Comment Hellowork utilise le hackathon pour faire émerger de nouvelles fonctionnalités
En 2025, Hellowork a organisé son premier hackathon interne, en modifiant certaines règles et en laissant carte blanche à ses équipes. Un an plus tard, le projet retenu a été déployé, et le groupe envisage de ritualiser l’exercice.
Près de trente heures de travail, quelques litres de café et, sans doute, une bonne dose de self-control quand les batteries sociales flanchaient. Il fallait bien ça pour aboutir à « l’outil qui fait enfin parler les offres ».
Look at my Ad, c’est son nom, accompagne les recruteurs dans une tâche cruciale pour attirer les candidats : l’optimisation des offres de leurs emplois. Enrichie par l’IA et, surtout, nourrie de l’expertise d’Hellowork (éditeur du BDM, ndlr), qui héberge et diffuse plus de 10 millions d’annonces chaque année, la fonctionnalité attribue un score à chaque offre. Elle évalue sa qualité rédactionnelle, identifie ses atouts, ses zones floues, signale ses éventuelles lacunes — absence de fourchette salariale, manque de transparence sur les étapes de recrutement — puis propose des axes d’amélioration.

Au-delà de son adéquation avec les besoins des recruteurs, Look at my Ad, qui a été officiellement déployé en février sur Magnet by hellowork, marque un tournant pour le premier acteur de l’emploi en France : elle est née lors d’un hackathon interne. Un format popularisé aux États-Unis, et qui prend de l’ampleur dans l’Hexagone depuis plusieurs années.
Un concept né outre-Atlantique sur les bancs du MIT
Pour comprendre pourquoi il est devenu naturel d’organiser des huis-clos entre des cerveaux privés de sommeil pour stimuler la créativité ou trouver des solutions innovantes à des problématiques business, il faut remonter le temps et traverser l’Atlantique. Dès les années 1960, rappelle WIRED, les étudiants du Massachusetts Institute of Technology, une prestigieuse université américaine, s’imposaient volontairement des marathons de 24 heures lorsqu’ils planchaient sur leurs projets. Mais sans en formaliser le cadre, ni lui donner un nom.
Le hackathon tel qu’on le connaît aujourd’hui, avec ses règles, ses pitchs, sa logistique rodée et ses prix pour les lauréats, ne s’est démocratisé que bien plus tard. Si les premières expérimentations datent de la fin des années 1990, au sein de la communauté open source, le format a véritablement percé dans les années 2010, sous l’impulsion des mastodontes de la Silicon Valley. Mark Zuckerberg, notamment, en était friand. Environ tous les deux mois, il réunissait ses ingénieurs pour des compétitions de 24h dans ses locaux californiens. « Nombre de fonctionnalités emblématiques de Facebook, dont le bouton J’aime et la Timeline, sont nées lors de ces hackathons », relate WIRED.
Ça veut dire quoi, un hackathon ?
Né de la contraction de « hack » et de « marathon », le hackathon réunit des participants pendant une période courte et délimitée, généralement 24 à 48 heures, pour concevoir et prototyper un projet de A à Z. L’exercice se conclut par un pitch devant un jury, qui désigne les équipes lauréates.
Le film The Social Network, de David Fincher, illustre de manière très romancée son goût pour les marathons de programmation. Dans une scène culte, certes un peu grotesque, Zuckerberg — interprété par Jesse Eisenberg — recrute son premier stagiaire en organisant une session de « hacking » dans une chambre universitaire de Harvard. Les prétendants doivent y boucler des tâches visiblement complexes en pianotant frénétiquement sur leur clavier, tout en enchainant les shots d’alcool.
Un format qui s’est rapidement exporté en France
En 2011, plus de 200 hackathons avaient été recensés aux États-Unis, tandis que le format s’exportait progressivement aux quatre coins du monde. Dans l’Hexagone, Orange, Leboncoin, Mistral AI, Hugging Face, Pasqal ou encore la SNCF s’y sont déjà essayés, certains en le réservant à leurs collaborateurs, d’autres en l’ouvrant plus largement. En février 2025, dans la foulée du Sommet de l’IA, Doctolib avait ainsi réuni plus de 130 participants autour d’un hackathon consacré à « dessiner un futur durable sur l’intelligence artificielle », rapporte Les Échos.
Romain Fabiani, head of product Logiciels et initiateur du projet de hackathon chez Hellowork, est lui-même issu de l’une de ces entreprises françaises dotées d’une « culture de l’entrepreneuriat », où règne une mentalité débrouille, « un peu DIY », et qui avait érigé son hackathon interne en rituel annuel : Leboncoin. « N’importe qui pouvait participer, que ce soit le produit, la compta, les RH. Chacun avait sa pierre à apporter à l’édifice pour développer une feature, qui n’était pas forcément en rapport avec Leboncoin. Ça pouvait être n’importe quoi, tout ce qui te passait par la tête. Le maître mot, c’était d’être ensemble, d’avoir des équipes mélangées ».
