La création vidéo en 2026 : « L’IA révèle des patterns invisibles à l’œil humain »

Et si l’IA pouvait soutenir la créativité plutôt que la brider ? C’est la vision que partagent Olivier Reynaud et Rudy Lellouche, cofondateurs d’Aive. Rencontre.

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Olivier et Rudy ont co-fondé Aive en 2019. © Aive

Les marques produisent des volumes de contenus vidéo toujours plus importants. Comment sortir du lot face à cette abondance ?

Olivier Reynaud : Le volume n’est plus un avantage compétitif. Nous sommes entrés dans une économie de l’attention saturée, où la rareté n’est pas la production, mais la pertinence. Se démarquer aujourd’hui ne consiste plus à produire plus, mais à produire mieux, différemment et plus intelligemment.

Les marques qui émergent sont celles qui parviennent à préserver une intention émotionnelle forte, adapter finement leurs messages à chaque plateforme, audience et contexte, et renouveler leurs contenus en continu pour éviter la fatigue créative.

C’est précisément là que la logique d’Intelligent Creative Versioning remplace le simple versioning. Il ne s’agit plus de décliner mécaniquement un film, mais de le recréer pour chaque usage, tout en conservant son ADN narratif et émotionnel.

La différenciation vient de cette capacité à rester juste, cohérent et émotionnellement pertinent à grande échelle, indique Olivier Reynaud.

Existe-t-il encore des « règles universelles » pour réaliser une vidéo efficace ?

O.R. : Il n’existe plus de règles universelles au sens figé du terme. En revanche, on observe des principes dynamiques, dont la pertinence dépend étroitement du contexte, de la plateforme, de l’audience et du moment de diffusion.

  • Les premières secondes restent déterminantes, mais ce qui capte l’attention sur TikTok diffère radicalement de ce qui fonctionne sur YouTube ou à la télévision.
  • La durée optimale n’est plus une norme intangible, mais une variable à ajuster en fonction de l’usage et de l’intention.
  • Le branding n’est plus une simple question de présence ou d’absence, mais de rythme d’exposition et d’intégration narrative.

L’efficacité d’une vidéo ne repose donc plus sur une recette unique, mais sur la capacité à mesurer, comprendre et ajuster ces principes en continu. C’est précisément ce que permet l’IA : sortir des dogmes pour entrer dans une logique adaptative, contextualisée et performante.

En 2026, quels facteurs déterminent réellement la performance d’une vidéo ? Quels leviers influencent de manière mesurable l’attention, l’engagement et la conversion ?

Rudy Lellouche : La performance d’une vidéo repose sur un équilibre précis et mesurable entre plusieurs dimensions :

  • Le rythme narratif : qui inclut la vitesse de montage, la densité d’informations et les respirations dans le récit.
  • La structure : c’est-à-dire la capacité à installer rapidement une promesse, maintenir la tension narrative et conclure de manière claire.
  • L’émotion : en termes d’intensité, de cohérence et d’alignement avec l’identité de la marque.
  • La lisibilité : englobant sous-titres, cadrage, contrastes et compréhension même sans le son.
  • La présence de marque : évaluée par la visibilité, le timing et l’intégration dans le récit.
  • L’adéquation plateforme/audience : qui prend en compte le format, la tonalité et les codes culturels propres à chaque canal.

Ce qui change en 2026, c’est que ces éléments ne sont plus appréhendés de manière intuitive. Ils sont désormais reliés à des KPI concrets (attention, taux de complétion (VTR), clics (CTR), conversion (CR, CVR)) permettant de rendre la créativité observable, comparable et optimisable, tout en conservant sa dimension artistique et émotionnelle.

Comment l’IA change-t-elle concrètement la manière de créer et d’optimiser des vidéos ?

R.L. : L’IA introduit un basculement fondamental : on passe d’une vidéo « objet fini » à une vidéo vivante et évolutive. Concrètement, la vidéo est analysée comme un ensemble de données multimodales (images, sons, émotions, rythme, texte), ces données alimentent la génération de variations cohérentes.

Puis, les performances observées en diffusion réinjectent de l’information dans la création. Avec Aive, cela se traduit par une boucle continue : data → création → diffusion → data.

L’IA ne remplace pas la création, elle orchestre le processus créatif à grande échelle.

Quels éléments visuels Aive est-il capable d’identifier comme déterminants dans la performance d’une vidéo ? L’analyse IA révèle-t-elle des patterns que l’œil humain ne perçoit pas ?

R.L. : Grâce à sa technologie propriétaire MGT (Multimodal Generative Technology), Aive est capable d’analyser une vidéo bien au-delà de ce que permet l’observation humaine. Elle identifie avec précision les ruptures d’attention (changements de plans, silences, accélérations du montage) ainsi que les pics émotionnels et leur position exacte dans le récit. Elle mesure l’équilibre entre narration et information, évalue la clarté du message clé, la lisibilité visuelle et textuelle, et la cohérence globale entre le ton, les images et la musique. Aive analyse également le timing, la fréquence et la forme de la présence de marque, des éléments souvent déterminants mais difficiles à objectiver.

