropic décompose l’économie en tâches que l’IA peut laisser intactes, assister, automatiser ou faire naître, puis simule ce qu’impliquent différents rythmes d’adoption. Dans tous les cas, le PIB américain termine l’année 2030 au-dessus de la trajectoire qu’il aurait suivie, théoriquement, sans l’apport de l’IA. Seule l’ampleur de la hausse varie.
Dans le scénario « modeste », l’IA agit comme une technologie d’appoint, à l’image d’Internet : le PIB dépasse de 1,6 % son niveau sans IA et la croissance annuelle atteint 2,4 %, contre 2 % dans une économie sans IA. Le scénario « substantiel » double le rythme de croissance prévu : 5,4 % par an, pour un PIB supérieur de 8,3 %. Le scénario « extrême », lui, sort de tout précédent historique. La croissance grimpe à 15,4 % par an, le PIB dépasse de 32,4 % sa trajectoire sans IA. L’économie doublerait ainsi de taille tous les quatre ans et demi. « Un tel scénario supposerait vraisemblablement une IA capable de s’auto-améliorer de façon récursive, adoptée rapidement pour le travail intellectuel », soulignent les économistes.
Comment l’étude a-t-elle été menée ?
Le rapport a été produit par les économistes de The Anthropic Institute, pôle de recherche de l’éditeur de Claude. Il combine un modèle économique et un sondage réalisé avec Morning Consult auprès de 10 980 adultes américains, du 11 au 23 août 2026. Les trois scénarios chiffrés sont des projections construites à partir d’hypothèses.
La croissance liée à l’IA ne profite pas aux emplois qualifiés
Les « emplois cognitifs » en première ligne
Pour évaluer l’impact de ces scénarios sur l’emploi, le modèle distingue deux groupes de métiers : les « emplois cognitifs » et toutes les autres professions, en estimant que le premier est particulièrement exposé à l’IA.
Dans le scénario « substantiel », le nombre de personnes occupant un emploi cognitif recule de 3,9 % par rapport à mi-2026 et leur taux de chômage passe de 2,9 % à 4,5 %. Leurs salaires stagnent, légèrement en deçà de leur trajectoire sans l’IA, tandis que ceux des autres métiers gagnent près de 6 %.
Le scénario extrême creuse l’écart jusqu’à la rupture. L’emploi cognitif s’effondre de 21,5 % et le chômage de ce groupe atteint 17,9 %, un niveau jamais vu aux États-Unis depuis l’après-guerre. « À titre de comparaison, le taux de chômage annuel a culminé à un peu moins de 10 % aux États-Unis après la crise financière mondiale, et à environ 8 % lors de la récession liée au Covid-19 », précisent les chercheurs. Le salaire des métiers cognitifs recule de 11,5 %, quand celui des métiers manuels, devenus rares, bondit de 33,6 %.

La richesse glisse vers le capital
Le second glissement majeur se joue sur le partage des richesses entre les travailleurs et le capital. Aujourd’hui, sur chaque dollar produit par l’économie, 60 centimes reviennent aux travailleurs et 40 aux détenteurs de capital. Le modèle voit la part des travailleurs reculer dans les trois scénarios : elle tombe à 56,1 % dans le scénario substantiel et à 45,2 % dans le scénario extrême, où le capital capte donc 54,8 % de la richesse. Dans ce dernier cas, presque tous les gains reviennent aux propriétaires d’actifs, et le revenu total du travail reste quasiment inchangé.
L’étude s’inscrit dans une série de travaux d’Anthropic sur le marché du travail. En mars, l’entreprise avait déjà publié un classement des métiers les plus exposés à l’IA à partir des usages réels de Claude, sans détecter à ce stade de hausse du chômage dans les professions concernées.