Le média des professionnels du digital
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Comprendre l’open data, interview de Simon Chignard (+ livres à gagner)

Flavien Chantrel, le 9 juillet 2012

On entend de plus en plus parler d’open-data, et pas seulement dans les cercles geeks. Pourtant, bien rares sont ceux qui peuvent définit avec exactitude ce concept de données ouvertes, son intérêt et ses futurs débouchés possibles. Pour faire simple, il s’agit avant tout d’ouvrir un certain nombre d’informations publiques pour permettre à chacun de les exploiter, de les réinterpréter et d’en faire des services pratiques. Un exemple ? L’ouverture des données du réseau de bus STAR à Rennes qui a permis le développement d’applications mobiles indiquant les horaires, les stations à proximité ou se chargeant de vous proposer un chemin rapide.

Vous l’avez compris, l’open data et l’ouverture des données peut façonner notre quotidien de demain. Vous souhaiter en savoir plus ? Cela tombe bien, Simon Chignard nous a fait le plaisir de répondre à une interview sur le sujet. Pionnier du secteur, il a participé dès 2010 à l’ouverture des données publiques de Rennes Métropole, une des premières du genre. Le président de l’association Bug et vice-président de la Cantine Numérique Rennaise a également dédié un livre au sujet. Intitulé L’open data, comprendre l’ouverture des données publiques, il est disponible chez FYP Editions pour 24,5 euros. Il revient sur différents exemples et sur le phénomène Open data dans cette interview. Merci à lui de s’être prêté au jeu !

Un bonheur n’arrivant jamais seul, vous pouvez gagner à l’occasion de cette interviews deux exemplaires du livre de Simon Chignard : un en commentant ce billet, l’autre en tweetant l’interview. Le tirage au sort aura lieu vendredi 20 juillet, bonne chance à tous !

  • Comment expliquerais-tu l’open data pour les néophytes ? Quel en est l’intérêt ?

L’open data, c’est un mouvement qui consiste à mettre en ligne des données (non personnelles) pour en faciliter la réutilisation par des tiers. Un exemple : des développeurs d’applications mobiles peuvent réutiliser des horaires de bus pour proposer un service pratique. On dit qu’une donnée est « ouverte » (open data) à partir du moment où elle remplit des critères techniques (données brutes, formats non propriétaires), juridiques (licences clarifiant les droits et les obligations des réutilisations, les plus larges possibles) et enfin économiques (mise à disposition gratuite ou à très faible coût).

L’intérêt de l’open data c’est à la fois de faire preuve de transparence (dire ce que l’on fait) mais aussi et surtout d’encourager la participation (encourager des tiers à produire de nouvelles idées de services).

 

  • Pour le moment, en France, où les données ont-elles été ouvertes ?

Rennes Métropole et Keolis Rennes ont initié le mouvement en France dès 2010. Aujourd’hui l’open data concerne non seulement les grandes agglomérations (Nantes, Toulouse, Paris, Montpellier, …) mais aussi les départements et les régions.L’Etat propose un portail dédié (data.gouv.fr) qui recense les données des administrations. Mais l’open data ne se limite pas aux acteurs publics. Des associations, des acteurs du tourisme, ou des entreprises comme la SNCF proposent déjà quelques jeux de données en ligne.

 

  • Les données brutes s’adressent davantage à un public averti, de développeurs notamment. Comment les citoyens peuvent-ils également s’en emparer ?

Je pense que les données ouvertes s’adressent à un public plus large qu’aux seuls développeurs. Dans mon livre, je distingue 4 classes de réutilisation : la consultation, la médiation, les applications et la réutilisation spécialisée.

– La « consultation » s’adresse à tout le monde : l’un des jeux de données les plus populaires par exemple concerne les prénoms des enfants nés à Paris, Rennes ou Nantes. La ville de Paris propose aussi sur son portail open data la liste de tous les lieux de tournage de films dans la capitale. Pas besoin d’être développeur pour découvrir que le dernier James Bond a été tourné dans son quartier !

