Claude Code, l’histoire d’une irrésistible ascension
Lancé sans bruit, Claude Code est devenu, en quelques mois, un outil dont les développeurs et leurs employeurs n’imaginent plus se passer. Comment en est-on arrivé là ?
Il fut un temps où le trajet vers le bureau servait à rêvasser en regardant par la fenêtre, à finir un chapitre entamé la veille ou à aligner trois bonbons sur Candy Crush. Chez Spotify, certains ingénieurs ont trouvé mieux à faire de ces longues minutes, s’est félicité Gustav Söderström, co-PDG du groupe suédois, lors de la présentation des résultats du quatrième trimestre 2025 à ses investisseurs : faire bosser Claude. « Pendant son trajet matinal, un ingénieur de Spotify peut demander à Claude, depuis Slack sur son téléphone, de corriger un bug ou d’ajouter une nouvelle fonctionnalité à l’application iOS », précise celui qui assume également les fonctions de CTO et de CPO. Et lorsque Claude a achevé sa tâche, l’ingénieur reçoit une nouvelle version de l’application, transmise via Slack sur son mobile, qu’il peut fusionner en production avant même d’avoir rejoint son bureau ».
Rapportée par le média spécialisé TechCrunch, cette mise en situation, qui donnera des palpitations à quiconque s’attache à maintenir l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle, illustre le glissement à l’œuvre dans le métier de développeur depuis plusieurs mois, suite à l’émergence des outils de codage alimentés par l’IA. Et, surtout, de son principal représentant : Claude Code. « Nos meilleurs développeurs n’ont plus écrit la moindre ligne de code depuis décembre dernier », confirme le dirigeant. Et à en juger par le rythme de sortie, l’approche semble payer : depuis janvier, le groupe suédois, qui avait déjà déployé une cinquantaine de fonctionnalités en 2025, a encore accéléré la cadence, en dévoilant notamment une version all time de Wrapped, une option pour organiser ses playlists en dossiers ou un outil permettant de découper des extraits de podcasts. Mais aussi une bonne dizaine d’autres fonctionnalités.
Spotify n’est pas la seule entreprise à avoir contracté une sévère dépendance à l’outil conçu par Anthropic. À Redmond, au siège de Microsoft, la situation en est même devenue embarrassante. En décembre 2025, le groupe a ouvert l’accès à Claude Code à plusieurs milliers de ses ingénieurs, ainsi qu’à des chefs de projet et à des designers dépourvus de toute compétence en code, afin d’évaluer l’outil dans un environnement d’ingénierie réel. L’essai s’est révélé si concluant, rapporte The Verge, que Claude Code a fini par faire de l’ombre à GitHub Copilot CLI, l’outil maison que Microsoft cherchait à imposer à ses équipes. Le 30 juin, le géant de Redmond compte résilier l’ensemble des licences distribuées six mois plus tôt.
Il ne se passe plus guère de semaine sans qu’un article traitant d’une trajectoire similaire ne paraisse dans la presse spécialisée. Le signe qu’en quelques mois, Claude Code est en train de redessiner en profondeur le métier de développeur, tout en s’imposant comme l’une des principales sources de revenus d’Anthropic. Mais comment en est-on arrivé là ?
Un homme, un terminal, une intuition
Derrière le succès de Claude Code, un nom : Boris Cherny. Cet ingénieur, passé par Meta, où il a notamment travaillé sur Instagram et Facebook, rejoint en septembre 2024 la cellule Labs d’Anthropic, à qui l’on devra notamment les Skills ou l’application desktop de Claude. Sa mission, dans cette cellule qui compte alors cinq personnes, n’est pas définie : il cherche d’abord à se familiariser avec l’API de l’entreprise. « Au départ, Anthropic ne savait pas vraiment si elle souhaitait développer des produits, mais si elle devait le faire, ce serait forcément autour du code, car cela nous aide à concevoir de meilleurs modèles de codage et à étudier les questions de sécurité », raconte-t-il au journaliste Casey Newton, auteur de la newsletter Platformer.
À l’époque, les capacités du modèle phare d’Anthropic, Claude Sonnet 3.5, sont encore limitées et « les outils de codage disponibles étaient tous des IDE ou des extensions d’IDE », cantonnés à des tâches d’autocomplétion, rembobine-t-il. En clair : le développeur écrit une ligne de code et le modèle prédit la suivante. « Nous avions le sentiment qu’il était possible de concevoir un produit capable d’exploiter les capacités du modèle, mais que personne n’avait encore bâti l’interface permettant de le faire », poursuit-il. Plutôt que de s’atteler à cette périlleuse tâche, il bricole un prototype qui s’exécute dans le terminal, la configuration la plus économique. « Je l’ai monté en quelques jours et je l’ai mis entre les mains de mes collègues, juste par curiosité, pour voir s’ils l’utiliseraient et comment. Dès le premier jour, un cinquième des ingénieurs de l’entreprise s’en est emparé. Au cinquième, la moitié.
