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Les différences agences/annonceurs dans les métiers du web

Flavien Chantrel, le 18 avril 2013

Si vous travaillez dans le web, vous avez forcément eu ce débat à un moment avec quelques-uns de vos congénères : agence ou annonceur, où fait-il bon travailler ? Les clichés sont nombreux d’un côté comme de l’autre. On travaillerait beaucoup en agence dans une ambiance fun et détendue, tandis que prendre un poste chez l’annonceur serait plus reposant mais plus austère. Les arguments sont nombreux quand on entre dans ce débat, et les avis sont généralement tranchés. Le quotidien change forcément d’une agence à l’autre ou d’un annonceur à l’autre. Impossible donc de tirer des conclusions, chaque cas étant différent, selon les collègues, les envies, l’environnement de travail… Certaines tendances se dégagent toutefois. Pour les identifier, nous avons demandé l’avis de plusieurs personnes ayant expérimenté ces deux cadres.

 

Volume de travail et pression


La rumeur voudrait que l’on commence tard et que l’on finisse tard quand on travaille en agence, alors que chez l’annonceur le volume horaire serait plus encadré et fixe. Antoine est d’accord avec cette analyse en y apportant toutefois un bémol : « Chez l’annonceur, on est moins dépendant des rushs inhérents aux projets à rendre aux clients. Les horaires sont globalement moins fluctuants. Néanmoins, selon les enjeux liés au poste, les horaires de travail peuvent être conséquents. » Selon William, tout dépend de la structure que l’on rejoint : « il n’y a aucune règle, les annonceurs et agences sont tous uniques mais par mon expérience je préfère les annonceurs et les agences qui balisent d’emblée le terrain, que ce soit dans un sens ou dans l’autre. « Fais ton boulot dans le volume horaire imposé » ou encore « fais ton boulot et si un soir il faut rester jusqu’à 23h, sois présent ». Tous les cas de figure se valent mais je préfère le dernier. Je suis contre les horaires imposés, ce qui compte, c’est la somme de travail accomplie. » Arnaud ne tranche pas, pour lui les volumes sont identiques : « C’est sensiblement équivalent. Les présentations au ComEx ont simplement remplacé les pitchs clients. En revanche, les tâches ne sont pas les mêmes : je fais beaucoup plus de reportings chez l’annonceur. »

Pour ce qui est de la pression liée au poste, il ne faut pas croire que tout est rose chez l’annonceur, comme l’explique Antoine : « J’ai connu beaucoup de pression dans l’ensemble de mes postes. La difficulté des médias sociaux réside dans la compréhension des enjeux et dans la mesure du ROI qui est parfois un peu difficile à effectuer. Il ne faut pas croire qu’il y a moins de pression chez l’annonceur, elle est juste différente et moins liée aux clients pour lesquels on travaille. » Mélanie a un avis plus tranché après une mauvaise expérience : « la pression est épouvantable en agence. Personnellement c’est ce qui m’a fait fuir, la pression vient de partout, parfois davantage en interne que de la part du client ».

L’ambiance

Des gens qui font du roller dans les couloirs, le baby-foot en salle de pause et les soirées pizza pour boucler les dossiers, l’image de l’agence fun est assez répandue. Celle de l’annonceur où on passe son temps en costume-cravate en réunion aussi. Mais sur le terrain, ça donne quoi ? Arnaud juge la différence peu évidente, c’est variable selon le lieu : « c’est vraiment lié à l’ambiance de la structure et non au fait que ce soit une agence ou un annonceur. C’est peut être légèrement plus studieux chez l’annonceur. »  Lisa juge aussi les deux environnements de la même manière : « Honnêtement il y a toujours eu une belle ambiance et en agence et chez l’annonceur. A chaque fois, les gens avaient entre 25 et 30 ans et cela n’a pas été difficile du tout de m’intégrer. » L’avis de Mélanie est clair : « l’ambiance est 10 000 fois meilleure chez l’annonceur, au moins on est dans une entreprise où l’on est valorisé pour un savoir et non pas un pion parmi d’autres ». Même son de cloche chez William : « je préfère bosser pour l’annonceur, clairement. Malgré les directions ennuyeuses et les politiques parfois absurdes, l’annonceur a plus de choix dans sa manière d’appréhender les projets. Une agence se doit avant tout d’assurer sa survie (c’est également vrai pour l’annonceur mais jusqu’à un certain point) et donc d’engranger un maximum de clients et de prestations pour assurer sur le long terme. »

 