– La « médiation » consiste à mettre en forme, souvent sous forme de data-visualisation, des données pour en permettre une meilleure compréhension. La société Isokron par exemple propose une vidéo qui permet de répondre visuellement à la question : jusqu’où puis-je aller en 10, 30 ou 45 minutes en utilisant uniquement les transports en commun depuis le centre-ville de Rennes ? La vidéo commence à 4 heures du matin, et l’on voit peu à peu le métro qui se met en route, les premières lignes de bus qui démarrent…

– L’application (web ou mobile) est la face la plus visible de l’open data. On a d’ailleurs tendance à penser parfois que l’open data ne sert qu’à faire des applis, ce qui est très réducteur ! On trouve des applications pour tout : pour les transports bien sûr, mais aussi pour des choses plus anecdotiques : trouver les toilettes publiques les plus proches par exemple…

– enfin, la « réutilisation spécialisée » qui est pour moi le continent inconnu de l’open data : on en parle assez peu mais pourtant il y a là de grands bénéfices. La réutilisation spécialisée c’est quand un jeu de données est utilisé comme une matière première, un « intrant » dans un process.

Un exemple : sur le portail de Montpellier, on peut télécharger le fichier des voies et des adresses. C’est un fichier qui permet de lier une adresse « postale » (12 rue Ravel) à des coordonnées géographiques (type GPS). De prime abord, lorsque l’on consulte ce fichier on ne voit pas vraiment ce que l’on pourrait en faire, ou quelle application mobile on pourrait en tirer… Imaginons maintenant que vous soyez responsable d’une association sportive et que vous réfléchissiez au meilleur endroit pour implanter un nouveau terrain de basket. Vous pouvez prendre le fichier de vos adhérents (avec leurs adresses postales) et les représenter sur une carte à l’aide des données ouvertes par la ville. Vous pourrez ainsi facilement visualiser combien d’adhérents sont à moins de 500 mètres de votre futur équipement.

Donc en résumé, si certains usages sont réservés à des développeurs, l’open data peut aussi s’adresser à un public plus large.

 

  • Comment vois-tu l’avenir des politiques d’open data en France ? L’ouverture des données va-t-elle s’imposer partout, où y-a-t-il des limites à ne pas franchir ?

Selon la Fondation Internet nouvelle génération (FING), à court terme 11 des 15 principales agglomérations auront leur portail open data. L’Etat aussi s’est engagé, non seulement avec la mission Etalab depuis bientôt maintenant 2 ans, mais aussi avec le nouveau gouvernement. Le Premier ministre est l’ancien maire de Nantes et il a suivi de près l’ouverture des données publiques dans sa ville. Arnaud Montebourg (ministre du redressement productif) était le président du Conseil général de Saône et Loire, premier département français à ouvrir ses données. Donc a priori on a affaire à des gens qui à minima savent ce qu’est l’open data.

Reste ensuite la question de l’extension du domaine de l’open data à de nouveaux acteurs et à de nouveaux types de données. De nouveaux acteurs : en premier lieu les entreprises qui commencent à comprendre l’intérêt de partager et de diffuser des données (pas forcément en open data d’ailleurs) pour développer leurs activités. Les modèles d’API (interfaces de programmation) mis en place par les entreprises du web, Twitter, Facebook et Amazon en tête, font réfléchir beaucoup de monde. En partageant une petite partie de leurs données (ou en facilitant l’accès), elles ont mieux réussi à se développer qu’en les gardant jalousement…

De nouveaux types de données ensuite, je vois deux extensions possibles : les données personnelles et les données collaboratives.

Aujourd’hui la donnée personnelle reste une frontière relativement étanche : la loi Informatique et Libertés et la CNIL réservent un traitement particulier à ce type de données, on ne peut théoriquement pas faire n’importe quoi avec. On voit des initiatives de partage volontaire des données personnelles, c’est le cas du projet MesInfos porté par la FING notamment. Pour ma part, je souhaite que l’on reste vraiment prudent sur le sujet et que la protection de la vie privée reste une limite de l’open data.

