Devenir expert en cybersécurité : les compétences que les recruteurs recherchent vraiment en 2026
Alors que les menaces cyber se complexifient et les périmètres à protéger s’élargissent, Etienne Sellan, intervenant à l’école Ynov Campus et créateur des cyber war rooms, nous présente les contours du métier et ce que les entreprises recherchent vraiment.
La cybersécurité, un secteur en pleine mutation avec de forts besoins en recrutement
La cybersécurité traverse en 2026 une phase de transformation accélérée, portée par des enjeux distincts mais étroitement liés. Etienne Sellan, intervenant en cybersécurité à l’école Ynov Campus et créateur des cyber war rooms, en identifie quatre principaux : la sécurité de la supply chain, la souveraineté numérique, l’irruption de l’IA dans les pratiques offensives et défensives, et l’évolution du cadre réglementaire, aussi bien au niveau national qu’européen.
La question de la supply chain occupe une place centrale dans les préoccupations du secteur. Les infrastructures modernes reposent en effet sur des milliers de services, de librairies et de logiciels tiers, chacun représentant une surface d’attaque potentielle. L’IA, qui est en train de modifier l’équilibre entre attaque et défense, amplifie ce phénomène en permettant d’explorer ces dépendances à une échelle qui n’était pas atteignable avec les seules ressources humaines.
On va avoir beaucoup plus d’exhaustivité dans la recherche des vulnérabilités, ce qui va faciliter un petit peu les attaquants : au lieu de chercher une faille très compliquée sur un service spécifique, ils vont couvrir un large périmètre, essayer d’étendre leur filet plus loin et trouver un élément qui est vulnérable.
Du côté défensif, les équipes dédiées à la sécurité informatique bénéficient des mêmes gains en efficacité, notamment une meilleure détection des vulnérabilités, l’automatisation de certains correctifs, ainsi qu’un filtrage plus exhaustif des cas de fraude. Mais l’IA crée aussi un effet indirect moins visible, celui de l’élargissement des périmètres à protéger. Parce que toutes les équipes d’une organisation gagnent en productivité grâce à ces outils, les déploiements s’accélèrent, les fonctionnalités se multiplient, et la surface d’exposition s’étend mécaniquement.
En ce moment, nos périmètres s’étendent de manière un peu exponentielle, et cela rajoute aussi une charge, puisque tout ce nouveau code qui est produit, ces nouveaux services sont aussi à protéger, souligne Etienne Sellan.
La souveraineté numérique constitue un autre enjeu structurant au cœur de la cybersécurité. Pour les organisations les plus sensibles, la tendance est à l’adoption de modèles locaux, exploités en interne pour éviter de transférer des données à des plateformes tierces. L’intervenant observe une évolution concrète des pratiques : à solutions équivalentes, les équipes techniques privilégient désormais des options souveraines, françaises ou européennes, quitte à y consacrer davantage de temps ou de budget. Les solutions développées par Mistral AI sont ainsi citées comme un exemple concret de cette dynamique en cours.

Expert en cybersécurité, un métier passionnant aux multiples facettes
Dans ce contexte, le métier d’expert en cybersécurité figure parmi les profils les plus recherchés par les entreprises. Sa particularité : il recouvre des postes et des environnements de travail très différents :
- Le conseil et l’audit, où il va intervenir successivement chez différents clients pour tester leur sécurité,
- L’accompagnement stratégique, qui consiste à concevoir et structurer la sécurité d’une organisation,
- L’intégration dans une équipe interne, qui implique de gérer l’ensemble des enjeux d’une entreprise dans la durée.
Quand on est expert en cybersécurité, on peut aussi bien travailler dans un cabinet d’audit, où on va être amené à changer de client régulièrement. Nos missions peuvent aussi consister à concevoir, à conseiller et à accompagner la sécurité de l’entreprise, en créant son infrastructure, son socle technique, en proposant du conseil réglementaire. Ou encore, comme dans mon cas, faire partie d’une équipe dédiée à la sécurité dans une entreprise, pour gérer en interne toutes ces questions-là, sur le long terme.
Les compétences attendues pour devenir expert en cybersécurité
Cette diversité a une conséquence directe sur les compétences attendues. Contrairement à d’autres métiers techniques où une spécialisation avancée peut suffire, la cybersécurité exige une capacité à intervenir sur des systèmes sur lesquels un professionnel du secteur n’a pas forcément été formé. L’architecture du système d’information d’un client lors d’un audit, ou l’existant technique d’une entreprise que l’on rejoint, sont des réalités qu’il peut découvrir au début d’une mission. Connaître et savoir manipuler les vulnérabilités les plus répandues constitue donc un socle minimum à maîtriser. Pour vous aider, l’expert suggère de commencer à jouer sur des plateformes comme Hack The Box ou Root Me.

Parmi les autres compétences techniques requises, la répartition des technologies suit simplement le marché : les langages les plus utilisés par les développeurs sont également ceux qui sont les plus rencontrés dans un contexte de cybersécurité. Mais ce qu’Etienne Sellan met particulièrement en avant, c’est la méthodologie : savoir prendre du recul sur un système et anticiper les comportements inattendus ou malveillants. C’est précisément cette posture qui permet de s’adapter à n’importe quelle technologie, quel que soit l’environnement dans lequel un expert en cybersécurité peut intervenir.
