Un community manager, ça fait quoi ? Témoignages et fiche métier
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La quête de sens des community managers, ou l’effet moutons de Panurge

Les billets sur l’avenir du community manager fleurissent un peu partout sur les blogs en ce moment. Ce serait à lui de se réinventer, de faire sa place dans les entreprises pour que le poste trouve son utilité. Beaucoup parlent d’une bulle, d’une remise en question profonde du métier, d’une nécessité de multiplier les tâches. C’est exact, mais attention à ne pas tomber dans les mêmes travers qui ont fait du mal à la profession ces derniers mois… En premier lieu, la quête de sens perpétuelle qui amène les community managers à justifier en permanence leur présence dans l’entreprise.

Une quête de sens

ROI, engagement, nombre de retweets, likes… Les community managers ont inventé leurs propres metrics, aidés par des réseaux sociaux bien heureux d’ajouter des « achievements » à leurs utilisateurs et d’alimenter le mythe de la présence indispensable des entreprises sur leurs sites. D’expérimentations, certaines pratiques sont devenues courantes voire obligatoires, avec en premier lieu la fameuse page Facebook et son edgerank. Parce que le community management, souvent, est avant tout une affaire de tendance. Pinterest pointe le bout de son nez ? Tout le monde y va de sa page innovante et tente d’argumenter pour y trouver une utilité. Nous ne sommes plus dans l’empirisme, nécessaire depuis toujours en ligne pour expérimenter et trouver de nouvelles voies, mais dans le discursif, avec une justification permanente des actions entreprises par un discours théorique.

Et si le problème était là, justement ? Le discours et la théorie ont la part belle. Ou plutôt les discours faussement théoriques, qui reposent sur des aprioris non fondés, sur des on-dit, sur du ressenti. On parle de stratégie, mais on en oublie la pratique. Il n’y a jamais eu autant de consultants, de « stratégistes », d’agitateurs d’idées et autres vendeurs de poudre de perlimpinpin. Deux ans d’expérience ? Je mets plus les mains dedans, l’exé c’est pour les autres, me voilà créateur de concepts et révolutionnaire des RS. Le problème, c’est que la théorie, tout le monde en est capable. C’est l’application des belles paroles qui pose généralement problème. Surtout quand on sait que plus de 80% des community managers qui vont faire le boulot derrière ont moins de deux ans d’expérience.

Résultat ? On vend du rêve aux entreprises et aux annonceurs, sans avoir les moyens de l’assumer derrière (ou très rarement). Beaucoup se retranchent alors derrière les fameux metrics mis en place, voire derrière des discours sensés apporter du sens. Vous comprenez, nous n’avons pas eu de résultat, mais nous sommes dans un processus de construction qui portera ses fruits à moyen terme. Nous construisons votre communauté petit à petit. Mieux vaut du qualitatif que du quantitatif. Mais si vous n’avez aucun des deux ? Vous tenterez toujours de vous justifier par des études obscures ou des discours théoriques bien rodés pour légitimer votre place et l’importance du CM. Quitte à y dépenser tellement d’énergie qu’il n’en restera plus beaucoup pour trouver de nouvelles voies de développement.

Éviter le cercle vicieux et ne pas croire les opportunistes

Le problème dans ce genre de cas, c’est le cercle vicieux qui est engendré. Le métier se construit sur le tas, avec ses codes, ses valeurs, ses théories de référence… Les community managers parlant beaucoup entre eux, certaines « bonnes pratiques » se répandent comme des légendes urbaines. C’est le cas aussi des justifications de poste et des « règles » à respecter, même si elles ne s’appliquent pas du tout à votre entreprise ou à votre mission. Quand un aveugle guide un aveugle… Les nouveaux venus partent donc souvent sur de mauvaises bases, véhiculées par des un peu moins nouveaux, qui les ont lu sur le blog « expert » d’anciens nouveaux cherchant à s’imposer après avoir lu des conseils sur le personal branding.

Plutôt que d’expérimenter, beaucoup se contentent d’utiliser les recettes réchauffées trouvées ici et là, ne prenant pas le temps de vérifier leur intérêt. Et le community management ayant été le buzzword des années 2010 et 2011, la récupération est grande. Entre les semi-escrocs qui en profitent pour vendre des formations vidéos inutiles sur le sujet et ceux qui déclarent avoir 200 000 contacts en ligne, on assiste à une génération d’experts incapables de vendre autre chose que des idées non abouties. Mais qui sont écoutés par certains nouveaux entrants, entreprises comme community managers. Et on se tire une balle dans le pied…

Le pire dans tout ça ? Les écoles suivent le même chemin. On ne sait pas trop si c’est une stratégie marketing ou une méconnaissance de ce qu’ils sont sensés enseigner, mais quand on voit certaines accroches… Sup de web, école supérieure des métiers du web, affirme ainsi dans son dernier CP : « Parce que passer sa journée sur Facebook ou Twitter peut être un métier« . Mais bien sûr. EMweb, l’école des métiers du web, entendait il y a peu dans sa présentation aider ses étudiants à « booster le buzz ». Tout un programme. Mais alors, à qui se fier au milieu des discours vides de sens ?

Creuser de nouvelles pistes

Le chemin pour donner du sens à notre métier risque d’être long et compliqué. On risque probablement d’avoir plusieurs écoles qui s’affrontent, basés sur des postulats différents. Les postes étant déjà radicalement différents, si en plus les finalités et méthodes passent du tout au tout, on pourra difficilement parler d’unité et de cohérence. Mais plutôt que d’abdiquer, autant se donner les moyens de ses ambitions et tenter de faire son travail du mieux possible en explorant des pistes qui peuvent fonctionner. On peut très bien présenter des chiffres qui justifient nos actions et des démarches intelligentes sans avoir besoin de faire un raccourci foireux pour pouvoir mettre une photo de chat sur la page Facebook de son entreprise pour améliorer son taux d’engagement. On peut également comprendre que le community management n’est pas utile à tous, mais ça c’est encore autre chose, et déclarer qu’une bonne partie des postes dans leur forme actuelle ne servent à rien ou presque serait criminel, je ne m’y risquerais pas.