Je vois un potentiel beaucoup plus intéressant du côté des données collaboratives et coproduites. Le projet Open Food Fact propose ainsi à chacun de contribuer à une base de données ouverte sur les ingrédients des produits que nous consommons. Ils ont récemment lancé une opération de collecte de données sur les sodas, avec des résultats très intéressants. C’est l’esprit aussi de la cartographie collaborative OpenStreetMap…

 

  • Pour finir, un petit mot sur ton livre : à quel public s’adresse-t-il ?

Mon livre (Open Data, comprendre l’ouverture des données publiques, Fyp Editions avril 2012) s’adresse à un public assez large. Il concerne à la fois ceux qui veulent comprendre le phénomène open data (ses origines, ses limites, son futur) mais aussi à ceux qui veulent agir, tant pour ouvrir leurs données que pour les réutiliser. J’anime aussi un blog (www.donneesouvertes.info) qui un complément au livre et j’interviens régulièrement dans des conférences partout en France.

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Commentaires
  1. eMxPi dit :

    Je m’intéresse à cette problématique, ce livre me serait super utile.

    Joli billet au passage

  2. soln1fo dit :

    Je suis assez « open » à l’idée de recevoir ce livre…

  3. Emma dit :

    Ayant eu la chance d’écouter Simon Chignard à la Cantine Numérique Rennaise et à Cap Com Net, je serais bien contente d’approfondir ses enseignements en lisant son livre !

  4. Germain dit :

    Vraiment un article sympa, possible d’avoir un lien vers la vidéo dont vous parlez dans la partie « médiation » ?

  5. de Labaca dit :

    Bonjour,
    Je serai également ravi de pouvoir lire ce bouquin 😉
    Merci par avance.

  6. Pour ma part je ne participe pas car je l’ai déjà chez moi et je le recommande chaudement ! Et pour causer des enjeux de l’opendata je vous invite aussi sur mon forum http://opendata.pro ! 🙂

  7. Erwan dit :

    Article très intéressant!
    Je serais donc ravi d’en apprendre encore plus grâce au livre 😉

  8. Arthur dit :

    Cet article tombe à pic : je prépare justement une présentation sur l’open-data.
    C’est un sujet qui m’a toujours intéressé, surtout depuis l’ouverture du site open-data du gouvernement.

    Je serais content de gagner le livre et pouvoir approfondir mes recherches.

  9. Pierre dit :

    Bonjour Bonjour, Je suis étudiant en Digital et cet ouvrage répondra surement à toute mes questions sur le sujet ! #Neeeed

    Pour revenir sur l’itw, où peux t-on connaître les conditions de validation de la CNIL concernant l’open data et les données personnelles?

    Merci et bonne journée !

  10. Verdeyen Philippe dit :

    L’Open data pose de grand problème de sécurité:

    D’une point de vue données à caractère personnelles, quid de l’exploitation des données publiées:
    Qui est le responsable de traitement, le fournisseur ou l’entreprise développant une application construite sur ces données.

    Contractuellement:
    Qui est responsable de la publication d’une mauvaise information.
    Qui est responsable d’une utilisation abusive des informations publiées.
    Quid d’une utilisation commerciale de ces données, qui est responsable de la qualité de service ?
    En cas d’arrêt de service, quels sont les recourts pour une société ayant investi dans le développement d’applications.

    Sujet terriblement intéresant, mais posant le même genre de problème que le Cloud.

    Je lirai ce livre avec grand intérêt….

  11. Monsieur Chignard est sans aucun doute un ponte du secteur. je recommande son livre qui est un bon condensé de l’Open data en 2012.
    Merci pour cette interview !

  12. Raphaëlle RIDARCH dit :

    oops ! j’ai posté un commentaire entre 14h30 et 14h36 et il n’ y apparaît pas.
    Y aurait-il un souci ?