Expertise et compétences acquises


Point important de notre vie professionnelle, l’expérience acquise au contact de personnes compétentes permet de mieux se vendre pour la suite de sa carrière. Qu’en pensent les pros que nous avons interrogés ? Où ont-ils le plus appris ? Pour Antoine, le constat est clair. « Pour ma part j’ai tout appris en agence. En 2006 – 2007, passer en agence était nécessaire pour apprendre les rudiments du métier et pour pouvoir par la suite les mettre en application chez l’annonceur. C’est sans doute moins vrai aujourd’hui car de plus en plus de grandes entreprises possèdent des services dédiés aux médias sociaux avec des personnes qui ont une vraie expertise sur ces outils. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle de plus en plus d’entreprises ré-internalisent ces fonctions. » Lisa est globalement d’accord, l’agence est bien plus formatrice : « C’est grâce aux agences que j’ai obtenu toute mon expérience digitale. En agence il y avait un département digital et les gens étaient dans le milieu depuis minimum 3 ans. Du coup, ils connaissaient vraiment bien le poste de CM et les médias sociaux en général. Chez l’annonceur, j’étais toute seule à travailler sur les médias sociaux et très rares étaient les gens qui comprenaient l’importance de mon boulot (ou mon boulot tout court !). Ce fut très dur à faire accepter… ».

Benoît voit un poste chez l’annonceur comme une manière d’approfondir sa vision. Une personne dans ce cas a en effet « plus l’occasion de voir par le menu son organisation s’adapter aux réseaux sociaux et de voir ses actions aboutir qu’un consultant d’agence qui est lié par les termes d’un marché ou d’une prestation, et qui ne verra pas toujours les fruits de son travail. » Mais cela n’a pas que des avantages.  « D’un autre côté, chez l’annonceur, les petites frustrations peuvent devenir des points bloquants difficilement surmontables. Pour quelqu’un de passionné et très impliqué, voir les projets avancer à pas de fourmis peut lasser et donner envie de passer à autre chose, là où en agence la gestion de plusieurs clients permet de diversifier son attention et donc de surmonter plus facilement les aléas du quotidien. »

Arnaud juge les deux expériences complémentaires, son passé en agence l’aidant chez l’annonceur : « Chez l’annonceur, j’ai beaucoup plus de visibilité sur le travail que je produis et sur les résultats que cela entraîne sur l’ensemble de l’entreprise. J’ai une vision sur l’ensemble des métiers de l’entreprise et cela me paraît indispensable pour gérer les réseaux sociaux. En agence, j’ai appris à multi-tasker : cela développe l’agilité mentale. C’est aussi très stimulant de ne pas toujours travailler sur les mêmes problématiques et cela m’a permis d’assouvir ma curiosité naturelle. »

Pour William, les deux ont des atouts différents : « l’annonceur m’a offert la possibilité d’acquérir une palette de compétences alors que l’agence m’a permis de me spécialiser finement sur un point: en tant que community manager j’ai dû apprendre la réalité des reportings, de la relation client et de la veille sectorielle, par exemple. » Mélanie est plus dubitative : « l’expérience apportée est nulle en agence, car s’il y a bien un endroit où on ne transmet rien, c’est bien là. Même constat chez l’annonceur pour moi, car je n’ai fait qu’y appliquer mon savoir-faire dans un environnement où j’étais la seule experte.»

 

Le salaire

Serait-on mieux payé chez l’annonceur comme on peut souvent le lire ? Les avis divergent. Pour Mélanie, les salaires ont été équivalents. Du côté de William, « comme je ne suis pas stable dans les postes que j’occupe, c’est assez difficile de faire une comparaison nette mais je dirais que pour l’instant je gagne à être chez l’annonceur ». Antoine est quant à lui plus tranché. Il considère que l’on est « nettement mieux payé chez l’annonceur, sans commune mesure avec les agences. Pour un poste équivalent, cela représente environ 10 à 15% de plus ». Arnaud est lui aussi mieux rémunéré chez l’annonceur, mais pour d’autres raisons : « Je suis mieux payé chez l’annonceur mais j’ai aussi plus de responsabilités et je ne suis plus Junior. J’encadre également une équipe. »

Petit avantage du côté des annonceurs dans notre panel. Mais attention tout de même à ne pas tirer de conclusions trop hâtives, comme l’explique Benoît : « les mieux lotis que je connaisse sont chez des annonceurs. Mais peu d’agences ont aujourd’hui de profils vraiment seniors sur les médias sociaux. Aux États Unis, la tendance est inverse. Les stars sont en cabinet de conseil ou en indépendants, et crèvent les plafonds en termes de rémunération. L’agence, par sa tendance à embaucher pas mal de juniors, va avoir une grille de salaires plus étalée et commençant plus bas. Mais les perspectives d’évolution y sont globalement meilleures. » A confirmer quand vous serez confrontés à la question, les réalités du terrain étant très variées !

