L’affiliation en 2026 : un levier toujours rentable pour les marques ?
À l’heure des LLM, de la fin des cookies tiers et de la baisse du SEO, l’affiliation change profondément de visage. Peut-elle encore créer de la valeur pour les annonceurs et les éditeurs en 2026 ?
En 2026, l’affiliation traverse une phase de transformation profonde, sous l’effet conjoint des évolutions technologiques, de la fin progressive du tracking de mesure et de la montée en puissance des LLM. Longtemps piloté par le volume, ce levier doit désormais repenser ses modèles, ses indicateurs et sa manière de créer de la valeur pour les annonceurs comme pour les éditeurs. Décryptage des grandes tendances liées à l’affiliation avec Sara Pereira directrice des activités performance chez TimeOne.
Sara Pereira, Directrice des activités performance
Sara Pereira est la Directrice des activités performance au sein de l’agence de marketing à la performance TimeOne, du Groupe Isoskele. Elle pilote les expertises d’affiliation et de lead generation, sur les marchés BtoC et BtoB.
Son rôle est d’accompagner les annonceurs dans la construction de leurs stratégies d’acquisition et leurs prises de décision, au cœur d’un marché en profonde transformation, en alliant vision stratégique, data et performance business.
Où en est réellement l’affiliation en 2026 ?
En 2026, l’affiliation est devenue un pilier stratégique dans le mix acquisition des annonceurs. Selon les secteurs, elle est désormais au même niveau que le paid media ou le SEO en termes d’investissements, parce qu’elle répond à ce que recherchent les annonceurs aujourd’hui : maîtriser leurs coûts sans sacrifier la performance.
L’affiliation est d’autant plus pertinente pour ceux qui veulent capter des intentions qualifiées. C’est un levier de croissance, à condition toutefois de sortir d’une logique strictement CPL ou CPA, et d’entrer dans une approche orientée valeur, contribution business et acquisition long terme.
Les LLM modifient les parcours d’achat : quel est leur impact réel ?
Les LLM transforment complètement le parcours d’achat : les utilisateurs s’informent directement via les moteurs de réponse, ce qui réduit mécaniquement le trafic vers les sites des annonceurs comme vers les sites d’éditeurs. A contrario, cela augmente la maturité et la qualité des prospects qui arrivent chez les annonceurs, même s’ils sont moins nombreux.
Pour les éditeurs, c’est un changement bien plus profond. Leur modèle dépendant historiquement du trafic, du SEO et du tracking, l’impact est direct sur la valorisation de leur contribution. Comme on ne peut plus mesurer uniquement ce qui est tracké, cela implique une évolution nécessaire de leur modèle économique.
Et c’est précisément là que notre rôle de tiers est essentiel. On doit garantir que le rapport win-win continue d’exister, en développant de nouvelles façons de valoriser le travail des éditeurs : rémunération hybride, prise en compte de l’intention, analyse qualitative du contenu, scoring, etc. Nous devons reconnaître la valeur qu’ils créent, même quand celle-ci n’est plus entièrement visible dans les outils et les données.
Avec la fin des cookies tiers, peut-on encore mesurer correctement l’affiliation ?
On ne peut plus tout mesurer comme avant, et il faut l’assumer et l’accepter !
La fin des cookies, les CMP (consent management platform) et les restrictions navigateurs ont fait disparaître une partie du tracking. Mais cela ne veut pas dire que la performance n’est plus lisible, elle doit simplement être reconstruite différemment.
On croise désormais plusieurs couches de données : le first-party data, l’analyse déclarative, les signaux faibles et la modélisation (via l’IA ou la data science). Ce n’est plus un chemin parfait, mais une vision consolidée voire projetée de la performance, qui reflète ce qu’un simple pixel n’est plus capable de capturer. En 2026, l’affiliation change donc de méthode.
Dans ce contexte, comment se mesure la valeur réelle ? Le CPC/CPL a-t-il encore un sens ?