  13. Flavien Chantrel dit :

    @Raphaëlle Ridarch je ne le vois pas dans les indésirables, étrange… C’est réparé en tout cas avec celui-ci !

  14. Catherine dit :

    Et hop ! Tentons notre chance pour en savoir plus sur l’un des grands enjeux de demain.

  15. Chob dit :

    5e tentative 😉 Argh, je suis motivé !

  16. Kerweb dit :

    Ce livre m’intéresse 🙂

  17. BrunoS dit :

    J’ai emprunté le livre à la bibliothèque.
    Ouvrage clair, complet, à recommander !
    Complémentaire de plusieurs sites / blog sur le sujet.
    Bonne lecture
    Intérréssé aussi par le tirage au sort 🙂

  18. Arnoch dit :

    Hello,

    Ah bah ce livre m’intéresse fortement, je serais heureux d’en être le gagnant.

    Et merci pour ces infos.

  19. R-one dit :

    Un interview qui donne envie d’approfondir le sujet avec le livre.
    le Crowdsourcing, l’Open-Data prouve qu’internet peut devenir un outil vraiment puissant même avec de petites communautés d’utilisateurs.

  20. Yann_de_Tours dit :

    Merci pour cet article fort intéressant.
    Je vous rejoins sur l’intérêt des données collaboratives ou coproduites, qui enrichissent aussi bien ceux qui les produisent que ceux qui les consultent.

    Je mets le livre dans ma liste de lectures estivales 😉

  21. RuralGeek dit :

    Qui ne tente rien n’a rien

  22. jero69006 dit :

    bonjour !
    j’aimera ibien gagner ce livre ! longue continuation !

  23. OD dit :

    Sujet très intéressant et qui est en train d’exploser !

  24. Bat00 dit :

    Ca pourrait m’être très utile pour évangéliser les politiques par chez moi. Merci pour le concours!

  25. Jessy dit :

    Sujet très intéressant, ce livre m’intéresse !

  26. Ju' dit :

    Comme « Emma » (je sais qui se cache derrière ce pseudo ^^), j’ai eu la chance de profiter d’un cours de Simon Chignard à la CNR et de faire une jolie ballade dans les rues de Rennes à la recherche des panneaux d’informations 😉

    Gagner ce livre me permettrait de définitivement caler mon canapé 😀

    Non en vrai, cela me permettrait d’approfondir mes connaissances et de savoir vraiment de quoi je parle quand je prononce les mots « opendata » 😉

  27. reginea dit :

    Bonsoir et merci pour ce concours !

    Je participe avec plaisir pour découvrir cet ouvrage.

    Belle soirée

  28. Benjamin Richard (@Lobz) dit :

    Cela fera une belle addition à ma bibliothèque et l’objet d’un billet sur mon blog dédié aux livres 🙂

  29. Jeff dit :

    Hello, je suis très interessé par ce livre, je valide donc ma participation !

  30. Jsim dit :

    Interessant ! Je ne connaissais pas. J’aimerai decouvrir ce livre!

  31. Georgette dit :

    Voici un nouveau phénomène qui se répand de plus en plus et dont finalement, on parle effectivement assez peu. Il me plairait vraiment de l’étudier plus en détails et de pouvoir en exploiter toutes les richesses… ce bouquin me semble un très bon point de départ pour l’appréhender.

  32. Wasaaa dit :

    Comment fait-on pour gagner un exemplaire du livre ?
    J’ai vu Simon en intervention, mais la prise de note n’étant pas forcément facile : je VEUX le livre ! 🙂

  33. Flavien Chantrel dit :

    Et les gagnants sont :

    Côté commentaires :
    Chob

    Côté Twitter :
    @c_farrugia

    Nous vous envoyons un mail immédiatement pour voir la suite. Merci à tous les participants !

  34. Merci le blog du modérateur pour ce joli cadeau !

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