Là où un créatif perçoit un ressenti ou une intuition, l’IA révèle des patterns invisibles à l’œil humain, en mettant en évidence des corrélations fines entre des micro-choix créatifs et des performances mesurables, observées à grande échelle sur des volumes massifs de vidéos.

 Est-ce que l’utilisation de l’IA et l’approche data-driven risquent de standardiser la création, ou au contraire de libérer davantage la créativité ?

O.R. : C’est une crainte légitime, mais infondée lorsque l’IA est pensée comme un outil créatif et non comme un générateur standardisé. Chez Aive, l’IA ne crée jamais à partir de rien et n’impose aucun style préconçu : elle s’appuie exclusivement sur les contenus existants, l’intention créative et l’identité propre à chaque marque.

Elle agit comme un levier d’émancipation en supprimant les tâches répétitives, en élargissant considérablement l’espace d’exploration créative et en permettant de tester, à grande échelle, des variations qu’aucune équipe humaine ne pourrait produire seule dans des délais raisonnables.

La data ne remplace pas l’intuition créative : elle l’éclaire, la renforce et la prolonge. La créativité ne se standardise pas, elle devient pilotable, maîtrisée et amplifiée.

Pour une marque ou un créateur qui souhaite améliorer ses vidéos, par quoi faut-il commencer concrètement ? Quels indicateurs ou signaux sont les plus pertinents à observer en priorité ?

O.R. : La première étape consiste à transformer la vidéo en données, afin de passer d’une logique intuitive à une compréhension objectivée de la performance. Concrètement, cela implique d’analyser les contenus existants pour identifier ce qui fonctionne réellement, d’observer en priorité les signaux clés (attention, taux de complétion, engagement, conversion) et de mesurer la fatigue créative ainsi que la vitesse d’usure des vidéos.

Cette lecture permet ensuite de mettre en place un renouvellement créatif régulier, bien plus efficace que l’augmentation continue des budgets média. L’erreur la plus fréquente consiste à chercher à optimiser la diffusion avant d’optimiser la création : or, l’efficacité d’une campagne commence toujours par la qualité, la clarté et la pertinence du contenu lui-même.

Vous évoquez le passage d’une création « jugée » à une création « pilotée ». Qu’est-ce que cela change concrètement dans le processus de création et de post-production vidéo ?

R.L. : Dans un modèle traditionnel, la création est essentiellement validée par l’opinion, l’intuition ou la hiérarchie. Dans un modèle piloté, elle reste créative mais s’appuie sur des données objectives qui viennent éclairer les choix.

Pour les équipes, cela se traduit par moins de débats subjectifs, davantage de décisions argumentées et une capacité accrue à itérer rapidement. Pour les décideurs, c’est une meilleure lisibilité du ROI créatif, une réduction du risque et une allocation budgétaire plus rationnelle. La création cesse alors d’être un acte ponctuel ou isolé : elle devient un processus stratégique continu, mesurable et évolutif.

Enfin, comment voyez-vous évoluer la création vidéo assistée par l’IA dans les deux à trois prochaines années, tant du point de vue créatif que stratégique pour les marques ?

O.R. : Nous nous dirigeons vers trois évolutions majeures dans la création et la diffusion de contenus vidéo :

  • L’AI Broadcasting : où la diffusion devient intelligente, adaptative et réactive en temps réel, ajustant chaque contenu selon les comportements et préférences des audiences.
  • La convergence création/diffusion : qui rompt avec l’approche traditionnelle. Un contenu ne sera plus pensé indépendamment de sa circulation, mais conçu et optimisé en lien direct avec son parcours et ses performances.
  • L’IA comme infrastructure : avec des API permettant d’intégrer la créativité augmentée directement dans les écosystèmes des marques, studios et agences, pour démultiplier les usages et l’impact.

Stratégiquement, les marques passeront d’une logique de campagnes ponctuelles à celle de systèmes créatifs vivants, capables de s’adapter et de se réinventer en continu. L’avenir de la vidéo ne sera donc pas seulement généré : il sera co-créé, mesuré, optimisé et enrichi en permanence.

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Olivier Reynaud, CEO

Olivier Reynaud est un entrepreneur né. Il lance sa première startup à 21 ans, avant de co-fonder Teads en 2010, où il invente le format « outstream » et le célèbre inRead. En quelques années, Teads devient la première place de marché vidéo publicitaire mondiale, rassemblant 1 000 collaborateurs dans 40 pays. En 2019, il cofonde Aive avec Rudy Lellouche.

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Rudy Lellouche, CPTO

Rudy Lellouche est un profil hybride entre tech et business, expert en IA, stratégie produit et publicité digitale. Il crée sa première startup dès la prépa en école d’ingénieur, puis accompagne de nombreux entrepreneurs dont certaines figures de la tech française, ce qui le mènera à siéger au board de plusieurs sociétés. Co-fondateur d’Aive, il pilote la vision technologique et dirige les équipes Produit, R&D et IA. À l’origine de MGT (Multimodal Generative Technology), moteur propriétaire qui révolutionne la post-production vidéo, il met l’intelligence artificielle au service de la performance et de la créativité à grande échelle.

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