Le jour où il prend conscience du potentiel de l’outil, son « moment eurêka », Boris Cherny le connaîtra en demandant à son programme d’identifier la musique qu’il écoute. Une scène qu’il a d’ailleurs immortalisée en vidéo, « un drôle d’artefact historique » qu’il a depuis cédé à un musée. « J’ai demandé à Claude quelle musique j’écoutais, et il a écrit quelques lignes de code pour ouvrir mon lecteur audio. Il a rédigé ce code en AppleScript, un langage que je ne connais pas, et il ne me serait pas venu à l’esprit d’écrire du code pour répondre à cette question. Il l’a fait, tout simplement, et je me suis dit : c’est surprenant. Il a résolu le problème d’une manière que je n’aurais pas employée. »
Une conversation avec Catherine Wu, qui mène alors des travaux sur l’usage des ordinateurs par les agents et deviendra, par la suite, head of product de Claude Code, le pousse à décupler les capacités de son prototype, en lui ouvrant l’accès au système de fichiers.
Soudain, cet agent est devenu vraiment intéressant. Je l’ai lancé dans notre codebase et je me suis mis à lui poser des questions. Claude se mettait à explorer le système, à lire des fichiers, à regarder les imports, puis à lire les fichiers définis dans ces imports, se remémore-t-il auprès de Pragmatic Engineer.
La sortie publique s’étale sur quatre mois. Une research preview est discrètement déployée en février 2025, en marge du lancement de Claude Sonnet 3.7. La disponibilité générale, en mai, passe presque aussi inaperçue : l’annonce ne fait l’objet que d’un paragraphe dans le billet consacré au lancement de Claude Opus 4 et Claude Sonnet 4. L’outil fera pourtant rapidement sensation, dans un paysage auparavant dominé par des outils comme Cursor ou GitHub Copilot. « Presque immédiatement, la mayonnaise a pris », raconte l’ingénieur à WIRED. En novembre 2025, Claude Code franchissait déjà le milliard de dollars de revenu annualisé. Trois mois plus tard, il en générait 2,5, soit près d’un cinquième du chiffre d’affaires de l’entreprise.
La bascule Opus 4.5
Boris Cherny le reconnaît volontiers auprès de WIRED : les premières versions publiques de Claude Code étaient loin d’être abouties, et les modèles qui l’alimentaient peinaient à offrir les performances attendues. Le tournant, selon lui, se joue avec la sortie de Claude Opus 4.5, quelques jours avant Thanksgiving. Un nouveau modèle, présenté comme « intelligent et efficace », en particulier sur les tâches de développement, et qui se révèle effectivement capable de mener des missions plus longues, sans supervision, avec une fiabilité bien supérieure. « Avant Opus 4.5, il fallait en quelque sorte démonter le Lego et avancer étape par étape. Maintenant, tu dis juste : ‘Voici le château magique. Construis-le.’ Et c’est fait », résumait une dirigeante d’un cabinet de conseil en IA dans les colonnes de The Verge. « On est passé du ‘il faut que je reste assis à le surveiller, à le tenir par la main et à tout vérifier’ à ‘il va y arriver par défaut' », renchérissait un développeur.
Every moment not spent locked in on Claude Code feels very high opportunity cost all of a sudden
— Beff (e/acc) (@beffjezos) January 4, 2026
Pour afficher ce contenu issu des réseaux sociaux, vous devez accepter les cookies et traceurs publicitaires.
Ces cookies et traceurs permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d’intérêt.Plus d’infos.
Les données d’Arena (ex-Chatbot Arena), plateforme qui s’efforce d’évaluer objectivement les performances des modèles, toutes catégories confondues comme sur des tâches ciblées en s’appuyant sur les votes des utilisateurs, appuient les témoignages glanés par The Verge. Depuis décembre 2025, date à laquelle BDM a commencé à partager son classement dédié au code et au développement, c’est simple : Anthropic n’a jamais quitté la première position. Elle a été occupée successivement par les versions 4.5, 4.6 et 4.7 de Claude Opus, en mode « standard » ou « thinking ».
Pour afficher ce contenu issu des réseaux sociaux, vous devez accepter les cookies et traceurs publicitaires.
Ces cookies et traceurs permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d’intérêt.Plus d’infos.
Mieux, encore : Anthropic a placé bien plus de modèles dans le top 10 que ses concurrents, et avec une marge confortable. Entre décembre 2025 et juin 2026, ses LLM apparaissent 31 fois. À titre de comparaison, ceux d’OpenAI n’apparaissent que douze fois sur la période, atteignant au mieux la deuxième place en février 2026, tandis que Google y hisse ses propres technologies à onze reprises, avec une quatrième place pour meilleur classement.
Pour afficher ce contenu issu des réseaux sociaux, vous devez accepter les cookies et traceurs publicitaires.
Ces cookies et traceurs permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d’intérêt.Plus d’infos.