Ancrer les projets dans l’activité du groupe, ou l’art de ne pas finir en vaporware
Un matin, en prenant son café en salle de pause, il lui vient l’idée de transposer ce modèle chez Hellowork, qu’il a rejoint en janvier 2024. Mais sans y impliquer tous les services de l’entreprise, du moins pour la première édition. Le principe séduit la direction et le format prend forme : cinq équipes de quatre personnes, issues des équipes product et tech basées à Rennes et à Bordeaux, sont constituées par tirage au sort. Pendant 36h maximum, dans les locaux parisiens, elles doivent plancher sur des sujets libres, mais qui doivent avoir un lien avec l’écosystème du groupe. Un outil qui s’adresse soit aux utilisateurs, soit aux recruteurs, soit à l’interne. « Qu’il n’y ait pas de thème imposé, c’est la seule chose sur laquelle j’ai été intransigeant, raconte Romain Fabiani. Le hackathon, ce n’est pas une task force d’un sujet que tu n’arrives pas à faire en roadmap. L’objectif est de sortir les gens de leur carcan et de leur quotidien ».
Ancrer les projets dans l’activité du groupe n’est pas qu’une condition posée par la direction. C’est aussi ce qui évite que trente-six heures de travail ne se transforment en vaporware. Un projet fantôme, maintes fois repoussé, que l’on finit par enterrer discrètement. En 2021, une étude empirique, portant sur près de 12 000 projets GitHub issus de hackathons américains, montrait que 85 % des commits avaient été effectués lors du premier mois suivant l’événement. Et que seuls 7 % des projets étaient encore alimentés six mois après.
Un exercice qui permet de « sortir de sa zone de confort »
Romain Fabiani l’admet volontiers : au départ, en interne, il a fallu convaincre. Certains rechignaient à bosser avec des inconnus, d’autres à faire le déplacement depuis Rennes ou Bordeaux. Sans parler de l’exercice particulièrement redouté du pitch devant ses pairs et le comex, « un très très gros exercice, qui fait sortir de sa zone de confort », reconnait-il. « Il a fallu prendre son bâton de pèlerin, mettre des messages dans la cafétéria parce que personne ne connaissait le principe du hackathon », sourit-il. Et se montrer ferme sur les règles. « C’est un peu comme au football : il y a 60 millions de sélectionneurs en France, et tout le monde aurait composé son équipe différemment. Pour un hackathon, c’est pareil, tout le monde a son avis. Au bout d’un moment, il faut savoir dire non. »
Sur la durée, il a également tranché. Chez Leboncoin, les hackathons duraient 48 heures — « Tu pouvais rester toute la nuit si tu voulais, c’était open de chez open, il n’y avait pas de limite », se remémore-t-il. Mais fort de cette expérience, il opte pour un format plus resserré. « 48h, c’est beaucoup trop », tranche-t-il. La contrainte temporelle est en réalité l’un des principaux moteurs de l’exercice : elle oblige les équipes à prioriser, à trancher, parfois à renoncer. « Ça t’oblige à faire des choix », explique-t-il. « À estimer que, peut-être, cet élément sur lequel tu bosses n’est pas prioritaire pour le pitch du vendredi. Quoi qu’il en soit, en si peu de temps, tu produis une somme de travail qui est franchement hallucinante ». Une pression du chronomètre qui crée de l’émulation, mais aussi quelques frictions. « Étant donné que les équipes étant imposées par tirage au sort, tout le monde n’avait pas forcément d’atomes crochus. Mais chacun mettait de l’eau dans son vin. Parfois ça pétait, mais ça n’a jamais été trop loin », souligne le head of product.
Une première édition qui en appelle d’autres
Après plusieurs heures de travail acharné — « même jusqu’à trois heures du matin, certaines équipes travaillaient encore », rembobine Romain Fabiani —, les équipes ont pitché des projets qui, selon lui, auraient toute leur place en production. Parmi eux : Cleo, un chatbot d’orientation destiné aux jeunes, qui identifie leur profil et les aiguille vers les métiers et écoles les plus adaptés, ou Voice Apply, qui offrait la possibilité de candidater par message vocal. C’est finalement Look at my Ad qui remporte la mise, et sera finalement déployé sur Magnet by Hellowork en février dernier.
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Un premier succès qui donne des idées. En septembre dernier, Hellowork, qui songe à ritualiser l’exercice, a remis le couvert avec une seconde édition réunissant 25 participants, dans un format « 24 heures chrono », encore plus resserré. Avec une nouveauté : des sujets proposés en amont pour ratisser plus large. « Mais aucun n’a été pris, typiquement », sourit Romain Fabiani. Tout le monde a trouvé son sujet. Et surtout intégré le principe du hackathon, qui est de ne pas suivre un truc qu’on nous a demandé de faire ».