Code Santé, manga : comment l’association Crazy Esport réinvente la prévention pour les gamers

Nous avons échangé avec Edern Plantier, président de l’association Crazy Esport, qui œuvre pour une pratique saine et responsable du jeu vidéo. Il nous présente ses nouveaux outils pédagogiques pensés pour accompagner tous les joueurs.

Edern Plantier – Association Crazy Esport
Projet de manga, code de santé esport... Edern Plantier multiplie les initiatives pour sensibiliser les joueurs et les acteurs de l'esport. © Association Crazy Esport

Fondée en 2014 en Bretagne, l’association Crazy Esport s’est imposée comme un acteur engagé au carrefour du jeu vidéo et de la santé. Face à un secteur qui peine encore à structurer l’accompagnement de ses pratiquants, Edern Plantier et son équipe ont décidé de passer à la vitesse supérieure avec deux initiatives concrètes : un format interactif inspiré du code de la route et un manga, tous deux conçus avec un collectif de professionnels de santé spécialisés dans l’esport. Il revient pour BDM sur la genèse de ces projets et sa vision d’un esport plus responsable.

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Edern Plantier, Président, Association Crazy Esport

Membre fondateur de l’association Crazy Esport créée en 2014 et président depuis 2021, Edern Plantier œuvre pour un esport responsable. Face aux besoins de sensibilisation, il lance santEsport, un collectif d’experts de santé dédié à l’accompagnement des joueurs. À travers des outils innovants comme le « Code Santé Esport » ou le manga OVERHEAT, il met le jeu vidéo au service de la prévention, de l’éducation et de la performance.

On parle beaucoup de l’esport comme d’une discipline exigeante physiquement et mentalement. Pourtant, les enjeux de santé semblent peu pris en compte. Quel est votre regard sur ce sujet sensible ?

Les choses évoluent, mais encore peu de joueurs ont accès à des professionnels de santé pour les accompagner. Aujourd’hui, les plus grandes structures professionnelles travaillent en collaboration avec des pros de santé, surtout avec des coachs de performance, mais en France, il existe encore trop peu de clubs esport locaux pour accompagner un maximum de pratiquants au quotidien.

Il y a aussi une part de joueurs qui aiment simplement jouer sans se soucier du reste : ils vivent une passion et ne veulent pas forcément changer leurs habitudes. Pourtant, pour optimiser leurs performances et devenir encore meilleur, cela passe forcément par un accompagnement et une routine de vie à adopter.

L’association Crazy Esport existe depuis 2014. Qu’est-ce qui vous a poussé à lancer cette initiative dédiée à la santé, santEsport ? Quel en est l’objectif ?

Ce qui nous a poussés à lancer cette initiative, santEsport, c’est le fait d’avoir été souvent sollicités sur le territoire breton pour faire de la sensibilisation auprès d’adolescents, via des services jeunesse ou des organismes de prévention. On s’est aussi rendu compte qu’il y a de réels besoins et que les jeunes n’ont pas toujours les bonnes pratiques, avec parfois une vision erronée du monde professionnel.

Notre mission est claire : sensibiliser, informer et accompagner les joueurs, leurs encadrants et le grand public grâce à des outils pédagogiques modernes, accessibles et adaptés à chaque contexte, pour les structures esport, les établissements scolaires, les événements grand public, les espaces jeunesse ou associatifs.

Pourquoi avez-vous choisi de réunir un collectif pluridisciplinaire d’experts pour concevoir des outils pratiques à destination des joueurs ?

Pour nous, rien n’est mieux que des experts de la santé qui ont déjà travaillé dans le milieu esport pour encadrer la pratique et donner des conseils. Nous avons souhaité sortir du cadre habituel du simple PDF ou du fascicule que les joueurs ne vont pas lire.

Notre but est de proposer une sensibilisation positive en utilisant des outils modernes.

Cette collaboration avec notre groupe d’experts nous permet de pousser la réflexion sur la meilleure manière d’amener les choses aux pratiquants. Cela permet d’avoir de vrais échanges pour que tout le monde trouve sa place, se sente valorisé et intégré au projet pour donner le meilleur de chacun.

Vous lancez un « Code Santé Esport », qui s’inspire du code de la route. Pouvez-vous nous expliquer en quoi il consiste ? Pourquoi avoir opté pour ce format plutôt qu’un guide classique ?

Les jeunes ne vont pas forcément consulter un guide classique. C’est pour cela qu’on a opté pour le format type « code de la route » pour notre Code Santé Esport.