Le réveil tardif d’OpenAI
OpenAI a pris la mesure de la déferlante avec un temps de retard. Dans un excellent papier, WIRED raconte que Thibault Sottiaux, qui dirige désormais les équipes Core Product & Platform de la société californienne, monte dès mars 2025 une cellule chargée de livrer un assistant concurrent en quelques semaines, qui deviendra Codex. En parallèle, Sam Altman envisage l’acquisition de Windsurf pour 3 milliards de dollars, dans l’espoir d’hériter d’une équipe et d’une clientèle déjà constituée. L’opération restera en suspens plusieurs mois : Microsoft, partenaire historique d’OpenAI, exigeait un accès à la propriété intellectuelle de Windsurf, rapportait le The Wall Street Journal.
Lorsque Codex débarque enfin, en avril 2025, l’écart est déjà difficile à combler. Et il ne cessera de se creuser. Fin janvier 2026, l’assistant d’OpenAI atteint un peu plus d’un milliard de dollars d’ARR, contre 2,5 milliards pour Claude Code revendiqués par Anthropic à la même période. « Être le premier sur le marché, ça vaut très cher. Nous l’avons vécu avec ChatGPT », concède Sam Altman à WIRED. Le retard à l’allumage n’explique pourtant pas tout. Si Claude Code peut se targuer d’être leader sur son segment, c’est aussi le fruit des choix structurels d’Anthropic : un ciblage assumé des entreprises, un pari sur l’IA agentique, et un rythme de sorties soutenu, même si, sur ce point, son principal concurrent ne démérite pas. Rien que ces dernières semaines, Claude Code s’est enrichi, entre autres, de routines, d’une fonctionnalité Channels ou d’un auto mode. Sans doute parce que son équipe de développement bénéficie elle-même d’un assistant à la hauteur, comme le révélait Boris Cherny à Platformer : « Cela fait plus de six mois que Claude Code est codé à 100 % par Claude Code. »
Le succès a toutefois un revers : Claude Code consomme, et il coûte cher. En juin, Catherine Wu confiait au Monde que l’utilisateur médian passait désormais plus de vingt heures par semaine sur l’outil, soit l’équivalent d’un peu plus qu’un mi-temps. Une intensité d’usage qui sature les infrastructures d’Anthropic et s’est traduite, au printemps, par des plaintes répétées sur les forums et les réseaux sociaux. Certains pointaient des limites atteintes dès le milieu de matinée, d’autres des ralentissements aux heures de pointe ou des tokens écoulés trop vite. Résultat : pour absorber la demande, l’entreprise a signé, en mai, un accord avec SpaceX qui lui donne accès à l’ensemble des capacités du datacenter Colossus 1, à Memphis, soit environ 300 mégawatts et 220 000 GPU Nvidia. Un deal évalué à 1,25 milliard de dollars par mois, d’après Les Échos, qui vient s’ajouter à d’autres partenariats noués avec Google ou Amazon, et qui a déjà permis à l’entreprise de doubler les quotas de sessions de cinq heures sur Claude Code pour les abonnés payants, de supprimer les limites aux heures de pointe, et de relever celles de l’API.
Saying ‘hey’ cost me 22% of my usage limits
by
u/herolab55 in
ClaudeAI
Pour afficher ce contenu issu des réseaux sociaux, vous devez accepter les cookies et traceurs publicitaires.
Ces cookies et traceurs permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d’intérêt.Plus d’infos.
Le prochain front, l’anticipation
En position de force, Anthropic pourra-t-il conserver son rang ? Difficile de l’affirmer, à ce stade, d’autant que Codex grignote lentement mais sûrement du terrain. À VivaTech, ce jeudi 18 juin, Thibault Sottiaux confiait que l’adoption de Codex, en France, avait été multipliée par neuf depuis le début de l’année : « Je pensais qu’il était encore trop tôt, mais Codex devient mainstream. Depuis GPT 5.5, la demande est massive, en particulier de la part des entreprises. » Le match entre OpenAI et Anthropic se jouera sur les modèles, sans doute, mais peut-être aussi e sur un terrain qu’aucun n’a encore vraiment foulé : celui de l’anticipation. Là où Claude Code attend aujourd’hui les instructions du développeur, ses concepteurs imaginent demain un agent qui devine ce qu’il y a à faire. Dans un entretien à TechCrunch, en mai, Catherine Wu en esquissait déjà les contours. « Je pense que la prochaine grande étape, c’est la proactivité. L’an dernier, nous étions dans un monde de développement synchrone. Aujourd’hui, les gens basculent vers des routines, en automatisant, par exemple, les réponses aux tickets de support client. Et je pense que l’étape suivante, c’est que Claude comprenne sur quoi vous travaillez et mette en place certaines de ces automatisations pour vous. » Les ingénieurs de Spotify pourront alors retourner aligner des bonbons sur Candy Crush dans les transports.
Nous avons besoin de vous !
Nous réalisons une courte enquête pour comprendre vos besoins et mieux y répondre sur BDM.
Je donne mon avis