Le mieux est encore de s’intéresser à ce qui parait intéressant et bien amené. Des projets communautaires comme Evian The source, qui va au bout de la logique de création de contenu et de curation, par exemple. Ou d’autres comme Backstage de BNP-Paribas, qui arrive à prouver que la marque employeur n’est pas qu’une théorie floue, un marronnier prenant la suite de la e-réputation et de ses dizaines d’experts en bois. Il existe bien sûr des stratégies qui fonctionnent, des initiatives rafraichissantes, des innovations d’usages qui font envie. Le tout est de les étudier, mais aussi de tenter différemment plutôt que de suivre des préceptes aux origines floues. Plutôt qu’une quête de sens, privilégions une recherche des bonnes pratiques de demain !

Et pour aller plus loin, commencer par dresser le constat de la situation en France ne peut être qu’une bonne chose. Si ce n’est pas encore fait, n’hésitez pas à lire notre enquête sur les community managers en France en 2012.

 

 

 

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Commentaires

  1. Camille A
    21 juin 2012 - 11h30

    Bon article (c’est bien quand tu t’énerves un peu :-) ).

    Je plussoie (comme on dit), et effectivement au-delà des CM on retrouve cette tendance à s’asseoir sur les « bonnes recettes’ dans de nombreuses pratiques du web (j’en causais l’autre jour à l’erepday).

    Juste une remarque : « par un discours théorique »… Et là, je dis non : justement il n’y a aucune théorie derrière la plupart des discours! Qu’on me démontre que même 5% des gens qui parlent « d’influenceurs » aient un jour lu Lazarsfeld qui à développé (entre autre) la notion de leader d’opinion…
    Je pense que justement, il y a peu de réflexion « théorique » et encore moins, comme tu le souligne, un passage de la pratique à la méthodo et inversement. Il me semble qu’on est dans une « théorie de l’expertise », où l’on prend quelques cas, on les dits « représentatifs » et hop-là : si Coca fait ça, alors c’est bon, on a des métriques, on a des « best practices », etc.

    De mon point de vue (mais ça se discute) tant que l’on se focalisera sur les outils et la technique, et pas sur la méthodo qui va derrière et surtout pour une entreprise des objectifs concrets de business (comme tu le dis, la stratégie c’est bien, atteindre des objectifs c’est mieux), alors on aura des CM sous-payés, des presses-boutons qui achètent des fans, etc.

    Bref, reste modérateur (la médiation a même des « vraies théories »), le CM c’est un peu surfait en fait :-D

  2. Flavien Chantrel
    21 juin 2012 - 11h42

    Par un discours faussement théorique si tu préfères ;) Mais beaucoup se gargarisent actuellement d’être au-dessus de la mêlée, d’être passé à autre chose et de ne vouloir s’occuper que de la stratégie de fond. Parfois sans savoir comment cela fonctionne précisément. Théorie de l’expertise comme tu dis… Qui est beaucoup plus simple à développer qu’une connaissance issue de la pratique.

    Et vive les modos ^^

  3. Benoît Faverial
    21 juin 2012 - 11h49

    Hello Flavien,

    Ton billet me surprend, et puisque tu cites à la fois le mien et un bout de ma bio twitter, je vais me permettre de répondre.

    Tu parles des dérives du métier de ces derniers mois, mais le métier dérive depuis que Facebook est devenu grand public, et depuis que l’on a substitué le rôle de lien entre une entreprise et le web à celui de cheerleader pour le Community Manager.

    Le métier dérive depuis que le terme de « buzz » est entré au top 10 des expressions utilisées par les CM, et depuis que l’on a oublié que le job était à l’origine celui de « la voix » d’une boite sur les réseaux, dépouillée de perspectives marketing, vente, ou part de voix.

    Tu cites justement des projets qui s’éloignent de ces standards dont je ne fais que dire qu’ils sont voués à mourir, puisque justement cette conception du métier uniquement basée sur le bruit et la masse d’audience est une impasse. Et de ce fait tu prêches contre ton propos, puisque sans un peu de théorie fumeuse et d’objectifs clairs au départ, on n’aurait pas pu inventer ex nihilo un projet de marque employeur participatif ou de curation par la communauté.

    Comment faire pour qu’une entreprise qui a lu un papier sur le formidable buzz du web ouvre les yeux et arrête d’engloutir des fortunes en pub pour faire venir une audience sur une page Facebook et lui faire gagner des iPads ?
    Comment faire pour qu’ils ne soient pas dégoutés d’investissements à perte et qu’ils décident que finalement les réseaux sociaux ne sont qu’un canal sur lequel investir n’a aucun intérêt ?

    Soit on copie gentiment et sans réfléchir les Etats Unis en étant béats d’admiration devant tant de génie (Backstage est une copie quasi conforme de la première version du réseau Live Solid par exemple), soit on se secoue un peu les neurones et on essaie de montrer la réflexion qui a mené à ces résultats.

    Là où je suis ennuyé, c’est que je suis d’accord avec une majorité du reste de ton papier, les écoles qui vendent des faiseurs de buzz et les gens qui promettent des audiences dantesques ne sont que les chevaux de troie de la bulle des réseaux sociaux. Celle là même qui ne survivra pas à la crise actuelle en fait.

    Tout le problème est d’essayer d’éviter que la définition du métier de CM ne soit emportée par cette vague.

22 commentaires supplémentaires

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