Les cinq thématiques du Code Santé Esport

Ce code s’articule autour de deux sessions de 25 questions avec cinq thèmes abordés dans chacune d’elles :

  1. Le sommeil
  2. La nutrition
  3. La vision
  4. Les postures
  5. La préparation physique et mentale

Au départ, le joueur inscrit son pseudo avant de lancer la partie. Qu’il réponde bien ou mal à une question, un texte de sensibilisation apparaît automatiquement en dessous. Parfois, même si l’énoncé paraît simple, on peut avoir la bonne réponse sans en savoir plus : ce texte permet alors de sensibiliser ou de renforcer ses connaissances. Et pour rester dans l’esprit « gaming », le score s’affiche à la fin avec une médaille (Platine, Or, Argent, Bronze ou Starter).

Nous faisons en sorte que, peu importe le résultat, le participant finisse avec une médaille et toujours un message positif. Ce format est très intuitif et peut être utilisé par les joueurs directement, les clubs esport, mais aussi les professeurs dans les écoles ou les animateurs des services jeunesse.

Code Sante Esport – Association Crazy Esport
Le Code Santé Esport pour sensibiliser à la santé dans le milieu du gaming. © Association Crazy Esport

Vous avez également lancé une campagne de financement pour OVERHEAT!, un manga au service d’un esport responsable. Pouvez-vous nous raconter les coulisses de ce projet ?

C’est le premier projet pour lequel nous avons réuni ce collectif de professionnels de santé. Nous voulions proposer une sensibilisation pour que les joueurs adoptent une pratique saine et responsable du jeu vidéo, mais il nous fallait trouver un support qui leur parle vraiment (voir images ci-dessous).

Le manga est un format très apprécié des jeunes et des gamers. Nous avons donc travaillé sur différents axes et thèmes de santé, puis nous avons imaginé comment intégrer tout cela dans une histoire.

Une fois la trame élaborée, c’est le mangaka qui nous a le plus aidés en apportant sa vision et ses conseils. Le but est que les lecteurs soient plongés dans une histoire captivante et reçoivent des conseils de santé sans que cela soit moralisateur et sans même qu’ils s’en rendent compte.

OVERHEAT!, le projet de manga lancé par l'association Crazy Esport avec des professionnels de santé. © Association Crazy Esport

​La difficulté actuelle reste de trouver les fonds pour le réaliser. Notre association a déjà engagé des frais et ne peut pas, à elle seule, porter l’intégralité du projet. C’est la raison pour laquelle nous avons lancé une campagne de financement sur Ulule.

Dans un monde idéal, à quoi ressemblerait une pratique du jeu vidéo vraiment saine et responsable, selon vous ?

Dans un monde idéal, il faudrait qu’un maximum de personnes utilise du matériel ergonomique adapté, adopte les bonnes postures et s’échauffe avant chaque partie.

Les recommandations d’Edern :

Une pratique responsable passe par un temps de jeu quotidien raisonnable, des pauses régulières pour reposer ses yeux, ou encore l’usage de filtres contre la lumière bleue.

Une pratique saine implique aussi une alimentation équilibrée, un sommeil optimisé et la maîtrise de clés concrètes pour mieux gérer son stress et ses émotions, afin de conserver un équilibre global au quotidien.

Edern Plantier

Edern Plantier

Président, Association Crazy Esport

Comment les différents acteurs du secteur (structures, écoles, familles…) peuvent-ils s’impliquer concrètement pour y parvenir ?

Nous avons créé santEsport pour que nos outils puissent être utilisés par tout le monde : écoles, clubs, joueurs et familles. Le but est aussi d’aider les parents à accompagner ou à comprendre l’univers de leur enfant pour créer un pont entre les générations. Le manga a d’ailleurs été conçu dans cet esprit, avec un lexique au début pour que les proches puissent décoder le vocabulaire du gaming.

Pour réussir, il faut que les services jeunesse et les établissements scolaires utilisent ces outils ou fassent appel à des structures pros. Nous avons, par exemple, organisé un stage esport de 4 jours pour 16 jeunes sur la commune de Baden, dans le Morbihan (56), et cela a été une véritable réussite.

Quand il est encadré, le jeu vidéo est un outil formidable pour travailler la gestion des émotions, la communication, ou sensibiliser au sommeil et à la nutrition.

Enfin, les ateliers parents-enfants sont essentiels. Sur les événements, beaucoup de familles viennent discuter avec nous. Pour bien encadrer la pratique, il faudrait des clubs esports structurés, comme des clubs de sport classiques, mais malheureusement, la plupart des associations n’ont pas encore de locaux et sont encore trop peu présentes sur le territoire national.

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