Cybersécurité : 6 Français sur 10 n’entreprennent aucune démarche après un message frauduleux
Selon la 3e édition du baromètre Ipsos.Digital pour Cybermalveillance.gouv.fr, menée auprès de 2 000 personnes, la connaissance des menaces numériques progresse, mais elle ne se traduit pas encore en réflexes de protection.
L’annonce d’une violation de données, plus que l’arnaque elle-même, décide les Français à se protéger. C’est le constat qui ressort de la 3e édition du baromètre sur la perception cyber des Français, réalisée par Ipsos.Digital pour Cybermalveillance.gouv.fr. Cette publication s’inscrit dans le cadre du lancement du Cybermois, le mois de la cybersécurité organisé chaque année en octobre.
Près d’un Français sur deux a été prévenu que ses données ont fuité
Au cours des douze derniers mois, 45 % des personnes interrogées ont reçu une alerte les informant que leurs données personnelles avaient été compromises, contre 30 % un an plus tôt. Ce chiffre porte sur une notification reçue, pas sur une mesure du risque réel : il dit combien de Français ont appris qu’un organisme détenant leurs informations avait été attaqué.
Cette exposition n’a pas pour autant détrôné les arnaques les plus courantes. Sur la même période, les répondants déclarent avoir été confrontés à :
- Un mail ou un SMS frauduleux, pour 53 % d’entre eux, ce qui en fait la cybermalveillance la plus répandue,
- Un faux conseiller bancaire, pour 15 % des répondants,
- Un site marchand frauduleux, pour 10 % des personnes interrogées qui ont réglé une commande jamais livrée.
Cybermalveillance.gouv.fr rattache la progression des violations de données à la structuration d’un marché souterrain de la donnée volée, un constat qu’il avait déjà dressé dans son rapport d’activité 2025.
Les 5 termes de cybermalveillance que les Français connaissent le mieux
Part des sondés déclarant connaître les termes de cybermalveillance en 2026, comparée à 2025 et 2024 :
- Spam : 84 % en 2026 (80 % en 2025, 78 % en 2024)
- Virus : 79 % en 2026 (75 % en 2025, 72 % en 2024)
- Piratage : 79 % en 2026 (74 % en 2025, 72 % en 2024)
- Usurpation d’identité : 75 % en 2026 (72 % en 2025, non mesuré en 2024)
- Hameçonnage : 68 % en 2026 (67 % en 2025, 63 % en 2024)

Une majorité de victimes n’entreprend aucune démarche
Les réactions dépendent moins de la gravité de l’incident que de la façon dont la victime l’apprend. Repérée seule, une tentative de fraude reste le plus souvent sans suite. Signalée par un tiers, elle produit au contraire des effets.
Six victimes sur dix n’ont rien fait après un message frauduleux
Cette absence de réaction ne se limite pas aux messages frauduleux : 43 % des personnes contactées par un faux conseiller bancaire n’ont engagé aucune action, comme 31 % des victimes de cyberharcèlement. Et quand une réponse est apportée, le recours à un tiers reste rare. Du côté du piratage de compte en ligne, le baromètre indique que 37 % des victimes s’en sont sorties par elles-mêmes, en cherchant par exemple des informations sur Internet, tout comme 28 % des personnes confrontées à un faux support technique.
Des mesures prises, mais sans chercher à savoir ce qui a été exposé
Parmi celles qui ont été averties d’une fuite de leurs données personnelles, 59 % déclarent avoir renforcé leur vigilance face aux mails, SMS et appels inconnus. 53 % ont changé leurs mots de passe, et 44 % ont surveillé de plus près leur compte bancaire. Seuls 13 % se sont tournés vers l’organisme concerné pour savoir ce qui avait été dérobé. C’est pourtant de cette information que dépend la suite, puisque les mesures à prendre ne sont pas les mêmes selon que la fuite porte sur un mot de passe, un IBAN ou une pièce d’identité.
Un besoin d’accompagnement, surtout chez les plus jeunes
La confiance des Français dans leur propre niveau de connaissance baisse depuis deux éditions : 55 % s’estiment suffisamment informés sur les risques liés à l’utilisation d’Internet, contre 58 % lors de l’édition précédente et 63 % en 2024. Ceux qui ne savent pas se situer sont passés de 4 % à 19 % en deux ans, et 25 % se jugent mal armés. Pour s’informer, les Français consultent d’abord Internet (46 %), puis les services publics officiels (40 %).
La fracture entre générations ne joue pas en faveur des plus connectés. Après une fuite de données, 13 % des 18-34 ans sont restés inactifs, contre 6 % des 55-75 ans. Toutes cybermalveillances confondues, les dégâts rapportés par les plus jeunes sont pourtant plus lourds : 18 % ont perdu l’accès à l’un de leurs comptes, contre 5 % de leurs aînés, et 26 % font état d’un impact émotionnel ou d’une charge mentale accrue, contre 16 %.

Si les Français semblent toujours mieux identifier les cybermalveillances, les résultats 2026 montrent à l’opposé que, face à ces menaces, les besoins d’accompagnement augmentent. L’industrialisation de la cybercriminalité et la généralisation des attaques exigent que nous passions d’une simple prise de conscience à une véritable culture de l’action. Ne rien faire après une violation de données, c’est laisser une porte ouverte sur sa vie numérique, explique Jérôme Notin, directeur général de Cybermalveillance.gouv.fr.
Méthodologie : étude Ipsos bva pour Cybermalveillance.gouv.fr, réalisée via l’omnibus Ipsos.Digital auprès d’un échantillon de 2 000 personnes représentatif de la population française de 18 à 75 ans, constitué selon la méthode des quotas. Questionnaire auto-administré en ligne du 13 au 18 mai 2026, avec une marge d’incertitude de 0,4 à 2,2 points.