 

Le verdict quelle expérience ont-ils préféré ?

Pour finir, quelle expérience nos professionnels du web ont-ils préféré ? Pour William, le choix est fait mais peut être amené à évoluer : « avec le recul, j’ai préféré l’annonceur par rapport à l’agence, notamment parce que j’ai toujours fini dans des équipes motivées par un projet commun fort. Peut-être qu’une autre expérience en agence me fera dire l’inverse ! » Le choix est le même en plus prononcé pour Mélanie : « j’ai largement préféré mon expérience chez l’annonceur et je ne retournerais en agence pour rien au monde ». Lisa fait également pencher la balance du même côté : « Chez l’annonceur ! Certes, mon poste était plus difficile à vendre en interne mais j’ai réalisé de beaux projets toute seule et j’ai carrément contribué à la création des présences sur les médias sociaux dans l’entreprise. »

Antoine reste plus mesuré, trouvant des avantages et des inconvénients aux deux. « Travailler en agence et travailler chez l’annonceur reflètent deux manières de travailler très différentes qui possèdent chacune leurs lots d’avantages et d’inconvénients. En agence, un environnement jeune, stimulant, varié mais moins bien payé et parfois avec des horaires vraiment lourds. Chez l’annonceur, un environnement parfois un peu plus réticent aux nouveaux médias mais qui prend désormais conscience de leur importance et qui s’y intéresse réellement. Globalement mieux payé, avec des horaires moins fluctuants. Difficulté majeure : faire preuve de beaucoup de pédagogie concernant les enjeux liés aux médias sociaux. »

Benoît a aimé les deux expériences et incite ceux qui débutent à les enchaîner : « Si je devais aujourd’hui conseiller une orientation à un(e) confrère, je lui dirais de commence par une agence, ça lui permettra de toucher à plein de domaines et de se perfectionner dans plusieurs spécialités. Soit pour ajouter des cordes à son arc, soit pour trouver celle qui lui correspond. Quand il aura envie de se poser et de s’inscrire dans une position plus durable pour son évolution professionnelle, il pourra passer chez un annonceur pour faire partie plus intégrante du processus de conversation. »

Libre à chacun de se faire un avis, les deux expériences peuvent être très intéressantes. Et surtout, la vie de bureau est avant tout une aventure humaine, l’ambiance et le travail varient grandement en fonction de la société, peu importe sa nature. Le choix se fait souvent en fonction des opportunités qui se présentent, et il n’est jamais trop tard pour changer. Agence ou annonceur, à vous de choisir !

 

Remerciements

Un grand merci à ceux qui se sont prêtés au jeu des questions/réponses :

  • William Roy, qui travaille dans la communication, les relations presse et le community management. Vous pouvez le retrouver sur son compte Twitter @Wil_Roy et sur son site williamroy.fr.
  • Antoine, responsable social media pour un groupe français, qui a commencé le community management dès 2006 en agence. Vous pouvez le retrouver sur son compte Twitter @ant01ne.
  • Mélanie, qui travaille dans le conseil en communication et les supports de communication print et web en freelance.
  • Arnaud Bidou, social media manager chez Cdiscount. Vous pouvez le retrouver sur son Twitter @com1cm.
  • Lisa Jeannet, community manager et spécialiste en digital marketing, passée en agence et chez l’annonceur en France puis au Canada. Vous pouvez la retrouver sur son compte Twitter @puda18
  • Benoît Faverial travaille à la fondation d’un nouveau type d’agence collaborative, après plus de 10 ans d’expérience en agence et chez l’annonceur en community management. Vous pouvez le retrouver sur son compte Twitter @BFaverial et sur son blog AlterActions

 

Crédit image 1 : Infinity time par Shutterstock
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Commentaires
  1. Simonsen dit :

    En fait tout dépend d’une part des compétences réelles de chacun, de sa capacité ou non à gérer un projet sous la pression mais aussi de sa disponibilité. Après c’est une question financière même si de nombreux jeunes demandent d’abord le salaire avant de connaître l’emploi d’où pas mal de surprises une fois en poste!

  2. Axille dit :

    Il faudrait ajouter la régie au comparatif. Cet élément est souvent mis de côté (j’avais moi-même beaucoup d’a-priori dessus avant d’y travailler) mais les compétences vont bien au delà de la simple vente d’espace. c’est une entité à part entière tout comme l’agence ou l’annonceur.

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