La valeur se mesure bien au-delà d’un lead. On mesure la valeur en regardant la qualité et l’intention d’un prospect, sa capacité à transformer, le coût d’acquisition réel, puis sa contribution dans le temps, autrement dit, sa valeur client et sa Lifetime Value.
Aujourd’hui, l’objectif pour les annonceurs n’est plus de générer uniquement des nouveaux clients, mais de générer de nouveaux clients fidèles et rentables sur le long terme.
Ainsi, les business modèles au CPL ou CPA restent utiles pour acheter du trafic ou du volume, mais ce ne sont plus des indicateurs de performance. Ils éclairent une partie du parcours, rien de plus. En 2026, le KPI qui fait foi, c’est le coût d’acquisition long terme. Il aligne tout le monde et reflète la rentabilité réelle.
Il faut garder en tête que l’affiliation reste un modèle extrêmement ROIste, car on rémunère la valeur générée, pas la promesse.
Et dans un contexte de hausse générale du coût d’acquisition, cette capacité à payer « au résultat » devient un atout stratégique pour les marques.
Comment distinguer la qualité des leads ?
On distingue la qualité des leads grâce à deux éléments majeurs : l’analyse d’intention et le scoring. Pour évaluer la qualité d’un prospect, on regarde sa maturité, son besoin réel, la cohérence de son projet et on s’assure de sa compréhension de l’offre. Ces éléments sont ensuite croisés avec son comportement post-lead et les données CRM, afin d’observer ce que chaque segment devient réellement.
On développe donc des modèles d’acquisition de plus en plus data-drivés, conversationnels, structurés et cohérents de bout en bout.
La baisse SEO affaiblit les éditeurs : le modèle affiliation est-il encore viable ?
Oui, mais à condition de se réinventer ! Les éditeurs qui vivaient historiquement sur du volume SEO souffrent, c’est vrai. En revanche, ceux qui travaillent des niches, qui créent de la confiance et qui produisent du contenu expert continuent de très bien performer.
Dans ce contexte, les éditeurs doivent passer d’une stratégie orientée sur le trafic à une stratégie fondée sur l’intention. La valeur aujourd’hui naît de l’intention, pas du volume. Les annonceurs veulent savoir pourquoi une personne arrive sur une page, ce qu’elle cherche vraiment, et où elle en est dans sa réflexion. Les marques veulent des prospects engagés, qui deviendront des clients fidèles avec une forte valeur.
L’affiliation devient moins une question de positionnement Google, et plus une question de légitimité éditoriale avec une capacité à éclairer la décision d’achat des prospects. On doit passer d’un modèle « reach » à un modèle « insight ».
Cette évolution rend aussi les modèles de rémunération « full performance » au CPA ou au CPM insuffisants. Une bonne partie des actions ne sont plus trackables, ce qui pose un problème d’attribution de la valeur aux éditeurs. C’est la raison pour laquelle les modèles hybrides qui combinent rémunération du contenu, bonus qualité, et rémunération à la valeur client se généralisent.
C’est plus équilibré, plus juste, et ça aligne réellement les intérêts des marques et des éditeurs.
Selon vous, à quoi ressemblera l’affiliation de demain ?
Nous nous dirigerons vers une affiliation plus conversationnelle, plus qualitative, plus fragmentée (créateurs, niches, réseaux sociaux…), et surtout beaucoup plus pilotée à la valeur.
On s’éloigne de la diffusion de masse pour aller vers des dispositifs sur-mesure, où chaque éditeur apporte une forme de contribution différente.
L’avenir de l’affiliation, c’est un levier qui accompagne vraiment la décision et qui se mesure à l’impact business, pas au volume.
Le véritable enjeu pour les années à venir sera de continuer à tracer la contribution réelle de l’affiliation, même dans un environnement où les signaux disparaissent, et d’adapter nos modèles économiques à cette nouvelle manière de mesurer la performance.
C’est ce qui permettra de préserver un modèle durable, équilibré, et réellement créateur de valeur pour les annonceurs comme pour les éditeurs.
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