Je préfère quand même privilégier la méthodologie, puisqu’au final, quand on analyse du code, même si le langage change, il va y avoir des spécificités, mais on va pouvoir aller chercher les informations, et c’est plus la logique qui va compter pour trouver la solution.
L’importance croissante des soft skills dans cette fonction
La place des soft skills dans ce métier est croissante, et Etienne Sellan la relie directement aux réalités du travail en entreprise. La sécurité parfaite n’existant pas, l’expert doit savoir composer avec des contraintes organisationnelles, défendre des priorités, arbitrer entre niveau de protection et expérience utilisateur.
Il faut parfois faire la part des choses, réussir à trouver des compromis, puisqu’au final, la sécurité parfaite n’existe pas et, si elle existait, elle serait très contraignante pour l’utilisateur. Il faut essayer de faire la part des choses, d’avoir une vision à long terme, pour organiser ses idées et tous les projets qu’on veut mettre en place. C’est pour cela que les soft skills sont très importantes dans ce métier.
Le profil d’expert en cybersécurité combine rigueur technique, curiosité intellectuelle et capacité à travailler dans l’incertitude : c’est ce que les recruteurs cherchent à identifier lors des entretiens. Au diplôme et à l’expérience s’ajoutent des signaux concrets, tels que la participation à des CTF (voir l’encart ci-dessous) ou la publication de projets personnels. Ces éléments permettent de faire la différence entre deux candidats à compétences équivalentes pour un même poste.
Quand on fait des recrutements, on regarde les soft skills avec une attention particulière. Ce qui va aider un candidat à se distinguer, c’est tous les à-côtés : ses projets, ses présentations, s’il a déjà partagé ses connaissances au travers d’une conférence, un petit projet qu’il a publié, un concours auquel il a participé, une plateforme sur laquelle il a résolu beaucoup de challenges…
Un CTF, c'est quoi ?
Un CTF, pour Capture The Flag, est une compétition de cybersécurité dans laquelle les participants doivent résoudre des challenges techniques pour marquer des points. Chaque challenge simule une problématique réelle : exploiter une faille, analyser un code, contourner un système de protection. Très répandus dans la communauté de la sécurité informatique, ils sont aujourd’hui un signal fort sur un CV : ils attestent d’une pratique réelle, au-delà des connaissances théoriques.
Se former à la cybersécurité : l’approche d’Ynov Campus par la pratique
Le parcours de formation en cybersécurité proposé par Ynov Campus repose sur un principe central : mettre les étudiants en situation réelle le plus tôt possible. Pour Etienne Sellan, qui est passé par l’école en tant qu’étudiant avant d’y revenir désormais comme intervenant, il décrit une continuité directe entre ce qu’on apprend en formation et ce qui est rencontré en entreprise.
Ce côté professionnel est vraiment très lié au milieu de la cyber particulièrement, parce que ce qui compte, c’est le résultat. Si on trouve un moyen plus rapide pour finir en dix minutes quelque chose, c’est le bon moyen. On est dans le monde réel. Ce qu’on attend, c’est exactement ce qu’on attendra dans le milieu professionnel.
Concrètement, cela se traduit par des travaux pratiques qui sont réalisés par les étudiants sur des équipements réels : un faux distributeur de billets, une machine de fête foraine, un coffre-fort, un mini lance-missile… Chaque équipement apporte un élément de gamification à l’apprentissage, tout en simulant une faille à identifier et à exploiter. Les cyber war rooms poussent cette logique encore plus loin, en reconstituant un incident de sécurité grandeur nature sur une journée entière.
Ces espaces dédiés, présents dans chaque campus, mêlent enjeux techniques et gestion de crise, à travers des appels téléphoniques générés par IA simulant un PDG sous pression, des demandes de rançon imprimées en temps réel, des flashs infos fictifs… « Notre principe de départ : qu’est-ce qu’il pourrait arriver de pire dans une entreprise, et comment on pourrait travailler dessus, en mélangeant à la fois les soft skills et les hard skills », précise l’intervenant d’Ynov Campus.
Le titre d’expert en cybersécurité est un titre professionnel de niveau 7, reconnu par l’État, dont la conception implique directement des professionnels du secteur, ce qui lui permet de coller au plus près des besoins réels des recruteurs. « Avec un taux d’employabilité de 92 %, 6 mois après l’obtention du diplôme, les entreprises reconnaissent à l’évidence les compétences des étudiants d’Ynov Campus et la qualité de la formation. »
Que ce soit dans le cadre de la formation, à titre personnel ou en dehors, la pratique répétée et l’exposition à de vraies difficultés permettent de construire un profil employable, afin de se démarquer sur un marché où le diplôme seul ne suffit plus. C’est le conseil qu’Etienne Sellan adresse aux futurs apprenants : faire des projets, quel qu’en soit le contexte.
Faites des projets, prenez des initiatives à partir des sujets qui vous intéressent. N’importe quelle idée, que vous pourriez avoir et que vous pourriez développer, vous conduira vers des problématiques qui vous pousseront à trouver des solutions par vous-mêmes. Et tout ça, ce sont des compétences qui seront valorisables dans le milieu professionnel, conclut l’expert en cybersécurité.
Nous avons besoin de vous !
Nous réalisons une courte enquête pour comprendre vos besoins et mieux y répondre sur BDM.
Je donne mon avis